Une tribune pour les luttes

Libérer Barghouti

par Luisa MORGANTINI, Députée européenne

Article mis en ligne le vendredi 31 décembre 2004

Marwan Barghouti a été séquestré dans les Territoires autonomes palestiniens le 15 avril 2002, au cours de l’opération « bouclier défensif » qui a mis en pièces les accords d’Oslo avec la réoccupation israélienne des territoires autonomes palestiniens.

La séquestration et le transfert en Israël de Barghouti, élu au parlement palestinien, sont une illégalité de plus du gouvernement israélien. Le 6 juin dernier, anniversaire de l’occupation militaire de 67, Marwan est condamné à 5 réclusions à vie plus 40 ans de prison.

Marwan, secrétaire de Al Fatah en Cisjordanie et de l’organisation (Tanzim), après avoir passé de nombreuses années dans les prisons israéliennes pendant la première Intifada, a été déporté et a vécu en Tunisie. Revenu en Palestine après les accords d’Oslo, il n’a jamais été considéré comme un « tunisien », un leader revenu de l’étranger.

Il s’est battu en même temps que d’autres parlementaires pour la transparence de l’Autorité nationale palestinienne et contre la corruption ; et il a été en grande partie le dirigeant qui a su expliquer et faire accepter les accords d’Oslo à la population des camps de réfugiés. Il le répétait aussi dans nos diverses rencontres à Ramallah, quand il était déjà dans la clandestinité, après que le mandat d’arrêt contre lui ait été émis le 23 septembre 2001 : « il n’y a pas d’autre voie qu’une négociation qui amène à la réalisation d’un état palestinien en coexistence avec l’état israélien ... Israël doit cesser l’occupation militaire et appliquer les résolutions de l’ONU ».

De cette seconde Intifada, qu’on n’appelait pas d’Al Aqsa mais de l’indépendance et de la paix, il a été le dirigeant acclamé dans les rues à côté des shabab. Pendant le procès, sa défense a été un acte d’accusation contre l’illégalité de l’occupation ; et, tout en revendiquant le droit, garanti par la Convention de Genève, à la défense même armée du peuple palestinien contre la domination coloniale et militaire, il a condamné toute attaque palestinienne contre les civils israéliens et confirmé sa volonté de paix.

Aux élections du 9 janvier, où les palestiniens choisiront leur président, Marwan a renoncé à se porter candidat. Une fois encore il a eu à cœur l’unité du peuple palestinien et il a prouvé avec dignité sa conviction d’une vie démocratique à Al Fatah et à l’Anp, en demandant aussi que lors de chaque négociation la libération de prisonniers politiques soit une priorité.

Libérer Marwan, ne pas tolérer qu’il pourrisse dans la cellule de deux mètres sans fenêtre où il est enfermé dans un isolement total, la lumière allumée 23 heures par jour, faire qu’il puisse reprendre sa place dans la construction d’un état palestinien - comme a écrit Tommaso De Francesco -, doit être un engagement des individus, mouvements, partis, gouvernements qui placent le droit et la justice dans leurs fondations. Peut-être est-ce un rêve, vue l’ « irréductibilité » de Sharon et l’approbation de la communauté internationale. Mais pour Mandela aussi, ça nous semblait un rêve !

Pour cette raison, Action for Peace accueille l’appel de la campagne palestinienne www.freebarghouti.org , et adhère à la campagne internationale pour la libération de Marwan et de tous les prisonniers politiques.

Chacun pourra faire quelque chose, signer l’appel, écrire à Marwan dans la prison du Neghev, recueillir des fonds pour sa famille et les dépenses judiciaires des prisonniers politiques. La libération de Marwan signera un pas décisif pour la fin de l’occupation israélienne et une paix juste en Palestine et Israël.

(Info : lmorgantini chez europarl.eu.int Tél. : 06 69 95 02 17, fax : 06 69 95 02 00)

Edition de vendredi 24 décembre de il manifesto

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Trad. de l’italien par Marie-Ange Patrizio (Femme en noir, Marseille)

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