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9 ans déjà

Commémoration du meurtre d’Ibrahim Ali

Article mis en ligne le dimanche 29 février 2004

Marseille, 21 février 1995.

La campagne électorale des présidentielles et municipales bat son plein. Le candidat du Front National pour les 15eme et 16eme arrondissements de Marseille (quartiers nord) se nomme Jean-Pierre Bauman. Profession : avocat. Robert Lagier, Mario d’Ambrosio et Pierre Giglio sont des militants du FN depuis respectivement dix, un et cinq ans. Tous trois forment une équipe zélée de colleurs d’affiches depuis les élections précédentes.

Ce soir-là, après leur réunion hebdomadaire, ils décident d’aller coller des affiches à l’éffigie de Le Pen. Tous sont armés de pistolets de gros calibre. Lagier est même tireur d’élite et s’entraîne plusieurs fois par semaine dans un club de tir de la police nationale. Club de tir où il avait amené sa petite fille de neuf ans pour qu’elle apprenne à tirer sur les « melons ». Il emporte aussi une paire de lunettes contrastantes lui permettant de mieux distinguer les formes dans la nuit. Il s’est même fabriqué un étui spécial pour porter son arme au mollet, comme dans les films.

Une première étape les conduit au carrefour des Aygalades, dans le 15eme arrondissement. Mario d’Ambrosio décide d’assurer la surveillance des affiches qui viennent d’être collés. Les deux autres démarrent pour coller plus loin lorsqu’ils se retrouvent face à un groupe de jeunes noirs courant sur toutes la largeur de la rue. Ils disent être agressés, avoir pris peur et font demi-tour pour rejoindre le carrefour où est resté d’Ambrosio.

Les motivations des adolescents sont toutes autres. Après la répétition d’un spectacle au centre culturel Mirabeau, le groupe de rap B.Vice et leur potes sont en retard. Le dernier bus de nuit les ramenant à leur cité, la Savine, va bientôt passer. Ils courent, craignant de le manquer.

Le vehicule des colleurs d’affiches atteind le carrefour, le feu passe au rouge. Bien que l’endroit soit désert, Lagier décide de s’arrêter. Le groupe de jeunes arrive au niveau de la voiture. Alors tout se précipite. Lagier sort et tire une première fois. La balle siffle juste au dessus de la tête de Soulé Ibrahima, l’un des jeunes qui fait mine de s’effondrer. Le groupe de jeunes s’enfuit en rebroussant chemin. Deux autres coups claquent, une des balles atteint Ibrahim Ali dans le dos. Celui-ci s’écrie "Ils m’ont eu", se plaint de la douleur et réussit à l’aide de son ami Ahamada Saïd à faire une dizaine de mètres. Il s’écroule, ce dernier le supplie de se relever, il ne peut plus. D’Ambrosio à son tour perd tout contrôle et fait feu vers les jeunes.

Ceux-ci cherchent à prévenir, personne ne s’arrête. Le patron du Modern Bar, situé à proximité de l’agression, avertit les pompiers et la police. Il est 23h24. L’un des consommateurs est un jeune médecin algérien. Il prodigue les premiers soins à Ibrahim. Les marins-pompiers arrivent peu après et découvrent une plaie au thorax, dans le dos, large de cinq millimètres.Ibrahim décède une demi heure après sa prise en charge.

Pendant ce temps Lagier, d’Ambrosio et Giglio se séparent après une brève discussion et rentrent chez eux.

Un incident avait déjà impliqué ces mêmes militants. Ils avaient menacé de leurs armes quatres clients se rendant au Modern Bar. Le numéro d’immatriculation de leur véhicule avait été signalé à la police. "Vous voyez les loups de partout vous !" avaient répondu les agents présents sur les lieux. Un mois après, Ibrahim était mort. Dès le lendemain matin, les dirigeants du FN se réunissent à leur bureau marseillais. Ils cachent à la justice qu’ils savent qui sont les tueurs, le temps de préparer une défense quelque peu crédible. Leur reflexe quand ils seront obligés d’admettre que les assassins sont des militants FN sera de mentir plus encore : Mégret déclarera "Lagier a été violement agressé....c’est la faute de l’immigration massive et incontrolée...si nos colleurs n’avaient pas été armés, ils seraient problablement morts." (le Méridional le 23/02/1995).

Lagier maintiendra coûte que coûte sa version de l’agression dont il aurait été victime. Or les policiers qui ont été les premiers sur place, quelques minutes après le drame, sont venus expliquer à la cour qu’ils n’ont pas trouvé de pierre sur place, alors que Lagier prétend qu’il a distinctement entendu des impacts sur sa voiture ce soir-là.

Des employés de la mairie, chargés du nettoyage de la voie publique, n’en font pas cas non plus, pas plus que de bris d’abribus.

Sous le titre "aidez nos prisonnier", le FN ouvre une soucription pour soutenir les trois militants et organise le 25/11/1997 un "Grand Loto au profit de nos prisonniers, n’oublions pas nos amis qui sont dans la peine", écrivent M. Gros et J.P. Bauman, toujours candidat FN aux municipales en 2001.

VERDICT DU PROCES DES MEURTRIERS D’IBRAHIM ALI

Roben Lagier, l’auteur du coup de feu mortel, a été reconnu coupable d’homicide volontaire, ainsi que de tentatives d’homicides volontaires et de violences avec armes. Il a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle alors que l’avocat général Etienne CECALDI avait requis contre lui 20 ans. Mario d’Ambrosio, auteur de plusieurs coups de feu, a écopé de 10 ans d’emprisonnement pour tentatives d’homicides volontaires

La cour d’Assises a dépassé la réquisition de l’avocat général qui avait demandé 7 ans de prison. Pierre Giglio, le responsable du groupe de colleurs d’affiches, a été condamné à deux ans de prison dont un avec sursis pour port d’armes.

Bruno Mégret était venu plaidé à la barre la légitime défence. Et d’ailleurs D’ambrosio a été employé par la mairie de Vitrolles lors de sa sortie de taule Ibrahim aurait 26 ans cette année.

Pour commemorer sa mort, les murs de Marseille fleurissent d’affiches FN et MNR. Ceux qui ont armés, au moins idéologiquement, les meurtiers d’Ibrahim sont en liberté.

Bauman était toujours candidat à la mairie en 2001 et sa tronche a déshonoré les murs des quartiers nord.

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