Une tribune pour les luttes

Pas en notre nom !

Lettre de parents et d’enseignants non « désobéisseurs » (mais pas dupes) à Monsieur Darcos et aux inspecteurs de l’éducation nationale.

Article mis en ligne le jeudi 1er janvier 2009

Messieurs,

Nous venons d’apprendre par les enseignants du premier degré engagés dans le mouvement dit de
« désobéissance pédagogique » que vous tentez d’intimider ceux-ci en ayant recours à la fois à des
sanctions matérielles disproportionnées (un jour de suppression de salaire pour une demi-heure de
« soutien » par jour remplacée par des activités concernant l’ensemble de la classe, autant dire que vous
les poussez directement à faire un jour de grève, puisque le prix à payer est le même que pour une
journée de travail en moins ! Une forme de « raisonnement » qui ne manquera sans doute pas
d’intéresser les professionnels du droit), quand ce n’est pas directement à la peur par des menaces à
peine voilées sur leur carrière et leur avenir. Notons déjà que cette réaction pour le moins déplacée et
agressive trahit le peu de confiance que vous accordez vous-mêmes à vos propres « réformes » pour
qu’elles s’imposent d’elles mêmes chez les professionnels de l’éducation.
Leur côté régressif crève
tellement les yeux que vous misez d’emblée sur la force !

Mais non contents d’avoir recours à la menace, vous tentez aussi de discréditer (fort maladroitement)
l’attitude de ces enseignants résistants. Ainsi monsieur Trève, inspecteur de l’académie d’Aix-Marseille,
dit dans un courrier adressé à ceux-ci qu’il trouve « choquant » qu’un tel mouvement se fasse « au
détriment des élèves les plus en difficulté ». Est –il besoin de rappeler que si ces réformes avaient
vraiment pour objectif d’aider les élèves les plus en difficulté, non seulement elles ne supprimeraient
l’intervention des spécialistes de l’échec scolaire bien mieux formés que les enseignants généralistes sur
ces questions-là (le RASED), mais aussi elles ne s’acharneraient pas à faire subir aux élèves les plus en
difficulté les horaires les plus lourds et les plus insupportables, ce que tous les connaisseurs de
l’éducation n’ont pas manqué de souligner.

Nous ne sommes donc pas dupes ! Il est bien évident pour tout esprit logique et juste que ce ne sont pas
les enseignants qui s’opposent à ces réformes ouvertement destructrices qui sont la cause du problème,
mais ces réformes elles mêmes.
Lorsqu’on fait en sorte de restreindre, voire de supprimer tout court,
l’entrée en première année de maternelle des enfants en bas âge (notamment des milieux dits « 
défavorisés »), on remet en cause sciemment l’un des rares mécanismes susceptibles de combattre
efficacement les inégalités socioculturelles (on sait que plus un enfant des classes populaires accède tôt à
la maternelle, plus il a de chances de réussir scolairement par la suite).
Lorsqu’on réduit à une peau de
chagrin ou qu’on supprime carrémént le Réseau d’Aide Spécialisé des Enfants en Difficultés (dit « 
R.A.S.E.D), on proclame ouvertement qu’on ne veut pas investir sur l’avenir des enfants en difficulté.
Lorsqu’on surcharge ces mêmes enfants en difficulté de journées d’enseignement particulièrement
lourdes, on travaille sciemment à les couler et à les dégoûter de l’effort scolaire.
Lorsqu’on fiche les
élèves ou qu’on met sous surveillance l’opinion des professeurs, on attaque ouvertement la devise
républicaine « liberté, égalité, fraternité », etc., etc. ... (On n’en finirait plus d’énumérer la nocivité de
vos « réformes » prises une à une ! Et c’est bien normal, puisqu’elles ont toutes pour but de détruire un
des derniers terrains où la « compétitivité » et le « rendement » -des pseudo valeurs qui ont pourtant
failli entraîner le monde à sa perte récemment à travers les crises financières !- sont officiellement
exclus et combattus....)

Il est donc clair que les vrais « désobéisseurs civiques » dans cette affaire ne sont pas ceux qui
s’opposent à de telles réformes catastrophiques, mais bien ceux qui imposent leur application. Et si
nous ne pouvons pas forcément suivre les « désobéisseurs civiques » dans leur courage (pour des
raisons aussi triviales qu’une situation économique exsangue par exemple, mais jamais par opposition à
leur combat), nous savons qu’ils sont les porte-drapeaux du vrai civisme et les vrais amis des citoyens
français, notamment des plus « défavorisés » comme l’on dit pudiquement.....

Nous vous demandons donc instamment, par un dernier geste de conscience qui vous honorerait, de
vous reprendre, et de renoncer à de telles « réformes » si visiblement inciviques, mais aussi de renoncer
à poursuivre les « désobéisseurs civiques ». Si tel n’est pas le cas, d’évidence votre nom serait à jamais
entaché de honte dans l’histoire française....


Signature en ligne :

http://www.mesopinions.com/Soutien-...


Pétition à imprimer et signer et faire signer :

PDF - 28.7 ko

A lire également :


article 7996

Désobéissance : première sanctionnée du département par Diane Combes, Professeur des écoles à Eguilles


article 9726

Désobéissance -Soutien aux 157 signataires des Bouches du Rhône


article 9862

Rappel de refus de 17 enseignantEs Lettre à l’Inspecteur d’Académie

Marseille, le 17 décembre 2008


article 9833

EDUCATION-LUtte Lettre de soutien d’un non désobéisseur Pas en notre nom !

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