Une tribune pour les luttes

Éric Lembembe, militant très actif dans la défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexuels (LGBTI) a été torturé et tué au Cameroun, un des pays les plus répressifs en ce domaine.

Article mis en ligne le jeudi 18 juillet 2013


Un militant homosexuel torturé et assassiné au Cameroun
Pierre Haski |

Avec les vidéos et un dossier :
http://www.rue89.com/2013/07/17/militant-homosexuel-torture-assassine-cameroun-244334

La communauté gay au Cameroun est sous le choc après la découverte, lundi, du corps d’un des plus célèbres militants des droits homosexuels du pays, assassiné et horriblement mutilé.

Eric Ohena Lembembe, journaliste, et directeur de la Fondation camerounaise de lutte contre le sida (Camfaids), a été découvert à son domicile de Yaoundé par des amis qui s’inquiétaient de son silence.

Selon l’un d’eux cité par Human Rights Watch, Eric Lembembe avait apparemment le cou et les pieds brisés et son visage, ses mains et ses pieds avaient été brûlés avec un fer à repasser.

Les menaces « des voyous antigays »

Le Cameroun est considéré comme l’un des pays africains les plus hostiles aux homosexuels, avec une longue liste d’actes de violence. Le pays continue de pénaliser les relations sexuelles entre personnes du même sexe.

Le 1er juillet, Eric Lembembe avait dénoncé les menaces que faisaient peser « des voyous antigays qui s’en prennent à tous ceux qui défendent les droits égaux quelle que soit l’orientation sexuelle ».

Dans un communiqué, Human Rights Watch appelle les autorités camerounaises à « lancer immédiatement une enquête sérieuse et approfondie  » sur ce meurtre, et à sortir de leur silence.

(...)

« Sortir du Nkuta »

Nous avions évoqué en 2010 un documentaire consacré à la question homosexuelle au Cameroun, intitulé « Sortir du Nkuta  », l’équivalent de « sortir du placard  ». La réalisatrice, Céline Metzner, évoque la difficulté d’être gay au Cameroun dans cet entretien télévisé, avec des extraits de son film.
http://www.youtube.com/watch?featur...

Comme le dit la réalisatrice, le point positif est que le débat est désormais public. Mais il est difficile, jugez-en.

Pour juger de la violence des débats qui entourent cette question au Cameroun, voici un échange télévisé l’an dernier entre l’une des principales porte-parole des droits des homosexuels au Cameroun, l’avocate Alice Nkom, et un «  représentant de la jeunesse camerounaise », qui donne la mesure du fossé.

Pour le jeune Camerounais, l’homosexualité est un « crime contre l’humanité », et « on ne va pas changer la loi pour permettre à des gens comme vous de s’envoyer en l’air  ». Le débat a tourné court.


Human Rights Watch

Cameroun : Un militant renommé des droits des personnes LGBTI a été trouvé mort, portant des marques de tortures

http://www.hrw.org/fr/news/2013/07/...

(Nairobi) – Les autorités camerounaises devraient lancer immédiatement une enquête sérieuse et approfondie sur la torture et le meurtre d’Éric Ohena Lembembe, un journaliste engagé qui a été trouvé mort à son domicile à Yaoundé le 15 juillet au soir, a déclaré Human Rights Watch. Éric Lembembe, directeur exécutif de l’association Cameroonian Foundation for AIDS, (CAMFAIDS), était un militant très actif dans la défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexuels (LGBTI).

Des amis d’Éric Lembembe ont découvert son corps sans vie lundi soir, après avoir tenté sans succès de le joindre au téléphone pendant deux jours et avoir décidé de se rendre à son domicile. Ils ont trouvé la porte d’entrée cadenassée de l’extérieur mais par la fenêtre, ils ont vu son corps étendu sur son lit. Ils ont alors alerté la police, qui a forcé la porte d’entrée. Selon un de ses amis, Éric Lembembe avait apparemment le cou et les pieds brisés et son visage, ses mains et ses pieds avaient été brûlés avec un fer à repasser.

Éric Lembembe était l’un des militants pour les droits des LGBTI les plus en vue du Cameroun. Au nom de CAMFAIDS, il avait collaboré étroitement avec Human Rights Watch et deux autres organisations camerounaises, Alternatives-Cameroun et l’Association de défense des homosexuel-le-s (ADEFHO), dans la préparation et la diffusion en mars 2013 d’un rapport sur les poursuites judiciaires engagées dans son pays contre les personnes ayant des relations sexuelles consensuelles avec des personnes du même sexe. Il avait également participé à la rédaction d’un mémorandum pour l’Examen périodique universel (EPU) du Cameroun au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, en mai 2013. Lembembe contribuait aussi au blog « Effacer 76 crimes » (« Erasing 76 Crimes ») et était l’auteur de plusieurs chapitres d’un livre sur les droits des personnes LGBTI dans le monde, intitulé From Wrongs to Gay Rights. Son organisation documentait avec assiduité les arrestations, les violences et les menaces dont sont victimes les LGBTI au Cameroun.

«  Éric était un militant exemplaire dont l’action était très appréciée par les défenseurs des droits humains au Cameroun et dans le monde entier  », a déclaré Neela Ghoshal, chercheuse senior sur les droits des LGBT à Human Rights Watch. « Faire du plaidoyer pour l’égalité des droits au Cameroun, où les LGBTI se heurtent à de profondes discriminations et à des violences, exige un énorme courage. L’activisme d’Éric a ouvert le chemin vers une société basée sur l’égalité et la non-discrimination. »

Le meurtre d’Éric Lembembe survient après plusieurs attentats contre les bureaux de défenseurs des droits humains, notamment de ceux qui militent pour l’égalité des droits des personnes LGBTI. Le 26 juin 2013, des agresseurs non identifiés ont incendié le siège d’Alternatives-Cameroun à Douala, qui fournit des prestations sociales relatives au VIH/sida aux personnes LGBTI. Quelques jours plus tôt, le 16 juin, le bureau à Yaoundé de l’avocat spécialisé dans les droits humains Michel Togué, qui représente des clients accusés de relations sexuelles avec des personnes du même sexe, a été cambriolé et ses dossiers et son ordinateur portable ont été volés. Michel Togué et Alice Nkom, une autre avocate qui défend des clients LGBTI, ont reçu à plusieurs reprises des menaces de mort par courriel et par SMS, notamment des menaces contre la vie de leurs enfants. Bien que des militants aient rendus publics tous ces incidents, les autorités camerounaises n’ont pas appréhendé le moindre suspect.

«  Nous ne savons pas qui a tué Éric Lembembe, ni pourquoi il a été tué, mais une chose est claire : le manquement total des autorités camerounaises à leur devoir d’endiguer les violences homophobes constitue pour leurs auteurs un encouragement à les poursuivre en étant assurés de l’impunité », a conclu Neela Ghoshal. «  La police ne devrait pas avoir de repos tant que les auteurs de ce crime horrible ne seront pas traduits en justice. Le président Paul Biya devrait sortir de son silence sur la vague de violence homophobe qui sévit au Cameroun et condamner publiquement cet ignoble attentat. »

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