Une tribune pour les luttes

Christine en procès à Arras (62) pour ne pas avoir baissé la tête sous les coups des matons

Quelques bribes choisies de l’audience du 19 septembre à Arras
Délibéré rendu le 21 novembre.

Article mis en ligne le jeudi 3 octobre 2013

Jeudi 19 septembre, faisant suite aux accusations de dégradations et de menaces et violences sur la matonnerie, a eu lieu le procès de Christine au Tribunal d’Arras (voir http://rebellyon.info/Le-19-septemb... ).

Connaissant les longues plaidoiries de Christine qui avait été entendue sur les mêmes faits le 4 juillet, le juge a bien préparé et orchestré ce procès, à coup d’infantilisations et d’humiliations.
« Ce procès ne sera pas une tribune pour vous Mme Ribailly  » annonce le Juge ; pas de contextualisation, à peine le droit à la parole, Christine doit répondre par «  oui ou non » aux questions tendues telles des pièges par un président de séance qui a déjà pris le parti de sa culpabilité. En effet, la séance s’ouvre sur cette considération du juge : le parcours judiciaire de la prévenue montrerait qu’elle n’est « animée dans la vie que par son désir de se rebeller contre l’autorité des institutions  ».

Main dans la main, le juge et l’avocat de l’Administration Pénitentiaire (AP) s’attellent donc à redorer le travail « difficile et courageux  » des matons, réaffirmer leur autorité et notre devoir d’obéissance. Le juge lit le rapport d’un expert psy qui, après avoir dépeint le comportement de Christine comme paranoïaque, conseille de la poursuivre pénalement et qu’elle soit sanctionnée pour « ponctuer son parcours et qu’elle devienne actrice de sa vie ».
Résistant quotidiennement à ce qu’elle nomme les abus de pouvoir, faisant toujours valoir ses droits, Christine s’est retrouvée une fois de plus face un mur. Face à Christine la Justice ne s’est pas même encombrée des apparats de l’équité, trop soucieuse de réaffirmer l’autorité de l’Etat et ses chiens de garde dont elle fait partie.
Ironisant sur la « chance  » du prévenu d’avoir toujours le dernier mot, le juge a donc mené à la baguette son interrogatoire : « Pensez-vous que votre attitude contribue à apaiser la situation ? Répondez par oui ou par non ? ». « Ne pouvez-vous pas passer comme les autres votre détention...tranquille ?!  » dira l’avocat de l’AP.

Tranquille ?! L’audience en tout cas ne l’était pas. La tension était palpable dans la salle, qui comptait une vingtaine de copains et camarades venus soutenir Christine, et une dizaine de matons (dont Mickaël Bocquet) et la dirlo de Bapaume venus soutenir leurs collègues.
Tandis que la Procureur réclame la peine plancher, 1 an de prison ferme supplémentaire pour Christine, son avocat plaide, une heure durant, sa relaxe. Il met notamment en avant la violence institutionnelle en dépeignant la réalité des conditions carcérales, démontrant que structurellement c’est le système carcéral qui crée la violence à l’intérieur de ses propre murs.

Délibéré rendu le 21 novembre.

Aujourd’hui Christine est de nouveau au mitard pour 30 jours et devrait être transférée au Centre de Détention de Réau (région parisienne) dans le courant du mois d’octobre.

Ci-dessous un extrait de courrier une semaine après le procès :

Séquedin, jeudi 26 septembre 2013

[...]
Après l’audience, comme à chaque fois, les gendarmes sont un peu dépités de s’être fait prendre au jeu de ma prétendue dangerosité. Alors, ils sont plus cool : plus de menottage systématique, pause clope, tutoiement respectueux... pour se différencier de leurs collègues précédents. Là, dans la cour où on clopait avant de remonter dans le fourgon sans pot d’échappement [?], l’un d’eux m’a dit : « tu sais, je vais bientôt venir te voir au parloir : Bocquet a déposé plainte pour diffamation... ». Ça explique le délire de son baveux sur ma manipulation par les méchants anars pas polis qui domicilient leurs sites à l’étranger...
Mais l’acharnement ne s’arrête pas là. Demain je passe au prétoire pour 4 CRI (Comptes Rendus d’Incident) chopé à mon arrivée ici pour des revendications qui ont abouties après la grève de la faim.
Je risque à nouveau 30 jours, 2 mois plus tard. Heureusement mon avocat a dit qu’il serait là pour m’assister.
Tu crois que là ça suffit ? Petit joueur ! J’ai aussi vu la semaine dernière un maton enquêteur pour le CRI rédigé le 25 juillet à Bapaume à propos de la « prise d’otage ».
Je suis à peu près sure que c’est illégal de passer à Séquedin en commission de discipline sur ça, le prétoire n’étant qu’une mesure interne et disciplinaire, pas un jugement. J’espère que mon avocat pourra le démontrer.
Mais c’est toujours pas fini ! En lisant ce dossier disciplinaire, j’ai vu une lettre de la direction de Bapaume au parquet, à la DI, au JAP et à la gendarmerie à propos de cette « prise d’otage » et d’une matonne qui a été blessée par ses collègues lors de ma réintégration de cellule. Pour l’instant, je n’ai pas vu les gendarmes à ce sujet, mais ça m’étonnerai que ça soit classé sans suite. La procureur y avait d’ailleurs fait allusion à l’audience du 19 septembre (...).
Pour faire bonne mesure, on peut y ajouter une plainte déposée par les matons de Séquedin le 31 juillet, alors qu’ils me tapaient sur la gueule. Là aussi deux d’entre eux ont été blessés dans la [mêlée], dont un assez gravement au genou (évacuation par les pompiers). Pour ça, j’ai vu un expert psy (encore un !) le 17 août (un samedi !), mais avant même d’avoir vu les gendarmes. Depuis je demande en vain des infos au greffe.
Voila la démonstration est faite : l’AP fabrique du récidiviste. Voila comment la provo de Bocquet amène à 30 jours, qui amènent à 30 jours, qui en ramènent eux même à 30 jours. A ça, il faut ajouter un procès qui en amène un autre et deux autres encore par les mêmes plaignants. Bien sur il ne faut pas oublier d’ajouter les CRP [Crédits de Réduction de Peine] qui vont faire sauter les prochains aménagements de peine. Du grand art ! Je suis moi même époustouflée par cet acharnement : il n’y a vraiment rien qui les arrête puisque, malheureusement, le ridicule ne tue pas !

Christine

Source : http://bxl.indymedia.org/spip.php?article2118


Alors que les prisons ne cessent de se remplir et les taulards de s’entasser dans les cellules (près de 69000 enfermé(e)s pour 57000 places au 1er juillet 2013), les conditions de détention sont toujours plus dures et les raisons de se révolter toujours plus prégnantes. Si les résistances individuelles ne sont pas rares, ces dernier mois des mutineries ont aussi éclaté dans différentes taules (Bourg-en-Bresse, Blois, Châteaudun). Face à cela, la réponse des matons et de l’Administration Pénitentiaire reste toujours la même : répression, humiliations, violences, isolement, transferts,…

Jeudi 19 septembre à 13h30, Christine sera jugée par le tribunal d’Arras pour violences et menaces sur des matons de Bapaume. Incarcérée depuis novembre 2012, elle était au CD de Bapaume d’avril à juillet 2013. Le 4 juillet, le tribunal d’Arras avait renvoyé l’audience au 19 septembre, demandant des éléments supplémentaires. Depuis lors (plus de 2 mois), Christine alterne Quartier d’Isolement et Quartier Disciplinaire. Fin juillet, elle est transférée à la Maison d’Arrêt de Lille-Sequedin, où la matonnerie conserve le même cap : maintenir Christine à l’écart des autres détenues.
Les enfermeurs auraient ils peur d’une contagion de la révolte ?

Fin mai, à Bapaume, Christine est envoyée au mitard après avoir refusé de signer les modalités d’un contrat de formation. Rapidement la situation se corse avec les matons. Face aux provocations, violences et humiliations, elle ne se laisse pas faire, la tension monte et peine à redescendre.
A chaque ouverture de portes, ils attendent Christine équipés de casques et de boucliers.

Le 27 mai, elle passe au prétoire et prend 30 jours de mitard.
Durant ces trente jours, on lui refuse tout appel à son avocat et elle ne verra un médecin que tardivement. Face à cela ainsi qu’aux pressions et provocations quotidiennes des matons, Christine proteste par tous les moyens : œilleton bouché, feux de poubelles, etc… Aux retours des promenades elle fait le forcing pour accéder à la cabine téléphonique puis se débat pour ne être réintégrée en cellule. Dans les derniers jours de mitard, un des matons (Mikael Bocquet) la prend au cou par une clé de bras, la circulation du sang coupée elle perd connaissance et se réveille allongée dans sa cellule. Quelques jours plus tôt ce même Bocquet et deux de ses collègues portaient plainte contre Christine pour violence et menace !!!

Parce qu’en taule, ne pas se laisser piétiner et tabasser signifie outrager, violenter et menacer la matonnerie, Christine passera en procès le 19 septembre pour essuyer quatre chefs d’inculpations :

> refus de donner ses empreintes (digitales et photo)

> violence pour s’être débattue sous les coups.

> menace pour avoir crié à un mastodonte qu’elle lui péterai sa gueule

> dégradations pour avoir foutu le feu dans ses cellules et avoir gravé dans les murs de la cour :

« MURS PAR MURS, PIERRE PAR PIERRE,
NOUS DÉTRUIRONS TOUTES LES PRISONS ! »

Soyons nombreux jeudi 19 septembre dès 12h30 devant le tribunal d’Arras (place des États Artois), pour soutenir Christine et ne pas la laisser seule face à la justice et sa matonnerie.

Pour en lire plus sur la situation de Christine et sur ce procès en particulier voir ici plusieurs articles :

http://rebellyon.info/Christine-au-…
http://rebellyon.info/le-4-juillet-…
http://rebellyon.info/Renvoi-du-pro…
http://rebellyon.info/Christine-Tra…


Historique Mille Bâbords

http://www.millebabords.org/spip.php?article22338


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