Une tribune pour les luttes

Parcours d’Exil et l’IRCT (International Rehabilitation Center for Torture victims)

Aidez les survivants de la torture au lieu de fermer des centres !

Lettre ouverte au Président de la République française, Président de l’Union européenne.

Article mis en ligne le mercredi 10 décembre 2008

Mercredi 10 décembre 2008,

Lettre ouverte au Président de la République française,
Président de l’Union européenne

Monsieur le Président de la République et Président de l’Union européenne,

En ce jour du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme, si les Français ont oublié ce qu’était la torture et les effets de
la dictature (contrairement à beaucoup de pays dans le monde), les patients
que nous recevons dans nos centres de soins, eux, ne l’ont pas oublié.
_Demandeurs d’asile ou réfugiés, originaires de pays d’Afrique, d’Asie ou
d’Europe de l’Est, ils subissent au quotidien les séquelles de la torture :
angoisses, cauchemars, réminiscences, irritabilité, etc.
Pour que ces séquelles s’effacent et puissent laisser place à une vie
reconstruite, il est essentiel que les survivants de la torture soient
soignés.
C’est grâce aux soins que ces survivants, ces surhommes et ces « 
wonder-women » mais aussi ces enfants, qui ont déjà réussi à survivre au
pire et ont dû traverser des épreuves inimaginables pour arriver en France,
peuvent se reconstruire un avenir.
Il est essentiel aussi qu’ils soient reconnus au plus vite à leur arrivée en
France pour que les soins spécifiques dont ils ont besoin puissent leur être
prodigués et pour que la procédure de demande d’asile soit adaptée à la
réalité de leur souffrance.

Or aujourd’hui plus que jamais, et malgré le fait que les législations
_européennes et nationales reconnaissent ces soins comme un droit, la réalité
est tout autre.

La directive « Accueil » 2003/9/CE oblige les gouvernements européens à
financer des soins spécifiques pour les victimes de torture. Pourtant, très
peu de gouvernements européens ont jusqu’à présent assumé pleinement leurs
responsabilités. Les centres dépendent donc fortement des financements de
l’Union européenne et du Fonds de Contribution volontaire des Nations Unies
pour les Victimes de Torture (UNVFVT).
La situation financière des centres se trouve davantage menacée depuis 2007
 : la Commission européenne finançait jusqu’alors les centres de soins pour
victimes de torture, indépendamment de leur situation géographique. En 2007,
elle a annoncé vouloir se désengager du financement des centres situés dans
l’Union européenne en s’appuyant sur la directive « Accueil », mais sans
pour autant s’assurer de la réalité des financements gouvernementaux au
niveau national.

La situation en Europe des centres de soins pour victimes de torture est
donc critique.
A ce jour, six centres en Europe sont condamnés à la fermeture, dans un
délai allant de quelques jours à quelques mois : en Grèce, en Roumanie, en
Italie, en Irlande dans l’Union européenne mais aussi au Kosovo et en
Moldavie aux frontières extérieures de l’Union.
En France aussi, la fin des
financements en 2010 laisse craindre le pire pour tous les centres, et
notamment pour Parcours d’Exil, qui reçoit environ 900 patients par an.
Chaque fermeture a pour conséquence immédiate l’abandon de l’aide auprès de
plusieurs centaines de personnes, puisque le relais n’est pour le moment
jamais pris par les Etats.

Il est crucial qu’une action politique, symbolique et humanitaire forte soit
mise en œuvre de façon urgente pour que ces centres soient maintenus mais
surtout pour que les gouvernements de l’Union européenne prennent conscience
de l’urgence et assument leurs responsabilités vis-à-vis des victimes de
torture. L’Europe doit être un modèle pour le reste du monde en matière de
soins aux victimes.

Comme nous l’avons-nous-mêmes préconisé dans les recommandations de la
conférence européenne des 28 et 29 octobre dernier sous le label de la
Présidence Française de l’Union européenne, la Commission européenne a
proposé le 3 décembre dernier des modifications à la Directive « Accueil »
dont :
« [l’instauration] des dispositifs au niveau national afin
d’identifier, dès le début de la procédure d’asile, les personnes ayant des
besoins particuliers, et de leur garantir un traitement approprié »

La France, patrie des Droits de l’Homme et présidente pour quelques jours
encore de l’Union européenne, se doit de porter au plus haut niveau la cause
des survivants de la torture, et ce sur le long terme.

Sans une réelle volonté politique, il n’y aura pas d’avenir pour les
victimes elles-mêmes qui, sans soin approprié, ne pourront reconstruire leur
vie, ne pourront partager avec nous apporter toute la richesse et toute la
force qu’elles ont accumulées pour survivre à cette ignominie qu’est la
torture !
Pas d’avenir non plus pour les centres de soins qui ont consacré toute leur
énergie à soutenir les victimes depuis parfois 20 ans,
Ni pour la démocratie, mise en danger partout dans le monde tant que la
torture restera un outil politique de la terreur !

Monsieur le Président, en cette date anniversaire de la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme, en cette fin de Présidence française de
l’Union européenne, en ce début encore de votre mandat,

Aidez-nous à les aider !
Aidez-les à retrouver leur dignité !
Aidez l’Europe à assumer ses responsabilités !

Aidez les survivants de la torture !

Avec toute notre considération,

Pierre Duterte
Médecin Directeur

BritaSydhoff Secrétaire Générale

Parcours d’Exil IRCT

Un mot sur les signataires

Parcours d’Exil est une association loi 1901. Elle soigne gratuitement
depuis 2002 les victimes de torture qui, après un parcours long et
périlleux, sont parvenues jusqu’à notre pays pour y demander l’asile. En
2007, ce sont 900 patients qui ont ainsi bénéficié de ses soins
(www.parcours-exil.org).

L’IRCT (International Rehabilitation Center for Torture victims) est la
fédération mondiale des centres de soins pour victimes de torture et réunit
142 centres de soins de par le monde entier (www.irct.org).

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1 Message

  • Le 11 décembre 2008 à 13:15, par Sandrine Scardigli

    Merci de relayer notre appel. Nous avons besoin de tous pour que les patients ne soient pas abandonnés, une nouvelle fois, à leur sort.

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