Une tribune pour les luttes

17 ans après l’évacuation de l’église Saint Bernard !

Appel à Manifester à Paris : Samedi 24 août 2013 à 13 heures Métro : Place de la République en direction de l’Eglise St Bernard
+ La voix des sans papiers n ° 11

Article mis en ligne le vendredi 23 août 2013


L’Union Nationale des Sans Papiers (UNSP)

17 ans après l’évacuation de l’église Saint Bernard !

Appel à Manifester à Paris : Samedi 24 août 2013 à 13 heures Métro : Place de la République en direction de l’Eglise St Bernard

Le 18 mars 1996, 350 personnes (hommes, femmes et enfants) en situation irrégulière qu’on surnommera bientôt les sans-papiers de Saint - Bernard, décidaient de sortir de l’ombre en occupant notamment l’Eglise Saint-Ambroise, le Gymnase Japy, les Locaux syndicaux de SUD PTT, la Cartoucherie de Vincennes, les Entrepôts SNCF rue Pajol pour arriver à l’occupation de l’Eglise Saint-Bernard.

Le 23 août 1996, la police évacue l’Eglise Saint-Bernard en défonçant à coups de hache la porte de l’ église pour déloger, sous le regard des caméras, les dix grévistes de la faim et les familles qui y campaient depuis plus de 50 jours. Cette évacuation fût brutale , avec l’intervention de 1000 CRS.

Depuis, en France, cette lutte de demande de régularisation de tous les sans papiers, n’a jamais cessé à ce jour.

Les sans papiers depuis ont mené diverses actions (occupations, grèves, marches à travers la France et 7 pays européens).

2002 Occupation de la Basilique de Saint Denis (3 mois)

2004 Marche de Bruxelles à Paris (15 jours)

2008 Occupation Eglise St Paul à Nanterre (15 jours)

2008 Campagne Racket

2008 Occupation de la Bourse du Travail (13 mois)

2009 Occupation de la CPAM rue Baudelique à Paris (13 mois)

2010 Marche de Paris à Nice à l’occasion de la Commémoration du 50ème anniversaire de l’indépendance des pays africains (1 mois)

2011 Participation au Forum Social Mondial de Dakar

2012 Marche européenne des Sans Papiers et des Migrants (1 mois)

2012 - 2013 les grévistes de la faim de Lille « faut-il mourir pour avoir des papiers » (73 jours)

2013 – Forum Social Mondial de Tunis

Malgré plusieurs changements de la loi et plusieurs Circulaires depuis 1996, qu’ elles soient issues de gouvernements de droite ou de la gauche, ces politiques n’ont jamais répondu à leur demande de régularisation.

Ces milliers d’hommes et de femmes, présents sur notre territoire souvent depuis de nombreuses années, participent par leur travail au développement économique de notre pays dans les métiers les plus pénibles où il y a pénurie de main d’ œuvre à savoir (bâtiment, travaux publics, métiers de la restauration, aide à la personne ou à la garde d’enfants). Ils sont corvéables à merci et maintenus par l’ Etat dans une situation de non droit et de souffrance alors qu’en Europe plusieurs vagues de régularisations ont été effectuées.

En France, là où un geste fort s’imposait pour rompre avec une politique qui , depuis une dizaine d’années, a systématiquement présenté les étrangers comme un risque pour la nation. Le gouvernement de gauche actuellement au pouvoir a choisi le renoncement en reportant en 2014 la réforme du CESEDA du fait des prochaines échéances électorales (municipales et européennes). Cette décision donne un gage à la frange la plus xénophobe de l’électorat qu’ est l’extrême droite.

Aussi, cet appel à manifestation viendra exiger :

. La régularisation globale de tous les sans papiers par la délivrance d’une carte pérenne de 10 ans

. La fermeture des centres de rétention administrative (C.R.A.)

. L’arrêt des contrôles aux faciès et des expulsions

. L’abrogation de toutes les lois d’immigration et des accords bilatéraux de réadmission

- Le respect du droit d’asile et des droits des Roms

- La liberté de circulation et d’installation pour tou-te-s (article 13 de la Convention des droits de l’homme)

La lutte des sans papiers continue avec la Marche du Grand Paris en Ile de France qui va se dérouler du 7 septembre au 6 octobre 2013.

Signataires : l’ UNSP (CSP75, CSP75/Strasbourg St Denis, CSP9ème, CSP17ème, Collectif Etudiants Etrangers Paris 8, Droits Devant, CSP77, CSP92, CSP93, CSP94, CSP95, CSP59, CSP Valence 26/07), Collectif Montreuil/Bara, ALIFSI, Femmes

en lutte 93 .Coordination Rhône Alpes.

Soutenus par : FTCR ,ATMF, coordination Rhône Alpes , ACT UP Paris ,CCSM,CCM, CNT, Comité des sans Logis ,DIEL, FASTI, MRAP, NPA,VP ,UJFP , JAFEM ,Femmes en Luth , Même Droits pour toutes et tous de Valence ,Sud Solidaires , FUIQP, sortir du colonialisme, fondation frantz façon, Association des Tunisiens en France, l’Espace Farabi, L’AHSETI, PIR, FETAf,. ,


La Voix des sans-papiers n. 11

Edito

MAÎTRES BLANCS ET NÈGRES ESCLAVES

Lorsque la question leur est posée, la réponse est unanime qui jaillit des bouches des sans-papiers africains refoulés de ce sol d’Afrique où ils allaient débarquer avec enthousiasme, portés par la confiance de monter à la tribune du Forum social mondial, à Tunis, et y faire retentir leur revendication radicale de liberté et d’égalité («  liberté de circulation et d’installation pour tous, partout  ») ainsi que leurs doléances de prolétaires sans droits, surexploités et criminalisés, repoussés aux marges de la société et des pays de l’Europe championne de feux «  les droits de l’homme » : « Des esclaves, voilà ce que nous sommes ! des esclaves et rien de plus. L’abolition de l’esclavage ? c’est le plus grand mensonge entretenu par le monde occidental. Nous, esclaves d’aujourd’hui, nous en sommes le démenti vivant, c’est pourquoi tout est fait, tout un système juridique, social, culturel de camouflage est mis en œuvre pour masquer la vérité de notre situation, l’esclavagisme organisé du corps social. Alors on nous muselle, on nous ôte jusqu’à la possibilité de faire entendre le cri de la souffrance de vive voix, sans intermédiaires. Ainsi les conditions sont créées de l’appropriation, occultation et réduction à néant de notre parole par des intérêts opposés à notre demande et quête de justice et de libération du joug de l’esclavage contemporain : l’organisation par l’État de la violence du travail esclave clandestin, imposé aux sans-papiers.  »

Récrimination amère, mais passagère, de gens fatigués et déçus, revenus bredouilles d’un long et coûteux périple ?... (de Paris à Tunis via Lille, Bruxelles, Valence, Milan et Gênes)… ou bien radiographie de l’état de choses présent ? Qu’on se souvienne du slogan qui retentissait au cœur des manifestations des sans-papiers parisiens : « Abolition de l’esclavage ! régularisation de tous les sans-papiers !  » Ce cri on l’entend encore, scandé par des sans-papiers « écrasés par la loi  » comme leurs frères d’antan, mais c’est aujourd’hui un cri noyé dans le silence ambiant de la « société civile » française. Se prolonge et se précise, se cristallise ainsi la conscience immédiate de leur condition sociale, exprimée par ces «  travailleurs informels  » clamant leur colère devant le sort qui leur est fait. Aujourd’hui comme hier, cette conscience dit le lien indissoluble des deux termes juxtaposés : les sans-papiers sont les vrais esclaves de la modernité, c’est par leur régularisation que passe d’abord toute abolition réelle de l’esclavagisme des sociétés modernes.

À Tunis, à l’arrivée en terre africaine, ces Africains damnés de la terre se sont retrouvés en terre étrangère : en butte là aussi à l’inextricable lacis des interdits de la souveraineté européenne se structurant en système, en fourmilière esclavagiste qui ne dit pas son nom, livrés à l’hostilité sournoise des gouvernements (tunisien, italien, français…) et à l’indifférence de tout le monde. À Tunis ils étaient attendus, leur avait-on laissé accroire. Au forum mondial étaient présents plus de 120 pays, représentés par plus de 4 500 organisations altermondialistes et plus de 50 000 participants. Eh bien, tout ce beau monde venu des quatre coins de l’univers n’a pas été fichu de se mobiliser le peu qu’il fallait pour manifester et faire débarquer et repartir en sûreté 15 sans-papiers (annoncés depuis six mois) venus de France ! La capitulation de cette «  société civile » auto-proclamée, qui dit défendre et représenter les damnés de la civilisation d’aujourd’hui, serait complète aux yeux mêmes des altermondialistes si ceux-ci pouvaient les lever vers autre chose que l’adoration de leur image dans les médias du monde. Elle l’est en tout cas aux yeux de ces sans-papiers africains découvrant en même temps l’indifférence de ces «  amis » pour leur participation au forum et l’offensive tous azimuts de l’esclavagisme contemporain – fait de civilisation enraciné dans le mental de ceux-là mêmes qui s’en proclament indignés et les disent banni de leurs têtes.

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