Une tribune pour les luttes

Communiqué commun à l’occasion du procès des 38 inculpés du mouvement de protestation pacifique du bassin minier de Rédeyef Gafsa (Tunisie) .

Lourdes condamnations par une justice expéditive.

Affrontement entre la police et la population de Redeyef

Article mis en ligne le samedi 13 décembre 2008

CRLDHT (Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie)

Jeudi 11 décembre avant 23H, le juge a clos de manière expéditive le procès des leaders du mouvement social du bassin minier devant le tribunal de Première instance de Gafsa (Sud-Ouest tunisien), aussitôt après avoir repris l’audience qui avait été interrompue à midi de manière tumultueuse : il a annoncé que les peines avaient été décidées et clos aussitôt le procès, sans prononcer seulement les peines, parmi des cordons de policiers qui faisaient écran entre le magistrat et les inculpés d’une part, entre la soixantaine d’avocats de tout le pays présents et les inculpés d’autre part. « On voyait à peine le juge », témoigne le président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme et avocat du procès Mokhtar Trifi pour signifier l’importance de l’écran policier sur place. Les peines décidées, telles que recueillies auprès du secrétariat du tribunal par le bâtonnier au nom des avocats constitués partie civile (au total une centaine venus de tout le pays), sont les suivantes :

10 ans 1 mois de prison ferme pour : Adnane Hajji, Bechir Laabidi, Taieb Ben Othman, Adel Jayar, Tarek H’limi, Hassen Ben Abdallah, Maher Fajraoui

6 ans pour : Mdhaffar Labidi, Haroun Hlimi, Ghanem Chriti, Abid Khélaifi, Rachid Abdaoui, Ridha Amidi, Elfahem Boukadous, Fayçal Ben Omar, Ridha Ezzeddine, Sami Ben Ahmed (Amaydi), Ali Jedidi

4 ans pour : Haftaoui Ben Othman , Mahmoud Raddadi, Boubaker Ban Boubaker,

2 ans pour : Mouhieddine Cherbib

1 an pour : Thameur Maghzaoui , Hedi Bouslahi

2 ans avec sursis pour : Issam Fajraoui, Mouadh Ahmadi, Abdallah Fajraoui , Mohamed El Baldi, Radhouane Bouzayane, Makram Mejdi, Othamn Ben Othamn, Mahmoud Helali, Mohsen Amidi

Acquittement pour : Isamel El Jawhari, Lazhar Ben Abdelmalek, Boujemaa Chriti , Habib Khédhir

Appel devrait être fait dans les dix jours par les avocats de la partie civile, une fois consultés leurs clients.

Ainsi s’est donc clos, ce jeudi 11 Décembre en Tunisie, au Tribunal de première instance de Gafsa, de manière expéditive et dans un simulacre de procès ne respectant pas les règles élémentaires du droit, la deuxième et dernière journée du procès tant attendu des leaders du plus important et du plus long mouvement social qu’ait connu la Tunisie du président Ben Ali depuis son arrivée au pouvoir dans le bassin minier de Gafsa.

Cette deuxième journée (consécutive au report accordé par le tribunal au terme de la journée d’ouverture du procès le 4 décembre dernier), avait en réalité pris un tour inquiétant dès son ouverture le matin.

Les avocats avaient plaidé le matin en effet en vain pour un nouveau report du procès : demandes adressées au juge concernant la convocation de divers témoins et de représentants de l’Etat, de production des rapports de garde à vue, d’examen médical des prisonniers… Le juge avait refusé d’accéder à leur demande et voulu procéder malgré leur insistance à l’interrogatoire des prisonniers, qui ont refusé de répondre et entonné de nouveau l’hymne national, comme la semaine précédente lors de l’ouverture. La séance avait été levée alors vers midi parmi les bousculades des familles, que les policiers ont voulu évacuer avant d’y renoncer suite à l’intervention des avocats, dont quelques-uns ont été bousculés également.

Une centaine d’avocats au total, venus de tout le pays, s’était constitué partie civile, la majorité d’entre eux dès la première journée du procès le 4 décembre. Etaient présents par ailleurs au procès ce 11 décembre des représentants politiques, syndicaux et des représentants d’autorités étrangères comme la représentation de l’Union européenne à Tunis ou l’ambassade des Etats Unis.

Dans l’après-midi, deux membres du comité des diplômés chômeurs de Gafsa, dont Gzela Mhamdi, qui est en butte à un harcèlement ancien de la part des forces de l’ordre, ont par ailleurs subi les coups des policiers, selon le témoignage des avocats présents.

En fin d’après-midi, enfin la ville de Redeyef, principal foyer de la contestation sociale pacifique dont les leaders en procès sont essentiellement issus, avait été encerclée et bloquée par des policiers « particulièrement nombreux ». Pour mémoire, la ville avait été en état de siège quasi permanent par les forces de l’ordre durant le mouvement social du premier semestre 2008.

Jeudi soir 11 décembre et vendredi matin 12 décembre, au terme de la clôture du procès, des prisonniers et des familles de prisonniers réaffirmaient leur confiance aux avocats très découragés, disant qu’ils savaient bien, eux, que ce procès n’était qu’une "mascarade", et qu’ils comptaient désormais sur l’écho et la solidarité internationales.

Vendredi 12 au soir, enfin, des affrontements ont éclaté à Redeyef entre les habitants et les forces de sécurité présentes, et une série d’arrestations visant des jeunes s’est produite dans la nuit du 12 au 13, d’après les alertes du Comité de soutien aux populations du bassin minier en Tunisie, en contact avec les familles sur place. On attend des informations plus détaillées en cours de journée.

Parmi les interpellés de cette nuit du 12 au 13, on compte deux frères de la famille Hlaimi qu’avait rencontrée la délégation d’élus et personnalités de la société civile française qui s’était rendue du 26 au 28 novembre dernier à Tunis, Kerouan, Gafsa et Redeyef pour s’informer sur les faits et témoigner de sa solidarité. Deux autres frères de la famille Hlaimi sont déjà en prison suite aux arrestations ayant sanctionné le mouvement social à Redeyef au premier semestre 2008, et deux autres frères encore vivent à Nantes en France, où réside une importante communauté originaire du bassin minier. La mère des six frères Hlaimi avait été menacée de l’arrestation de ses deux fils restant avec elle à Redeyef si elle continuait à manifester et à parler du mouvement social, d’après son témoignage recueilli alors par la délégation.

CRLDHT (Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie)

RAPPEL sur le mouvement social du bassin minier

Sur le banc des accusés, notamment, les noms devenus emblématiques d’Adnan Hajji, Taïeb Ben Ohtman, Bachir Labidi, instituteurs membres du syndicat UGTT de base de l’enseignement primaire à Redeyef, ville du bassin minier à une heure de route de Gafsa ; également Mouhieddine Cherbib, président de la Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives à Paris, et figure citoyenne importante des mouvements sociaux et de l’immigration maghrébine en France ainsi que de la dynamique altermondialiste au Maghreb, accusé de solidarité avec le mouvement et de diffusion de l’information concernant celui-ci vers l’étranger.

Les personnes inculpées, dont la majorité est en état d’arrestation et incarcérés dans des conditions épouvantables, avec tortures physiques et psychiques avérées, harcèlements et menaces à l’encontre de leurs familles, sont jugées pour des accusations graves qui pourraient leur valoir de lourdes peines de prison : adhésion à une bande en vue de perpétrer des agressions à l’encontre de personnes et de propriétés, distribution de tracts destinés à susciter des troubles publics…

Membres de l’enseignement et syndicalistes locaux de l’UGTT ou bien ouvriers, les inculpés incarnent la direction qui est née des luttes sociales qu’a connues la région du bassin minier dans le sud-ouest de la Tunisie depuis début janvier 2008. Ce mouvement porté par une population locale soudée protestait contre le chômage des jeunes, la corruption, la marginalisation économique de la région et la pollution, les conditions de vie et de travail, dans cette partie de la Tunisie qui affiche des taux de chômage officiels atteignant le double de la moyenne nationale ; et ce, en dépit des formidables rentes encaissées par l’Etat tunisien grâce à l’industrie phosphatière locale, unique moteur économique de la région, industrie florissante sur le plan international.

Le « procès des 38 », comme il est appelé, se déroule à quatre cents kilomètres au sud-ouest de Tunis, dans la ville de Gafsa, capitale administrative de la région du bassin minier. Des délégations syndicales venues du Maroc, d’Algérie et de France assisté à l’ouverture du procès le 4 décembre. Au moins une centaine d’avocats tunisiens ont offert leurs services aux familles et coordonnent leurs efforts dans les semaines à venir. La coordination entre tous se fait notamment au travers du "Comité national de Soutien aux habitants du Bassin Minier" constitué en Tunisie pendant le mouvement par l’ensemble des forces associatives et partisanes de la société démocratique tunisienne.

Fin novembre, une délégation composée d’élus et représentants de la société civile française, parmi lesquels Marie-Georges Buffet, Cécile Duflot, Monseigneur Gaillot, Clémentine Autain, Robert Bret pour Attac, ou encore la secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature Hélène Franco, s’est rendue en Tunisie durant trois jours (des 26 au 28 novembre) afin de rencontrer les familles des prisonniers à Redeyef, leurs avocats à Gafsa ainsi que des représentants de la société civile à Tunis, rassemblés pour la circonstance au siège de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, d’ordinaire interdite d’accès par les forces de police. Malgré l’impressionnant dispositif policier, la délégation avait pu aller notamment jusqu’à Redeyef, où même les avocats peinent pourtant presque systématiquement à se rendre. Une demande de rencontre avec le ministre de la Justice tunisien était restée en revanche sans réponse. Le but de cette délégation diverse et solidaire, composée également de quatre Nantais dont une élue municipale en raison de la forte représentation des Tunisiens issus de Redeyef dans la région nantaise, était de soutenir, alerter et informer sur le mouvement et sa répression. Entre autres réactions au retour de ce voyage, la secrétaire générale du Parti communiste Marie-Georges Buffet a proposé, dans une lettre adressée aux premiers secrétaires de partis politiques français, ainsi qu’aux syndicats et diverses organisations civiles, l’idée d’une « coordination de solidarité et pour la démocratie en Tunisie » et a rappelé que les militants de la société civile tunisienne « attendent de la France une toute autre attitude qu’une complaisance officielle envers le régime ».

Les arrestations des principaux inculpés de ce procès des 38, la première fois, pendant le mouvement, ont provoqué des manifestations massives qui ont embrasé certaines villes de la région et ont contraint le pouvoir à les libérer sous la pression des foules menées par les mères et les épouses des incarcérés. Ils présentaient à leur sortie des traces de torture et de mauvais traitements. Leurs témoignages recueillis alors ont connu une large diffusion, démontrant une nouvelle fois la pratique systématique de la torture et amenant le pouvoir à la censure des sites d’échanges comme Youtube et Dailymotion en Tunisie.

Leur libération alors n’a été qu’un court répit. Le pouvoir a repris la situation en main. Toute la région a été mise sous état de siège et le président Ben Ali a décrété l’intervention de l’armée au secours de la police pour contenir la révolte pourtant pacifique et porteuse de demandes de négociations avec le pouvoir. La vague de répression qui s’est abattue sur les jeunes et les activistes de la région s’est soldée au final par la mort de trois jeunes manifestants dont deux par balles (l’un suite à ses blessures pendant l’été),alors que des centaines de personnes ont été sommairement condamnées à de lourdes peines de prison, parmi lesquelles la militante et journaliste tunisienne Zakia Dhifaoui, relâchée le 5 novembre avant la fin de sa peine sous forte pression internationale, mais non réintégrée à ce jour dans l’éducation nationale.

La population de ce bastion ouvrier a mené de fait durant six mois dans plusieurs villes minières, notamment celle de Redeyef à une heure de route de Gafsa, un important mouvement de protestation pacifique aux allures de mouvement social constitué, malgré l’encerclement militaire et policier, avant de finir écrasée par la chasse à l’homme, environ deux cents arrestations accompagnées de tortures physiques et psychologiques, et autres mauvais traitements systématiques, comme le refus de l’accès aux soins, enfin par un harcèlement accru et systématique sur la population jusqu’à aujourd’hui, notamment sur les familles des prisonniers, blocus des routes et limitation des communications à l’appui. Quelques mesures d’investissement annoncées en juillet par le président tunisien pour la région peinent à masquer le désarroi économique de celle-ci et la gravité des atteintes aux droits fondamentaux.

Le mouvement du bassin minier avait été déclenché début janvier par la publication des résultats du concours d’embauche de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), l’unique moteur économique de la région. Jugeant frauduleux ces résultats, l’ensemble de la population, des jeunes chômeurs aux veuves des mineurs et leurs familles, en passant par les enseignants, fonctionnaires, marchands, ouvriers, étudiants et habitants, ont multiplié les actions. Sur fond de grande pauvreté et de flambée des prix, la population protestait contre la corruption d’un système local népotique, contre une politique de l’emploi injuste, et elle réclamait l’ouverture de négociations pour l’avenir de la région. Au fil des mois, la mobilisation, aux allures parfois d’épopée héroïque, a pris la forme tour à tour de sit-in des familles des invalides de la CPG et des morts à la mine, de grèves, d’actions des ouvriers licenciés, d’occupations diverses, de rassemblements, de la désignation d’un collectif de représentants, d’actions nocturnes contre les forces de police par les plus jeunes, de menaces enfin par les femmes de quitter la ville de Redeyef si la pression policière se poursuivait... Le siège local du syndicat de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), en plein centre-ville de Redeyef, avait même été réquisitionné par les contestataires, au nez des autorités, pour servir de quartier général des habitants en révolte.


Tunisie : justice expéditive pour les protestataires de Gafsa

Interview de Mohieddine Cherbib, porte-parole du "Comité de solidarité avec les habitants du Bassin Minier" en France

Vendredi 12 décembre 2008, par Hélène Bailly

Le procès des 38 personnes impliquées dans les manifestations populaires à Gafsa, qui ont démarré en janvier 2008, s’est achevé cette nuit en Tunisie. Vingt-huit personnes ont été condamnées à des peines allant de dix ans de prison ferme à deux ans avec sursis.

Entretien avec Mohieddine Cherbib, président de la Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR) et le porte-parole du "Comité de solidarité avec les habitants du Bassin Minier" de Gafsa en France . Il dénonce « un procès qui ne mérite pas d’être désigné comme tel ».

5 janvier 2008, les résultats du concours d’entrée organisé par la Compagnie de phosphate de Gafsa (CPG), le principal employeur du bassin minier de Gafsa, gouvernorat du sud-ouest tunisien, sont publiés. Des résultats « entachés de fraudes évidentes, de favoritisme et de népotisme », selon les associations de travailleurs et de défense des droits de l’Homme. Pour toutes ces raisons, la région s’embrase : toutes les catégories sociales se joignent à un large mouvement de protestation ponctué de grèves et d’autres manifestations. Redeyef, située à près de 60 km de la capitale régionale Gafsa, devient en mai le symbole d’une colère que l’une des régions les plus pauvres de Tunisie, où le chômage est l’un des plus élevés du pays, peine à contenir. Les affrontements entre manifestants et policiers vont faire un mort par électrocution. Un groupe de jeunes chômeurs avait décidé d’occuper le générateur électrique alimentant les ateliers de la CPG. Ali Ben Jeddou El Aleimi trouve la mort lors des affrontements entre policiers et manifestants. Trente-huit personnes, considérées comme les meneurs de ce large mouvement de protestation, sont inculpées par la justice tunisienne à la suite de ces évènements. Leur procès s’est ouvert le 4 décembre. Dans la nuit de ce jeudi 11 décembre, 28 des accusés ont été reconnus coupables « d’entente criminelle portant atteinte aux personnes et aux biens et rébellion armée commise par plus de dix personnes au cours de laquelle des voies de faits ont été exercées sur des fonctionnaires dans l’exercice de leur fonction ». La justice tunisienne leur reproche aussi « d’avoir pris la tête de manifestations portant atteinte à l’ordre public, lors desquelles des jets de pierres, des cocktails Molotov étaient lancés contre les forces de l’ordre ». Parmi les condamnés, figurent Adnane Hajji, le porte-parole du mouvement de protestation populaire des familles des miniers, qui souffre d’une insuffisance rénale. L’opposant Fahem Boukaddous, correspondant de la chaîne dissidente Al-Hiwar émettant d’Italie, a été condamné par défaut à six ans de prison. De même que Mohieddine Cherbib, porte-parole du "Comité de solidarité avec les habitants du Bassin Minier" de Gafsa en France, qui a écopé à deux ans de prison.

Afrik.com : Est-ce que vous vous attendiez à ce que le procès se déroule dans de telles conditions et que ce type de condamnations soient prononcées ?

Mohieddine Cherbib : On s’attend à tout d’un régime autoritaire comme celui de Ben Ali. Mais que l’on refuse la plaidoirie des avocats, que les accusés ne soient pas interrogés, qu’ils soient séparés de leurs avocats par des policiers… C’était vraiment l’horreur. Nous n’étions pas dans une salle de procès, mais dans une salle de prisonniers quadrillés de toutes parts par des policiers. Le président du tribunal a levé la séance le matin à cause des protestations pour revenir à minuit annoncer qu’il y avait des condamnations, sans avoir le courage de les énoncer. Les avocats ont dû les recueillir auprès des greffiers. Avec cette parodie de justice, on a dépassé toutes les limites en Tunisie. Et on a déjà assisté à des procès inéquitables dans ce pays. Mais quand on empêche les avocats de parler alors qu’ils sont présents et qu’ils ne boycottent pas le procès, ce qui est arrivé par le passé, quand le président du tribunal annonce qu’il y a un verdict sans en donner lecture… Je ne sais pas où nous sommes : à Cuba, en Russie ou en Chine ? Ce qui s’est passé à Gafsa ne fait pas honneur à la Tunisie.

Afrik.com : Quelles ont été les condamnations prononcées ?

Mohieddine Cherbib : Il y a sept condamnations de 10 ans et un mois de prison ferme, 8 condamnés à 6 ans de prison ferme, 3 condamnés à 4 ans ferme. Je suis moi-même condamné à 2 ans de prison ferme. Il y a également neuf condamnés à 2 ans de prison avec sursis et 4 acquittés. Six autres personnes ont été libérées avant le procès. Ce sont les leaders syndicalistes, les membres du comité qui ont négocié avec les autorités pendant six mois pour apaiser les tensions, qui ont écopé des peines les plus lourdes. C’est un procès inique, un procès qui ne mérite pas d’être désigné comme tel.

Afrik.com : Que pensez-vous de votre propre condamnation ?

Mohieddine Cherbib : C’est l’absurdité même. Dans l’acte d’accusation, dans le paragraphe qui m’est consacré, on me reproche d’avoir tenu l’opinion internationale informée de ce qui se passait à Gafsa. Je suis en France, Français et libre de mes mouvements. Seulement, je serai privé de voir ma famille en Tunisie.

Afrik.com : Que va-t-il se passer maintenant ?

Mohieddine Cherbib : La mobilisation va continuer. Les organisations syndicales et les avocats sont mobilisés. Ils vont faire appel. La population était présente auprès des accusés. Il y avait lors de ce "procès" des syndicalistes et des observateurs internationaux, notamment du Maroc et de l’Algérie. Des juristes et des avocats ont été envoyés par la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), il y avait des représentants du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme, il y a aussi beaucoup d’associations et d’organisations qui sont solidaires ici en France. Nous allons continuer la bataille politique et judiciaire. Pour ce qui est du judiciaire, on ne sait pas ce qui va se passer, mais nous allons au niveau politique continuer d’informer sur la situation à Gafsa, en Tunisie. Un pays qui est soutenu par la France de Nicolas Sarkozy, l’Union européenne. C’est l’occasion pour nous d’interpeller ces derniers sur le respect des droits de l’Homme en Tunisie.

Source : http://www.afrik.com/article15900.html



Dossier sur FTCR Pour une citoyenneté des deux rives.

http://www.ftcr.eu/


Bassin minier : compte-rendu de la première journée du procès des inculpés

C.R.L.D.H. Tunisie : Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie

Compte rendu de la première journée du procès : 8 détenus libérés et renvoi du procès pour le 11 décembre 2008.

La première journée du "procès des 38" concernant les leaders du mouvement du bassin minier s’est clôturée ce soir au Tribunal de Première instance de Gafsa comme prévu sur un report, qui était demandé par la défense. Les nouvelles dates fixées en fin de journée par le tribunal pour la suite du procès sont les 11 et 12 décembre prochains. Par ailleurs, le juge a décidé ce soir également de la mise en liberté provisoire de huit détenus, à la demande de la défense qui l’avait réclamé pour l’ensemble des inculpés. Les huit détenus concernés sont : Othman ben Othman, Moad Ahmadi, Mohsen Amaydi, Mohamed Baldi, Makram Majdi, Mohamed Helali, Radhouane Bouzaiane, Abdallah Elfajraoui. Demain matin doit se dérouler en outre à partir de 9H l’interrogatoire de deux des 38 inculpés qui était en fuite mais se sont présentés à l’audience de ce matin. Aucune réponse n’a été apportée en revanche à deux autres demandes de la défense, qui concernait une expertise médicale sur les prisonniers suite aux faits de torture qu’ils ont rapporté, ainsi qu’une convocation des deux maires successifs de Redeyef pour qu’ils soient entendus par le tribunal sur les négociations qu’ils avaient mené notamment avec l’inculpé Adnane Hajji, figure emblématique du mouvement, et d’autres inculpés du même procès.

Le procès des leaders syndicaux avait commencé par l’énumération des noms des inculpés, qui affichaient aux dires des observateurs un bon moral. Les inculpés ont alors chanté l’hymne national, rejoints par leurs avocats, malgré des bousculades policières. Un premier report d’audience de 15mn a été demandé aussitôt par les avocats de la partie civile afin que d’autres collègues d’autres villes tunisiennes en train seulement d’arriver puissent également se constituer dans la défense. Ce sont près d’une centaine d’avocats présents à l’audience pour défendre les inculpés, venus de toutes les villes du pays. "Le tribunal est rempli de robes noires", témoignait ce matin avec beaucoup émotion par téléphone un avocat venu de Tunis au CRLDHT. Le chiffre officiel annoncé est de 92 avocats constitués dans la partie civile. D’après cette même source, "presque tous les leaders politiques et syndicaux étaient présents". "Les prisonniers auraient été privés de la visite de leurs avocats ces trois derniers jours." Les avocats ont demandé le témoignage du ministre de la santé publique et des hauts fonctionnaires de l’Etat. Mokhtar Trifi, président de la LTDH, a plaidé sur le cas de Mouhieddine Cherbib, résidant à Paris et coaccusé pour délit de solidarité et divulgation d’informations sur le bassin minier vers l’étranger, demandant un report car M. Cherbib n’a reçu aucune convocation. Les avocats ont surtout plaidé aujourd’hui sur la forme, demandant la libération provisoire des détenus, et le report du procès.


Libération des détenus . Arrêt des poursuites judiciaires.

La date du procès des 38 inculpés du bassin minier de Rédeyef a été fixée le jeudi 4 décembre 2008. Les personnes inculpées dont la majorité est en état d’arrestation seront jugées pour des accusations graves et risquent de lourdes peines de prisons. Mohieddine CHERBIB, président de la FTCR, est poursuivi pour délit de solidarité avec les populations du bassin minier

Rassemblement le mercredi 3 décembre à 18H00 - station de M° Saint-François Xavier - Ligne 13 A proximité de l’Ambassade de Tunisie

A l’appel des organisations suivantes :

Associations :

A.M.F. (Association des marocains en France)- A.T.F. (Association des Tunisiens en France)- A.T.M.F. (Association des travailleurs maghrébins en France)- ATTAC (Association pour la taxation des transactions pour l’aide aux citoyens)- C.R.L.D.H.T. (Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie)- CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale)- F.T.C.R. (Fédération pour une citoyenneté des deux rives)- L.D.H. (Ligue des Droits de l’ Homme) - M.I.B. (Mouvement de l’Immigration et des banlieues)- M.R.A.P. (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples)- RACCORT (rassemblement des associations des citoyens originaires de Turquie)- Re-So/Euro Maghreb- S.A.E. (Solidarité algérienne en Europe)- S.T. (Solidarité tunisienne)- UTIT (Union des travailleurs immigrés tunisiens)

Organisations syndicales :

C.G.T. (Confédération générale du travail)- C.N.T. (Confédération nationale du travail)- F.S.U. (Fédération syndicale unitaire) - S.M. (Syndicat de la magistrature)- SOLIDAIRES (SUD)

Partis politiques :

ET-TAJDID France- F.D.L.T. (Forum pour le droit et la liberté en Tunisie)- L.C.R. (Ligue communiste révolutionnaire)- LES VERTS - P.C.F. (Parti communiste français)- P.C.O.T. (Parti communiste des ouvriers de Tunisie)- P.D.P. (Parti démocratique progressiste) France


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Pétition de soutien à Mohieddinne Cherbib, président de la Fédération des tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR)et aux autres inculpés et emprisonnés pour leur action ou soutien au mouvement de protestation sociale dans le bassin minier de Gafsa.

Nous signataires participants-es au Sommet Citoyen sur les Migrations -DES PONTS PAS DES MURS- les 17 et 18 octobre 2008 à Paris, apprenons avec stupéfaction et indignation l’inculpation de. Mohieddinne Cherbib, président de la Fédération des tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), avec 37 militants syndicalistes et jeunes chômeurs, en raison de leurs activités de solidarité avec les habitants du bassin minier de Gafsa (Tunisie) par, le juge d’instruction du 3ème cabinet du tribunal de Gafsa.

Mohiedinne Cherbib est inculpé pour "appartenance à une bande, participation à une entente établie dans le but de préparer ou de commettre un attentat contre des personnes ou des biens" et "distribution, mise en vente, exposition au regard du public, détention en vue de la distribution, de la vente, de l’exposition dans un but de propagande de tracts et de bulletins de nature à nuire à l’ordre public".

Mohiedine Cherbib, qui coordonne un comité de soutien aux habitants de Gafsa, est poursuivi en raison de sa mobilisation, en France, en faveur de la population du bassin de Gafsa.

Nous dénonçons vigoureusement cette inculpation qui témoigne d’une intensification de la répression envers le mouvement de protestation sociale que connaît la Tunisie et qui trouve des prolongements au delà des frontières tunisiennes avec les tentatives pour intimider et inquiéter les immigrés tunisiens qui expriment leur solidarité avec les populations tunisiennes en lutte pour l’Emploi, la répartition sociale et géographique des richesses et pour dénoncer la cherté de la vie, la corruption , l’exploitation des matières premières et l’environnement.

Nous exigeons l’arrêt des poursuites à l’encontre de Mouhieddine Cherbib, et l’arrêt immédiat de toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, à l’encontre des personnes soutenant les revendications des habitants du bassin minier de Gafsa.

Nous exprimons toutes notre solidarité à Moheiddinne Cherbib, aux autres inculpés dans cette affaire et exigeons la libération des personnes récemment emprisonnées pour leur action ou leur implication dans le mouvement de protestation sociale dans le bassin minier de Gafsa.

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