Une tribune pour les luttes

Le Planning et la prostitution

Article mis en ligne le samedi 23 novembre 2013

http://www.planning-familial.org/articles/le-planning-et-la-prostitution-00389

Le Planning Familial agit et lutte pour participer à la construction d’une société égalitaire, sans marchandisation et sans violence. Cet objectif ne doit pas nous conduire à agir, ici et maintenant, en aggravant la situation des personnes en situation de prostitution du fait du système prostitueur. Le Planning estime indispensable de prendre en compte la réalité du terrain et de définir une stratégie dans l’intérêt des personnes prostituées.

Déclaration

Le Planning, mouvement féministe, s’appuyant sur son analyse des rapports sociaux de sexe, replace la prostitution dans un continuum de la domination masculine et refuse de faire des personnes prostituées des personnes « à part  ».

Si la prostitution a changé dans ses modalités avec l’arrivée d’un nombre important de femmes étrangères dans la prostitution de rue, comme avec l’usage généralisé d’internet, son développement est largement lié aux inégalités économiques croissantes et au renforcement de la marchandisation de nos sociétés.

Dans ce contexte international de précarisation, de mondialisation et d’aggravation des inégalités Nord-Sud, nous constatons le développement de réseaux internationaux organisés d’esclavagisme qui exploitent la misère et les situations de vulnérabilité des personnes prostituées. Les effets des politiques successives pour enrayer les systèmes d’exploitations sexuelles ne protègent pas les victimes et il existe très peu de condamnations de proxénète. Les personnes prostituées sont incitées à dénoncer mais ne bénéficient pas des protections et des droits promis en échange : elles deviennent ainsi encore plus exposées.

Les politiques publiques actuelles et celles qui nous sont proposées, ont pour conséquence de renforcer la pénalisation des personnes prostituées sans mettre en cause les profits des réseaux de proxénètes.

Pour exemple, dans le rapport de l’Assemblée Nationale, les lois de sécurité intérieure (LSI) sont toujours en vigueur. Elles prennent un tour d’autant plus violemment répressif que les femmes étrangères en situation irrégulière sont très représentées dans la prostitution de rue et très malmenées dans le contexte de mobilisation contre les droits des étrangers. Elles rendent moins visible l’activité sans changer la donne : pas de protection pour les personnes prostituées, des moyens en diminution pour les associations qui les accompagnent.

Les lois qui condamnent le rapport sexuel tarifé pénalisent les personnes prostituées en priorité. Une loi doit être conçue de façon à ne pas avoir des effets contraires à ses objectifs. C’est pourquoi Le Planning pense que pénaliser le client ne résoudra aucun des problèmes actuels mais risque au contraire de les aggraver en pénalisant d’abord les personnes en situation de prostitution, en renvoyant les femmes dans les zones frontalières, aggravant leur clandestinité.

Le Planning Familial se mobilise sur les conditions de la prostitution qui s’inscrit dans son combat contre les violences, et contre l’exploitation dans toutes ses dimensions. Le refus de la criminalisation n’est pas contradictoire avec ce combat contre les violences de genre ou les violences économiques.

L’expérience du Planning Familial auprès des femmes et son expertise dans la lutte contre les violences et pour la santé sexuelle lui permet d’intervenir sur ces questions dans une approche globale et avec les personnes en situation de prostitution.

C’est pourquoi Le PlanningFamilial oriente son action sur 3 axes s’appuyant sur les principes fondamentaux qui guident toute action dans le mouvement : éducation populaire, solidarité avec les femmes, souci du respect de la parole de l’autre :

- Renforcer le travail sur les rapports de domination et les inégalités femmes/hommes
- Développer l’éducation sexualisée
- Prendre en compte la parole des personnes en situation de prostitution

Le Planning Familial s’engage à :

- Dénoncer les conditions d’injustice économique croissante, et spécifiquement les écarts entre riches et pauvres, nord et sud, qui ont un impact désastreux sur les conditions de vie des femmes, toujours en première ligne, la prostitution étant un des aspects de cette injustice économique.

- Exiger une réelle politique de démantèlement des réseaux maffieux là où ils sont identifiés.

- Dénoncer les effets pervers de politiques répressives et demander l’abrogation de la loi LSI (art225-10-1)

- Refuser la pénalisation des personnes en situation de prostitution et la criminalisation de l’activité et des clients.

- Refuser la discrimination envers les personnes prostituées quant à l’application des lois en matière de violences sexuelles, d’agression, de voies de fait et harcèlement.

- Revendiquer pour les personnes en situation de prostitution, l’accès aux droits sociaux qui devraient être communs à toutes et tous

- Lutter pour que l’Etat mette en place une aide réelle pour celles qui veulent sortir du système prostitutionnel

- Proposer des recherches actions avec des associations de terrain sur les questions des violences et de la santé sexuelle pour améliorer nos connaissances et nos interventions tant sur le terrain qu’au niveau politique.

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2 Messages

  • Le 14 novembre 2013 à 11:14, par

    Christiane Taubira et la prostitution

    13 novembre 2013

    Même si "nous pouvons admettre qu’il existe des personnes qui (...) soit choisissent, soit pensent avoir choisi" de pratiquer la prostitution, "il est incontestable qu’une grande partie des personnes le font dans un contexte de contrainte", a souligné Christiane Taubira.
    Elle a reconnu "la nécessité de légiférer sur la responsabilisation des clients". "On ne peut pas ne pas s’interroger sur le bout de la chaîne, à savoir le consommateur. Le client ne peut être mis à l’écart". "On ne peut pas donner un message d’impunité au client, laisser entendre qu’il serait le seul intouchable dans le lot".
    Mais "j’entends les arguments de ceux qui affirment qu’on va aggraver le mal" (en pénalisant les clients), a poursuivi la ministre, en soulignant notamment les réticences de Médecins du Monde. "Il y a là un risque de vulnérabilité plus grande chez les prostituées, si le risque pénal les conduit à se cacher davantage. On ne peut pas sous-estimer cela. Poser des interdits se conçoit sauf si ces interdits sont de nature à aggraver la situation des victimes".
    La ministre a insisté pour que le fonds dédié à l’accompagnement des personnes désirant sortir de la prostitution "soit suffisamment conséquent". "Si on ne se donne pas les moyens d’apporter les réponses aux effets des interdits, nous portons le risque d’être responsable" d’une aggravation de la situation, a-t-elle dit.

    18 mars 2013
    On fait quoi avec les réseaux de traite ? On se donne quels moyens ? On fait quoi avec les femmes qu’on arrache à la prostitution ? En 2003, j’avais voté contre le délit de racolage passif parce qu’il était évident qu’on pénalisait des personnes qui subissaient les réseaux. Le résultat, on l’a vu : elles ne sont plus sous les yeux. Elles sont devenues fragiles. Maintenant, si on pénalise les clients, je n’ai pas envie d’imaginer non plus. Ma responsabilité en tant que ministre de la Justice, c’est d’abord de renforcer la lutte contre la criminalité. Je vais d’ailleurs porter un texte de loi de transposition de droit européen interne sur le renforcement de la lutte contre les réseaux de traite.

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  • Le 12 décembre 2013 à 11:15, par Christiane

    Les anarchistes et la prostitution : perspectives historiques
    Francis Dupuis-Déri

    http://gss.revues.org/2775

    Aujourd’hui, les réseaux anarchistes en Amérique du Nord et en Europe sont traversés par des débats portant sur la prostitution. Une analyse des discours anarchistes au sujet de la prostitution de la fin du xixe siècle au milieu du xxe siècle permet de dégager, au-delà de la diversité, certaines perspectives convergentes et les tendances les plus prononcées. La majorité des anarchistes semble partager l’avis que c’est la misère provoquée par le capitalisme qui pousse les femmes pauvres à se prostituer. Pour plusieurs, la prostitution peut être comparée au mariage ou à un métier rémunéré, mais elle reste la forme d’exploitation la plus injuste et la plus violente. Quant aux solutions, les anarchistes du passé ont exécuté des proxénètes, encouragé les prostituées à se syndiquer, ou tenté de les aider à se sortir de la prostitution par la création d’ateliers autogérés ou de centres d’hébergement.

    Plan
    Le capitalisme comme contexte économique
    Un métier comme les autres
    Le mariage comme prostitution
    Prostitution et amour libre
    Solidarité anarchiste
    Conclusion

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