Une tribune pour les luttes

EDUCATION-LUtte

Lettre de soutien d’un non désobéisseur

Pas en notre nom !

Article mis en ligne le samedi 20 décembre 2008

PAS EN NOTRE NOM !

Lettre de parents et d’enseignants non « désobéisseurs » (mais pas
dupes) à Monsieur Darcos et aux inspecteurs de l’éducation nationale.

Messieurs.

Nous venons d’apprendre par les enseignants du premier
degré engagés dans le mouvement dit de « désobéissance pédagogique » que vous tentez d’intimider ceux-ci en ayant recours à la fois à des menaces matérielles disproportionnées, (un jour de suppression de salaire pour une demi-heure de « soutien » en moins par jour : autant
dire que vous les poussez directement à faire un jour de grève, puisque le prix à payer est le même que pour une journée de travail en moins !
Une forme de « raisonnement » qui ne manquera sans doute pas d’intéresser les professionnels du droit), quand ce n’est pas directement à la peur par des menaces à peine voilées sur leur carrière et leur avenir. Notons déjà que cette réaction pour le moins
déplacée et agressive trahit déjà le peu de confiance que vous
faites vous-mêmes à vos propres « réformes » pour qu’elles s’imposent
d’elles même chez les professionnels de la difficulté éducative. Leur
côté régressif crève tellement les yeux que vous misez d’emblée sur
la force !

Mais non content d’avoir recours à la menace, vous tentez aussi de
faire croire (fort maladroitement) que l’attitude de ces enseignants
résistants serait choquante. Ainsi monsieur Trêve, inspecteur de
l’académie d’Aix Marseille, dit dans un courrier adressé à ceux ci
qu’il trouve « choquant » qu’un tel mouvement se fasse « au détriment
 » des élèves les plus en difficulté.
Est–il besoin de rappeler que
si ces réformes avaient vraiment pour objectif d’aider les élèves les
plus en difficulté, non seulement elles ne supprimeraient le fait
qu’ils soient confiés à des spécialistes de l’échec scolaire bien
mieux formés que les enseignants généralistes sur ces questions là
(le RASED), mais aussi qu’elles ne s’acharneraient pas à faire subir
aux élèves les plus en difficulté les horaires les plus lourds et les
plus insupportables, une chose que tous les connaisseurs de
l’éducation n’ont pas manqué de souligner.

Nous ne sommes donc pas dupes ! Il est bien évident pour tout
esprit logique et juste que ce ne sont pas les enseignants qui
s’opposent à ces réformes ouvertement destructrices qui sont la cause
du problème, mais ces réformes elles-mêmes.
Lorsqu’on fait en sorte
de restreindre, voir de supprimer tout court, l’entrée en première
année de maternelle des enfants en bas âge (notamment des milieux dits « défavorisés »), on remet en cause sciemment un des rares mécanismes susceptible de combattre efficacement les inégalités socio-
culturelles (on sait que plus un enfant des classes populaires accède
tôt à la maternelle, plus il a de chances de réussir scolairement par
la suite).
Lorsqu’on réduit à une peau de chagrin, ou qu’on supprime
tout court, le Réseau d’Aides Spécialisées des Enfants en Difficulté
(dit « R.A.S.E.D), on proclame ouvertement qu’on ne veut pas investir
sur l’avenir des enfants en difficulté.
Lorsqu’on surcharge ces mêmes
enfants en difficulté de journées d’enseignement particulièrement
lourdes, on travaille sciemment à les couler et à les dégoûter de
l’effort scolaire. Lorsqu’on fiche les élèves ou qu’on met sous
surveillance l’opinion des professeurs, on attaque ouvertement la
devise républicaine « liberté, égalité, fraternité », etc, etc …(On
n’en finirait plus d’énumérer la nocivité de vos « réformes » prises
une à une ! Et c’est bien normal, puisqu’elles ont toutes pour but de
détruire un des derniers terrains ou la « compétitivité » et le « 
rendement » - des pseudos valeurs qui ont pourtant failli entraîner
le monde à sa perte récemment à travers les crises financières !- sont
officiellement exclues et combattues….)

Il est donc clair que les vrais « désobéisseurs civiques » dans cette
affaire ne sont pas ceux qui s’opposent à de telles réformes
catastrophiques, mais bien ceux qui imposent leur application. Et si
nous ne pouvons pas forcément suivre les « désobéisseurs civiques »
dans leur courage (pour des raisons aussi triviales qu’une situation
économique exsangue par exemple, mais jamais par opposition à leur
combat), nous savons qu’ils sont les porte-drapeaux du vrai civisme
et les vrais amis des citoyens français, notamment les plus « 
défavorisés » comme l’on dit pudiquement…..

Nous vous demandons donc instamment, par un dernier geste de
conscience qui vous honorerait, de vous reprendre, et de renoncer à
de telles « réformes » si visiblement inciviques, mais aussi de
renoncer à poursuivre les « désobéisseurs civiques ». Si tel n’est
pas le cas, d’évidence votre nom serait à jamais entaché de honte
dans l’histoire française….

Lionel Goutelle, instit non désobéisseur (uniquement pour des raisons
financières vitales)….

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4 Messages

  • Le 20 décembre 2008 à 20:27, par Un fonctionnaire

    Fonctionnaire de l’éducation nationale, comme beaucoup de professeurs qui consultent ce site et se gargarisent de connaître le droit, je ne peux laisser ce dernier message sans réagir : le DROIT de la fonction publique précise clairement que tout arrêt de travail, même d’une demi-heure, emporte comme conséquence le prélèvement d’un trentième de salaire. En l’espèce, au-delà du débat de fond, l’inspecteur d’académie ne fait - et c’est normal, il est fonctionnaire, et il est chargé d’appliquer la réglementation, tout comme nous tous dans nos missions spécifiques - il ne fait que mettre en oeuvre le droit.
    (si cette réglementation ne vous convient pas, demandez au moment des élections, à ce qu’elle soit changée)
    Les "désobéisseurs" prennent leurs responsabilités, ils sont adultes et ne peuvent pas reprocher à un supérieur hiérarchique de faire en sorte que la loi s’applique.
    Second point : qu’allez-vous imaginer derrière les mots de la lettre de M. Trêve, en pensant que la carrière de ces enseignants est menacée ??? Cessez d’agiter des craintes infondées et qui ne peuvent qu’attiser les débats. A moins que ce ne soit votre but...
    Entre adultes, ici, il y a des règles : un enseignant décide de ne pas appliquer les lois de la République, il doit être normalement sanctionné, à la mesure évidemment de ce qu’il a fait. Ni plus ni moins. Aucun enseignant ne sera viré.
    Je vous rappelle que dans le contexte actuel de crise, nous sommes bien heureux, nous fonctionnaires, d’avoir nos emplois garantis et nos salaires maintenus...
    Interrogez-vous plutôt sur ceci : dans une démocratie, il est normal, heureux et souhaitable d’exprimer son désaccord. Il existe, de loin en loin, des élections, à plusieurs niveaux, pour confirmer ce désaccord et souhaiter un changement de politique. Il est heureux que chaque gouvernement dispose d’une fonction publique qui met en oeuvre ses politiques, qui ont été souhaitées par la grande majorité des français, le plus récemment en 2007. Imaginez la situation inverse : "vous" auriez le pouvoir et des fonctionnaires "de droite" refuseraient d’appliquer vos consignes ? Que diriez-vous et que feriez-vous : que demanderiez-vous à vos inspecteurs d’académie de mettre en oeuvre ?
    Que devient, si un fonctionnaire désobéit de cette manière, alors, le système démocratique ? A quoi sert alors d’avoir des élections pour choisir ?
    Un fonctionnaire est le garant de la continuité du service public et son métier s’insère dans l’application des directives qu’il reçoit.
    Ne me faites pas le procès de je ne sais quel Vichy ou du "fonctionnaire servile"... Nous avons fort heureusement un statut qui nous protège des abus du politique, puisque nous avons le droit de nous opposer à une consigne quand elle est manifestement contraire aux lois de la République et qu’elle met en danger son existence. C’est le seul cas où un fonctionnaire peut décider de désobéir. Demander à des enseignants de mettre en place un accompagnement et un enseignement à des enfants sous la forme soutien scolaire, n’est pas une menace à la République démocratique... Cette réforme peut être contestée, mais elle ne peut pas ne pas être appliquée par ceux qui précisément sont chargés de faire en sorte que les lois de la République, voulus par le Parlement et le Gouvernement, soient mises en oeuvre sur le territoire national.
    Apprenez votre DROIT et connaissez mieux votre statut, avant de laisser libre court aux craintes les plus infondées...
    Encore une fois, nous ne sommes pas dans ce cas de figure.
    Pour finir, je vous mets au défi de savoir si je suis partisan des réformes actuelles. Mais je suis suffisament attaché à la démocratie et aux lois de la République pour ne pas décider symboliquement de "désobéir". Je ne suis pas professeur, encore une fois. Mais j’aurai le courage de dire que je fais grève, au lieu de parler de "désobéissance civile". Cette dérive laisse le champ libre à tout type de contestation de ce type. Si un médecin, parce qu’il est contre l’avortement décide, en son âme et conscience, de désobéir et de ne plus avorter ? le revendique et fait signer des pétitions... La décision des "désobéisseurs" est la marque d’une réflexion inachevée sur l’importance des métiers de la fonction publique et de l’éthique du fonctionnaire. Je connais plein de fonctionnaires en désaccord avec le gouvernement actuel (je les cotoie et les fréquente plus souvent que ceux qui sont partisans du gouvernement actuel...) qui pourtant, par exemple, fonctionnaires des impôts, appliquent le bouclier fiscal. Car c’est la loi. Ces fonctionnaires savent qu’un jour, l’alternance politique permettra de changer les politiques menées. Ces fonctionnaires savent aussi qu’ils peuvent faire grêve, pétitionner éventuellement, mais pas décider unilatéralement de ne plus appliquer la loi. Ce symbole est trop risqué : l’extrême droite est derrière cela. Encore une fois, je situe mon propos dans un pays démocratique très clairement, encore aujourd’hui, où le pouvoir est de droite ponctuellement, mais peut changer de "camp".
    Je souhaite bien du courage à ceux qui promeuvent la désobéissance, le jour où ils auront un pouvoir politique qui aura leur faveur et que fleuriront de partout en France, le désir de désobéir à l’extension des congés payés, du nombre de semaines de maternité, de paternité, à l’extension des droits sociaux de salariés du privé tellement malmenés par rapport aux fonctionnaires ces derniers temps !
    Et je formule un dernier voeu : que les fonctionnaires, surtout les enseignants, connaissent enfin le droit de la fonction publique.
    Bon courage à tous !

    • Le 22 décembre 2008 à 18:24, par

      La désobéissance civile se situe hors cadre, la décision de "désobéir" se fait en âme et conscience, car nous refusons de participer au démantèlement complet de l’Education nationale programmé dans le cadre de l’ouverture du marché de l’éducation. Nous sommes conscients des sanctions encourues et sommes prêts à les assumer jusqu’à l’obtention du retrait des réformes de M. Darcos en commençant par le maintien des 3000 postes du RASED.

      Rappel ci-dessous d’un texte fondateur de notre mouvement :
      La désobéissance civile, une radicalité constructive
      par Hendatho, professeur des écoles

      http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-999136.html

    • Le 22 décembre 2008 à 19:39, par

      Je ne me lancerai pas dans une contre argumentation étayée mais poserai plutôt quelques questions.
      Sommes-nous encore en démocratie ? D’aucuns définissent notre "démocratie" de la façon suivante : un état de droit oligarchique.
      Les principaux acteurs de l’éducation nationale ont-ils été consultés avant l’élaboration des réformes ?
      Que reste-t-il comme moyen d’action lorsque le gouvernement méprise à ce point les moyens traditionnels de contestation ?
      Que faire lorsque le DROIT bafoue à ce point l’idée même de République (Liberté, Egalité, Fraternité) ?
      Devons-nous accepter l’expulsion de nos élèves sans-papiers puisque c’est légal ?
      J’en aurai encore quelques unes...
      Hervé

  • Le 30 décembre 2008 à 11:39, par une enseignante en maternelle

    Merci pour cette lettre pertinente.

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