Une tribune pour les luttes

Quelles perspectives après le 29 mai ?

Le PC, la Ligue et LO...

par Galia Trépère

Article mis en ligne le jeudi 8 septembre 2005

Cet article est extrait du n° 72 de "Débat militant" daté du 7 septembre 2005.
Il s’agit d’une lettre éditée par des militants de la LCR sur Internet.
Nous ignorons l’importance de cette tendance à la LCR.
Nous publions cette prise de position de Débat militant car elle semble condenser une part importante du débat sur les perspectives actuelles. Ce n’est bien sur pas la seule analyse possible même en se plaçant dans la perspective de "transformer la société (...) par la prise de contrôle par la population elle-même de l’économie".
Cet article ne représente évidemment pas la position de Mille Bâbords qui sur le sujet n’a pas a prendre parti. Mais puisque ce débat (entre autre...) nous traverse aussi (cf dernière AG par exemple) autant l’aborder. C’est aussi notre rôle.

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Le PC, la Ligue et LO...

L’Humanité du 29 août dernier a consacré une large place aux débats qui se sont tenus lors de l’Université d’été de la Ligue entre les différentes composantes qui ont fait campagne contre la constitution dans les collectifs du Non. L’éditorial de ce numéro, paru au lendemain de l’université d’été du PS qui se tenait en même temps que la nôtre, était, en outre, consacré à une analyse de « l’avenir de la gauche » et se concluait par les deux paragraphes suivants :
« Si, au PS, certains se livrent, selon la formule d’Arnaud Montebourg, à une « théorisation de sa propre impuissance », la possibilité de transformer véritablement la société a également traversé les débats de la LCR. Celle-ci, avec son concubinage avec LO, s’était enfermée dans la diatribe, et donc dans une autre forme d’impuissance. L’expérience des actions communes lors du référendum conduit beaucoup de ses militants à envisager d’autres pistes.

L’avenir de la gauche est en fait plus ouvert que les débats d’ambition ou les concours de petites phrases du week-end peuvent le laisser penser. En engageant les autres forces à réfléchir et à se confronter sur les axes d’une politique alternative, lors de la Fête de l’Humanité et plus tard au mois d’octobre, Marie-George Buffet met le doigt sur ce qui pourrait doter la gauche de la dynamique populaire qui a fait la force du « non ». Et sur ce qui garantirait à ses électeurs de rester décideurs. »

L’Union populaire majoritaire, une nouvelle formule pour une vieille politique
De toute évidence, certains, au PCF, voudraient enfoncer un coin entre nos deux organisations. Il y aurait d’un côté, LO, associée à la « diatribe » et « l’impuissance », de l’autre une Ligue qui, libérée du « concubinage » avec LO, se poserait enfin la question de « véritablement transformer la société ». L’auteur de l’article, en même temps qu’il utilise pour les besoins de sa démonstration les faiblesses de LO, son refus de la discussion publique, met sur le même plan l’unité dans une campagne comme celle contre la constitution européenne et l’unité politique dans une « alternative » qui permettrait « de garantir aux électeurs de rester décideurs », une pure utopie si les « électeurs » se contentent de rester électeurs.

Marie-George Buffet a précisé, dans une interview publiée dans le même numéro de L’Humanité, ce qu’elle entend par une « politique alternative ». « Je l’ai dit à l’université d’été de la LCR samedi : ce n’est pas seulement la gauche de gouvernement qui est en échec ces dernières décennies, c’est toute la gauche. Personne n’a vraiment réussi à changer la vie des Français, à contrer l’offensive libérale. C’est toute la gauche qui doit se dépasser pour construire un nouveau projet politique alternatif qui change vraiment la vie. L’ambition est bien de construire, comme pour le référendum, un rassemblement majoritaire, une union populaire, une majorité politique en faveur d’autres choix, et non une simple opposition de témoignage, même très déterminée. »

Autrement dit, Marie-George Buffet promet d’ouvrir une autre perspective que celle, faillie, de l’Union de la Gauche des années 80 ou de la Gauche plurielle des années 1997-2002. Certes, l’intention est louable, mais il ne suffit pas de changer les mots pour changer la réalité, bien des militants du Parti communiste, qui ont par le passé entendu des discours semblables, en ont fait l’expérience. Cette « union populaire majoritaire », qu’est-elle d’autre qu’une nouvelle mouture de la gauche gouvernementale de 1997, incluant toutes ses composantes, y compris celles, comme le PS du Oui, qui ont fait campagne pour faire accepter par la population une constitution européenne qui est un concentré de toutes les attaques menées ces dernières années contre les droits, sociaux et démocratiques, du monde du travail ?

Comme la perspective d’entrer dans un gouvernement de ce type est pour le moins hypothétique, les dirigeants du PC bénéficient d’une marge de manœuvre, s’autorisent à se rendre à l’Université d’été de la LCR, dans le même temps qu’ils invitent, lors de la fête de l’Huma, des représentants de « toute la gauche ». Ils ont besoin, en effet, de la fréquentation de l’extrême gauche pour remobiliser leurs militants qui ne veulent pas d’une nouvelle alliance avec le PS, et se refaire une santé électorale en se donnant une image plus radicale. Leur hantise -et ils ne le cachent pas- c’est rééditer la catastrophe de la présidentielle de 2002 où leur candidat, Robert Hue, s’était vu devancé et par Arlette Laguiller et par Olivier Besancenot, avec un peu plus de 3 % des voix.

Le PC veut évidemment inverser la tendance, ce dont lui pourrait être gré, d’ailleurs, le Parti socialiste, non seulement à cause d’intérêts électoraux, mais également du point de vue des intérêts de la bourgeoisie elle-même qui s’inquiète de la possible cristallisation de la contestation sociale dans un parti politique réellement indépendant d’elle.

Marie-George Buffet pourrait s’interroger sur ce qui a été plus utile aux travailleurs ces dernières années, « une opposition très déterminée », fût-elle parfois « de témoignage » seulement, ou des ministres qui ont tenté de faire passer des « ouvertures de capital », pour ne prendre qu’un exemple, pour autre chose que des privatisations ? Cette politique, contrairement à ce qu’avance Marie-George Buffet, ce n’était pas une « erreur », mais la conséquence d’un choix politique assumé, celui de gérer les affaires de la bourgeoisie, dans le cadre des institutions. En outre, c’est bien la gauche de gouvernement qui en est la seule comptable.

Le refus de participer à un gouvernement dans le cadre des institutions et de la mainmise des trusts sur toute l’économie -et l’un ne va pas sans l’autre- les dirigeants de gauche le qualifient au mieux de choix de « l’impuissance » ou de manque « d’ambitions », au PC, d’attitude « protestataire » ou de refus de prendre ses responsabilités, de « mettre ses mains dans le cambouis » au PS, quand ce n’est pas de « dangereux extrêmisme ».

C’est bien parce qu’elle est restée indépendante du gouvernement Jospin, comme elle le serait vis-à-vis de tout gouvernement de la bourgeoisie que l’extrême gauche, la Ligue comme LO, a pu combattre cette politique, permettre que se fassent entendre la voix et la protestation du monde du travail, et contribuer à la renaissance de la contestation sociale et des mobilisations. Loin d’être la voix de « l’impuissance », elle a été au contraire un encouragement à la résistance, à la mobilisation, à l’organisation des forces pour la lutte.

Unir pour les luttes, débattre, regrouper les révolutionnaires

Derrière cette polémique, il y a un débat de fond qui intéresse tous les travailleurs, les militants, et que nous entendons mener partout et avec tout le monde. Peut-on imaginer transformer la société sans s’attaquer au capitalisme, réellement, c’est-à-dire par la prise de contrôle par la population elle-même de l’économie ? Toute l’expérience de la gauche gouvernementale nous montre que cela n’est pas possible.

Nous ne croyons pas possible d’agir en faveur des classes opprimées en étant à la tête, fût-on majoritaire dans l’opinion, d’un Etat dont la vocation première est de protéger le droit des classes possédantes à exploiter. Toute l’histoire récente l’a montré, un gouvernement, même élu sur un programme radical, finit par agir contre les intérêts de la population avant d’être éliminé par une fraction plus réactionnaire de la classe politique qu’il aura contribué à renforcé par ses propres capitulations.

De toute évidence, nous ne sommes pas d’accord là-dessus, c’est un des « sujets qui fâchent », comme le disait Olivier Besancenot lors de la table ronde qui a réuni les différentes composantes des collectifs du Non à notre Université d’été, mais le débat sur cette question est de la plus haute importance pour l’ensemble du mouvement social, pour le monde du travail et tous ceux qui s’en revendiquent. Il y a là un point essentiel qui nous réunit avec nos camarades de Lutte ouvrière. Et on ne peut que se féliciter que le débat se mène publiquement et largement.

C’est pourquoi tout en souhaitant et en proposant l’unité la plus large pour préparer la riposte à l’offensive gouvernementale et patronale, nous travaillons en même temps à regrouper tous ceux qui pensent que la seule manière de transformer véritablement la société passe par une rupture avec le capitalisme et les institutions qui le protègent, tous les révolutionnaires, dont bien évidemment Lutte ouvrière, du moins si celle-ci cesse de refuser la confrontation et l’engagement démocratique dans la bataille politique.

Galia Trépère

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2 Messages

  • Le 8 septembre 2005 à 08:38, par dede13

    Je ne vois pas de programmes révolutionnaires mais une lutte des places acharnées.... Il ne suffit pas de se revendiquer revolutionnaire pour l’etre, le principal instrument de mesure en la matiere est la pratique concrete. le temps où l’on nous pouvait promettre des paradis après la mort ou la revolution est passé...

    • Le 13 septembre 2005 à 23:33, par

      Il faut lire le texte avant de faire une critique qui n’a rien à voir. Les militants de la ligue ne promettent rien (surtout pas de paradis après la mort). Ils militent très concrètement mais dans l’intérêt des travailleurs, contrairement aux ministres de l’ex-gauche plurielle.

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