Une tribune pour les luttes

Nouvel incendie dans un centre de rétention : le Mesnil-Amelot partiellement fermé

+ témoignages recueillis auprès de retenus du Mesnil Amelot.

Article mis en ligne le mardi 5 août 2008

Samedi 2 août, des incendies se sont déclenchés dans deux chambres au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne, non loin de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Vers 17h30, de la fumée était ainsi aperçue, sortant d’un bâtiment, alors qu’une quarantaine de militants de SOS Soutien aux sans papiers manifestaient devant le centre.

Selon un retenu du centre, alors que se développait à l’intérieur du CRA un mouvement général de protestation, "deux cellules ont été incendiées" à une vingtaine de minutes d’intervalle. Les gendarmes, selon lui, ont alors fait "sortir tout le monde des chambres" pour les "regrouper sur le terrain de foot", en faisant "usage de gaz lacrymogènes". Cette fois cependant, le feu "a été vite circonscrit par les gendarmes, puis par les pompiers, qui assurent la veille du centre", a-t-on indiqué à la gendarmerie - mais sans s’expliquer sur l’origine des sinistres. Un fourgon et un camion des pompiers sont arrivés en renfort peu de temps après, ainsi que des gendarmes pour maintenir l’ordre.

Le CRA du Mesnil-Amelot compte 140 places. Grèves de la faim, départs de feu, tentatives de suicide, automutilations : des tensions permanentes s’y produisent. Au mois de mai 2007, lors de la visite de MM. Fillon et Hortefeux, une lettre ouverte écrite par les intervenants de la Cimade, leur avait été remise pour les alerter sur la situation au CRA du Mesnil et, plus largement, sur les effets dévastateurs de la politique du chiffre. Au mois de décembre 2007 et janvier 2008, un mouvement de protestation, se caractérisant par son aspect pérenne et collectif, y était organisé par les personnes retenues. Le mouvement devait par la suite se poursuivre au CRA de Vincennes.

Ces dernières semaines, la tension augmentait au centre du Mesnil-Amelot. Le 18 juillet, la Cimade avait alerté les autorités suite à une multiplication des incidents : grèves de la faim, altercation entre gendarmes et personnes retenues, violences lors de l’embarquement d’une personne retenue.

Ce nouveau mouvement de colère révèle les souffrances humaines que génère la politique du chiffre appliquée en matière d’expulsions. La pression qui s’exerce sur l’ensemble des fonctionnaires chargés de la mettre en oeuvre entraîne des méthodes d’interpellation plus que contestables et le placement en rétention, dans des centres toujours plus déshumanisés, de personnes qui ont construit leur vie en France. Pour eux la perspective d’une expulsion, qui est une rupture brutale et totale dans leur vie, est intolérable.

Suite à l’incendie du 22 juin qui a détruit le CRA de Vincennes, la Cimade avait interpellé les pouvoirs publics. La Cimade réitère ses demandes :

1 - suppression et interdiction des quotas d’expulsion

Les quotas d’expulsion ont des effets désastreux : il est plus que temps de rompre avec cette méthode détestable. La Cimade demande au Gouvernement de cesser immédiatement toute politique du chiffre en matière de reconduites à la frontière. Cela doit se traduire par l’annulation de toutes les consignes adressées à chaque préfecture lui indiquant le nombre d’expulsions qu’elle doit réaliser.

2 - l’arrêt immédiat des travaux de construction d’un second centre de 240 personnes au Mesnil-Amelot

Les plus gros centres de rétention, constituent un univers de plus en plus carcéral où se développent les tensions et la violence. Le gouvernement doit respecter l’engagement pris de limiter la capacité des centres de rétention. M. Claude Guéant s’était engagé en 2004 à ce que les centres de rétention ne dépassent pas une capacité maximale de 100 personnes. Cet engagement n’a pas été tenu par la suite. Avec les incendies du CRA de Vincennes et du Mesnil-Amelot, nous en constatons aujourd’hui les conséquences dramatiques.

La Cimade demande l’inscription dans la législation d’une limite maximale de la capacité des centres de rétention à moins de 100 personnes.


Copié collé des derniers témoignages recueillis auprès de retenus du Mesnil Amelot.
Pour tout contact : fermeturetention chez yahoo.fr

Dimanche 3 août 2008, CRA du Mesnil Amelot

1er témoignage ( bât. 3 ou 4 ? )

"Hier ils nous ont bombés avec la lacrymo. 3 personnes sont tombées, je sais pas après ce qui leur est arrivé. Ils nous traitent pire que des chiens. On est pas d’accord avec tout ce qu’il se passe. C’est pas normal. Moi ça fait 4 fois que je suis emmené en centre de rétention. A chaque fois c’est la même chose je suis libéré puis de nouveau arrêté et emmené en centre. Je me suis fait taper plus de cinq fois ici. A cause de tout ça on devient fou.

Est-ce que vous vous rendez compte il y a même des personnes en règle qui sont ici ? Hier il y a une personne qui est arrivée, elle a sa carte de séjour qui expire en septembre et il l’ont mise quand même maintenant en centre de rétention.

Hier on a pété les plombs. On avait la haine. Ils nous ont gazés pour rien, pour nous évacuer sur le terrain de foot après l’incendie. On était plus d’une centaine. Ils nous ont fait rentrer par une toute petite porte. Ils étaient une trentaine de gendarmes. Tellement ils ont gazé, les gendarmes eux mêmes étaient mal. On est resté assis dans le stade jusqu’à 21H30 pour la fermeture. On a pas mangé. On s’est mis en grève de la faim. Depuis hier soir la moitié des personnes sont en grève de la faim. Aujourd’hui il y eu 2 expulsions."

2e témoignage : ( bât 2 )

"Mon collègue était en ligne hier directement avec les manifestants. L’incendie s’est produit au bâtiment 1 et 4. On manifestait à l’extérieur quand cela s’est produit, on criait à la liberté. Tout d’un coup, on a vu le bâtiment 1 en feu, puis le 4.

Dans le bâtiment 4 il y a juste la salle télé qui a brulé. Dans le bâtiment 1, on ne sait pas, mais ils l’ont fermé immédiatement.

Pendant le feu, les flics étaient agressifs, ils nous ont gazés et une personne s’est faite frapper. Elle a été amenée vite fait à l’infirmerie. Après elle est revenue avec nous. Les gendarmes nous ont mis sur le terrain de foot. On nous a laissé au moins 4 heures là-bas dans le froid.

Pendant la manifestation, ils nous empêchaient de voir l’extérieur en nous barrant la vue avec des camions.

Aujourd’hui 2 personnes ont été embarquées peut-être qu’elles sont en prison. Les flics se sont servi du fait qu’elles devaient passer en jugement mais elles sont pas rentrées. Normalement elles auraient dû être ramenées au centre, on ne sait pas où elles sont. Ils ont dû les prendre au hasard parce qu’il leur faut des coupables.

Les gendarmes nous ne communiquent rien. On est en grève de la faim depuis hier. On l’a signalé. Ça fait presque 24H. Depuis hier midi. On a parlé aux gendarmes, on leur a dit que plus de la moitié des gens étaient en grève. Depuis hier ils ont un peu changé. Ils sont plus sévères. Ils ont des ordres. C’est un peu tendu. Hier il y avait des photographes. Mais je pense qu’ils ont confisqué l’appareil de la personne qui essayait de nous prendre en photo. À l’intérieur, les gendarmes nous filmaient. Un flic nous filmait avec un camescope. Il y avait aussi deux personnes au-dessus du toit qui nous surveillaient.

Ils ont pris en chasse un photographe qui était à l’extérieur.

On n’est pas enfermé dans nos chambres, mais les bâtiments sont assiégés ».

3ème témoignage ( bât.2 )

"Le feu s’est déclenché vers 17H. Les gendarmes ont commencé à intervenir avec des extincteurs. Les pompiers sont arrivés plus tard. Le bâtiment 1 n’est plus utilisable. Les gens du bâtiment 4 sont encore dans ce bâtiment. Par contre, ceux du bâtiment 1 ont été répartis dans les autres bâtiments.

Lors de la manifestation, ils ont amené des camions pour nous cacher pour pas que les journalistes nous voient. Il y avait un photographe à l’extérieur, ils sont partis le chercher pour pas qu’il puisse faire son travail.On est presque une quarantaine à être en grève de la faim.

Deux personnes ont été arrêtées aujourd’hui. Je crois qu’un a été arrêté parce qu’il ouvrait trop sa gueule. Les flics ont profité du fait qu’il avait un jugement pour l’embarquer."

fermeturetention chez yahoo.fr

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