Une tribune pour les luttes

Collectif pour l’abolition de la prostitution

Article mis en ligne le dimanche 28 mars 2004

Le Collectif pour l’abolition de la prostitution regroupe des individus et/ou organisations souhaitant entreprendre une lutte cohérente pour l’abolition de la prostitution et donc revendiquer la pénalisation des clients.

Pour une lutte abolitionniste claire et cohérente

Toute lutte abolitionniste réelle passe nécessairement par la pénalisation des auteurs de la violence prostitutionnelle. On se demande d’ailleurs au nom de quoi on pourrait à la fois réprimer le proxénétisme et disculper les clients sans tomber dans les contradictions : la loi réprime ceux qui encouragent une pratique qui est par ailleurs tolérée. Le proxénète a beau jeu de se demander pourquoi il n’a pas le droit d’organiser l’achat ou la location du corps d’être humains alors qu’on accorde au client ce droit d’achat ou de location.

Ainsi, ce n’est pas la commercialisation du corps d’êtres humains qui est criminalisée, mais uniquement le rôle des intermédiaires dans ce commerce ! Si l’on transposait la législation actuelle sur la prostitution au commerce d’organes, seuls les trafics intermédiaires entre la victime et l’acheteur final seraient pénalisés, l’achat d’organe serait légal. Si l’on transposait
cette législation sur le viol, cela donnerait : seuls les complices de viols seraient pénalisés, le viol en lui-même serait légal. On voit bien que la situation actuelle n’a pas de logique : la loi ne peut pas pénaliser l’encouragement d’une pratique ou les travaux intermédiaires autour d’une pratique qu’elle accepte par ailleurs. L’abolitionnisme qui ne comprendrait pas parmi ses revendications la pénalisation des clients n’a pas de sens.

La prostitution n’est pas un libre choix : même parmi la minorité qui "choisit", c’est à dire qui se résigne à se prostituer, il n’y a pas de hasard : ce sont les femmes des classes défavorisées qui sont réduites à se prostituer, et de plus en plus celles qui proviennent des anciennes colonies (Afrique, Maghreb) ainsi que des pays de l’est. Enfin, il ne faut pas non plus oublier que la majorité des personnes prostituées ont subi des abus sexuels dans l’enfance. La prostitution n’est pas un travail : Il s’agit là de marchandisation des corps.

Le client achète ou loue le corps des personnes prostituées en toute impunité. Or, le corps humain est inaliénable. La loi française le reconnaît en ce qui concerne le commerce d’organe ou la location d’utérus (mères porteuses), mais elle déroge à cette règle en ce qui concerne la prostitution. Rien n’est entrepris contre ceux qui achètent ou louent le corps des personnes prostituées, on leur reconnaît donc implicitement ce droit.

La prostitution est une violence : Elle détruit les personnes qui la pratiquent. Le client participe directement à cette destruction. La prostitution ales mêmes conséquences que le viol sur la santé mentale et physique ; la majorité des personnes prostituées (et des personnes violées) souffrent de l’état de stress post-traumatique (cauchemars, flash back récurrents), y compris celles se trouvant en maisons closes ; Aucun besoin sexuel ne peut justifier la destruction d’une personne à l’oeuvre dans la prostitution. La pénalisation des « clients » de la prostitution et donc la reconnaissance officielle de la prostitution comme une violence permettra d’enlever l’illusion du consentement que procure l’argent versé.

La double morale face à la prostitution : La prostitution est une violence et c’est pour cela que les clients doivent être pénalisés. Admettre que la prostitution est une violence, que le client participe à cette violence, sans mettre en ouvre la politique qui en découle est une hypocrisie qui participe à la double morale qui dénonce la prostitution mais la tolère en fait.

Sans client, pas de prostitution : Si le « client » n’existait pas, la prostitution ne pourrait pas exister.
La pénalisation des clients, clef de voûte d’un ensemble de mesures : Il s’agit de poser une norme sociale qui doit être la clef de voûte d’un ensemble de mesures : La pénalisation du client n’est qu’une pièce de la politique abolitionniste qu’il nous faut mettre en place. Par exemple, l’obtention de droits n’exige en rien un statut professionnel de prostituées, il faut lutter pour l’accès aux droits universels : la sécurité sociale doit être indépendante du statut professionnel.

« PAS DE CLIENTS : PAS DE PROSTITUTION ! » Maldy, survivante de la prostitution

« La France n’est pas prête »

Tant que la majorité des progressistes ne défendront pas cette idée la société ne risque pas de devenir « prête ». Fallait-il attendre que « la France » soit « prête » pour commencer la bataille pour le droit à l’avortement ? D’ailleurs, la société (par exemple le journal Marie Claire) semble beaucoup plus prête que ne le sont les organisations. Pourtant, de nombreux partis politiques (aujourd’hui frappés d’amnésie) se sont pourtant engagés à pénaliser les « clients » dans l’Appel à entrer en résistance contre l’Europe proxénète signé par le PS, le PC, les Verts, la LCR en 1999.

« La Suède est plus féministe, l’opinion était plus prête »

La Suède n’a pas promulgué une loi pénalisant les clients de prostituées grâce à sa « nature féministe ». Au contraire, cette loi est le résultat d’un combat mené par les féministes suédoises depuis 30 ans.

« La répression n’est pas la solution » et « ce n’est pas le moment »

Dans les années 70 déjà, plusieurs articles de Libération reprochaient aux féministes leur campagne pour la pénalisation du viol en les accusant de participer à la « justice de classe ». Aujourd’hui, certain-e-s estiment que la pénalisation des clients est souhaitable mais que ce n’est « pas le moment » à cause des lois sécuritaires. Or une politique abolitionniste claire et cohérente présentant les personnes prostituées comme les victimes d’une violence reconnue et sanctionnée comme telle, empêcherai justement les dérives actuelles en France de condamnation des victimes.

« Concrètement, qu’est-ce que la pénalisation des clients apporte pour les prostitué-e-s ? »

- Effet sur les clients : Très peu de clients ont été condamnés en Suède mais nous ne demandons pas aux lois contre le viol, le meurtre, le racisme d’éradiquer ces fléaux. Refuser de pénaliser ces violences signifierait que la société les accepte, risquerait de les faire augmenter et empêcherait toutes réparations des victimes. L’objectif est avant tout de poser un interdit et cela est efficace puisque selon la police, 70 à 80% des clients de la prostitution ont disparu.

- Effet incitatif pour les personnes prostituées : en Suède où cette loi est appliquée, les associations d’aide à la réinsertion des personnes prostituées ont vu venir vers elles un afflux de femmes juste après l’introduction de la loi.

- Effet négatif sur l’alimentation du marché : la police suédoise indique que le recrutement de nouvelles personnes prostituées a cessé. Des associations précisent que la loi a un effet dissuasif sur les jeunes filles en risque prostitutionnel (fugueuses, consommatrices de drogue, etc.)

- Effet négatif sur la traite : selon Europol, la traite des femmes en direction de la Suède a quasiment cessé après l’introduction de la loi et les trafiquants choisissent d’autres pays. Si elle n’a pas fait disparaître la prostitution, la pénalisation des clients semble avoir permis de réduire sensiblement le nombre de personne subissant la prostitution.
« La pénalisation ne va-t-elle pas plutôt empirer la situation des personnes prostituées en les poussant dans la clandestinité ? »

- L’énorme majorité des personnes prostituées sont déjà clandestines !

- On remarque que cet argument de la pénalisation provocant la clandestinité n’est jamais employé pour la prostitution des mineures. Les clients de personnes prostituées mineures sont en effet pénalisés. Personne n’ose remettre en question cette pénalisation au motif que cela pousserait les mineures vers des lieux clandestins, parce que tout le monde a intégré l’idée que la prostitution des mineures est une violence inacceptable à laquelle les clients participent. L’hésitation face à la pénalisation des clients de prostitué-e-s majeur-e-s ne traduit-elle pas une tolérance face à la prostitution d’adultes ? Si on intègre que c’est que la prostitution des adultes est également abjecte, alors on se donne aussi la peine de la combattre vraiment comme l’on fait déjà pour les mineur-e-s en pénalisant les clients.

« Ne faut-il pas plutôt lutter contre le proxénétisme ? »

L’un n’empêche pas l’autre, bien au contraire : si les policiers utilisent volontiers des proxénètes comme indicateurs au lieu de les poursuivre, c’est avant tout parce que la prostitution n’est pas considéré comme un phénomène suffisamment grave pour que sa lutte soit une priorité. Si la prostitution est enfin reconnue comme une violence et donc sanctionnée en tant que telle, la lutte contre le proxénétisme pourra être alors prise au sérieux.

« Ne faut-il pas plutôt mener une « politique de responsabilisation des clients » ? »

La « responsabilisation des clients » sans pénalisation nie la violence de la prostitution. Personne n’aurait le mauvais goût de proposer une « politique de responsabilisation » des violeurs, des conjoints violents ou des meurtriers les laissant dans l’impunité parce qu’on est conscient du pouvoir normatif de la loi : ce serait leur délivrer du même coup un permis de violer, frapper, tuer. Le moment où l’Etat français a décidé de pénaliser le harcèlement sexuel correspond au moment ou cette « pratique » a été reconnue comme une violence. Tant que l’achat ou la location du corps d’être humain n’est pas pénalisé par la loi, la société envoie un signal de tolérance vis-à-vis de la prostitution.

Contact : Collectif pour l’abolition de la prostitution et pour la pénalisation des clients
Email : P-Information chez gmx.net

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4 Messages

  • Le 12 mars 2007 à 22:46, par Alphonse

    Je suis d’accord avec votre analyse : le client de la prostituée exerce une violence sur celle-ci. Mais cela s’applique aussi aux femmes clientes de prostitués (je pense à ces femmes d’âge mur qui vont se faire baiser sur des plages de vacances par de jeunes africains). Et également aux clients de la pornographie : je ne vois pas de différence entre un(e) acteur(trice) porno et un(e) prostitué(e). Pour être cohérent, il faudrait donc aussi réprimer ces femmes ainsi que les clients de la pornographie En particulier les abonnés aux chaînes cryptées et les télechargeurs sur Internet devraient être mis à l’amende. Tout cela me semble un peu utopique. N’y a-t-il pas des combats plus urgents, à mener en amont, avec de meilleures chances d’efficacité ?

    • Le 19 janvier 2009 à 12:16, par Lora

      Oui, les loi doit s’appliquer à tous les acheteurs de sexe, hommes et femmes. Mais voici les chiffres (pour la France) 1 homme sur 10 a été ou est client. 3 femmes sur 1000...
      Et criminaliser l’achat de "services sexuels" va de pair avec un travail global pour une société égalitaire.
      Exemple, en Suède, le père a autant de congés de paternité que la mère de congés de maternité ! Tous les enfants ont une place en crèche !
      La prostitution n’a pas disparu en Suède (Norvège et les autres pays abolitionnistes, mais est fortement réduite, puisque les réseaux de traite n’y viennent plus. Les nombre de clients a baissé de 80%.
      Une loi ne pourra jamais éradiquer la prostitution, pas plus que le meurtre ou l’inceste, est-ce une raison pour les légaliser ou tolérer ?
      Décourager la demande ? Aussi inefficace que de vouloir décourager les braqueurs de banque...
      La loi doit précéder le changement de société, l’induire.
      La loi sur la dépénalisation de l’IVG s’est faite contre l’avis populaire (des hommes ?)

      • Le 12 octobre 2009 à 18:53, par Nicky

        Les femmes qui consomment des prostitués participent à la violence que constitue la prostitution.

        La prostitution est un problème qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes.

        Mais un problème encore plus complexe pour les prostituées et pour toutes les femmes.

        Lisez l’article de défense de Match publié au sujet de Polanski avant "l’affaire". En gros, selon l’auteur, le viol de Polanski n’était pas vraiment un viol puisque la gamine avait accepté de faire des photos seins nus. Autrement dit, si tu acceptes d’enlever le haut, tu dois accepter qu’on te viole.

        Comment imaginer qu’une prostituée peut faire respecter ses droits à la sécurité si tant d’hommes ont encore cette vision que les femmes restent soit des putains, des mamans ou des nonnes.

        C’est l’existence même de la prostitution qui permet à cette vision de continuer à dominer.

        La prostitution est "lue" par les hommes comme un message qui leur dit qu’une caste est bel et bien à leur service, et qu’ils ont des droits sexuels particuliers. Voilà pourquoi beaucoup défendent becs et ongles la prostitution.

        La sexualité n’est pas et ne sera jamais un droit.

        Les arguments proprostitution ne tiennent pas la route sur le plan philosophique, éthique et politique.

        Il faut mettre la discussion sur la prostitution dans le contexte du discours néoconservateur (ex. Nozick et ses partisans antiréglementation et favorable à ce des gens puissent se proposer comme esclaves. Normaliser la prostitution incite beaucoup de jeunes à opter pour cette forme de suicide. Si on normalisait le commerce de drogues dures comme un métier possible et normal, cela se passerait de la même façon.

        LIRE LE SOLILOQUE DU DOMINANT - (SUR L’AFFAIRE POLANSKI ET LE CONTEXTE) MONA CHOLLET

        • Le 10 juillet 2010 à 20:03, par coeur

          Bonjour,

          Pour ou contre la prostitution ? Je suis partisan de l’abolition de la prostitution tant en ce qui concerne les personnes mineures et la France l’a abolie par exemple que les adultes et la Chine l’a abolie par exemple. Parmi les arguments des gens coupables de prostitution, le seul crédible est le besoin d’argent mais crédible ne signifie pas légitime. Les arguments des gens coupables que j’ai lus sur Internet sont faux et/ou diffamatoires à l’encontre des abolitionnistes qu’ils font passer pour des partisans de la lapidation voire de la peine de mort, de la charia... Moi par exemple, je suis contre la peine de mort, contre la lapidation, contre les intégrismes et les fanatismes... Et pour l’abolition de la prostitution. Et je pense que beaucoup d’abolitionnistes sont comme moi mais vivent sur la défensive car les prostitutionnistes sont en permanence offensifs depuis des années. Je ne comprends pas que les abolitionnistes ne vont pas plus de l’avant face aux abus hélas "payants pour eux" des prostitutionnistes.

          Il faut répondre selon la généralité : les gens de bonne volonté rêve d’un monde sans prostitution, généralement les choix des êtres humains doivent correspondre à leurs rêves au vrai sens du mot et non à des calculs de subsistance et/ou de profit cupide par le travail vénal, obscène, nuisant à des personnes (prostituées menacées, forcées, familles menacées, vies de couples dévastées, problèmes de santé, violences psychologiques...) Et comme l’a dit à la perfection une dame poète "On fait don de son corps à quelqu’un qu’on aime car l’amour ne se paie que par l’amour", c’est la vérité générale, la poésie est la vérité. Au-delà s’il y a des exceptions à reconnaître elles doivent être justifiées et reconnues par des experts mais elles ne doivent pas empêcher l’abolition. La Chine a aboli la prostitution il y a longtemps. Tout cela décrit l’universel et je pense qu’il faut bien finir de le réaliser. Mes sincères salutations. Guy Moreau

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