Une tribune pour les luttes

« Je peux pas, j’ai procès »

Article mis en ligne le lundi 19 septembre 2016

« Tu viens à la manif ? Je peux pas, j’ai procès. »

Ce texte entend, au travers de l’exemple du procès du 20, essayer d’amener quelques pistes de réflexions autour de pratiques de résistance face à la répression et d’une certaine ruée dans les brancards qu’il peut occasionner ; et continuer avec l’exemple du procès du 22, ainsi que donner des infos sur des façons de fonctionner de la répression d’état. Il ne sera pas revenu en détail sur les faits. Pour ce qui concerne la manif du 28 avril, veuillez vous reporter au texte suivant, trouvable sur le site "Marseille info Autonomes" : 20 septembre 2016 : Face à la loi travail, son système et sa justice : SOLIDARITE MAXIMALE !


Autour du procès 20

La répression judiciaire pousse parfois à aller se mêler avec des entités, tels que des syndicats et des partis réformistes ou encore des médias [1], avec lesquels il n’y aurait pas forcément de liens en temps "normal". Le postulat autonome, duquel part ce texte, n’est pas de dire qu’il ne faut pas s’organiser avec des gens syndiqués et/ou membres de partis réformistes, mais de poser une base de rencontres entre personnes  [2] et non de personnes à organisations. Cela constitue la base de ce qui est, pour moi, l’autonomie, c’est-à-dire le fait de pouvoir garder prise sur sa façon de résister contre ce monde de merde, d’essayer de se prémunir de la récupération politique et de ne pas se laisser imposer des pratiques et discours qui ne sont pas siens.

Dans le cas du procès du 30 août qui a été reporté au 20 septembre, la phrase « Viens sans ton drapeau et ton autocollant » a été enlevée du texte d’appel à soutien – 30 août 2016 : Grosse journée contre la répression. Face à la loi travail, son système et sa justice : SOLIDARITE MAXIMALE  !, trouvable aussi sur le site "Marseille info Autonomes". – A ce stade-là, l’idée opposée fut de dire que des gens venant d’orga avaient participé à l’action du 28 avril. Mais s’il est clair que ce ne fut pas en tant qu’orga qu’il y eut participation et qu’il n’y aura jamais de revendication officielle de leur part, il est évident que sur le plan de la solidarité elles devraient continuer à s’effacer. Mais au-delà de ces considérations, cela n’enlève rien aux conflits d’intérêts qui émergent entre positions réformistes et positions révolutionnaires, surtout quand ces dernières sont abordées d’un point de vue autonome, se dégageant donc aussi des structures et logiques révolutionnaires syndicales et partidaires. Dans l’idée de chercher une cohérence autonome et révolutionnaire, la perspective d’une collaboration avec des orgas [3] en tant que telle me semble a rejeter.

Pour le report du procès au 20, le concept opposé à l’idée d’autonomie fut différent ; il ne s’agissait alors plus de voir en terme de participation ou non à l’action du 28 avril, mais de parler de peur de certaines suites de celle-ci, et de se retrouver en isolement par rapport à ces conséquences judiciaires. Ce fut donc la justification trouvée pour requérir des preuves de solidarité à des orgas, que ce soit par le fait de demander un appel à soutien, ou encore des lettres signées de leur part et à présenter aux juges. Que des orgas se sentent concernées par cette histoire de répression c’est une chose [4], mais qu’on aille leur demander de s’y impliquer en tant que telle en est une autre.
Le concept évoqué « ne pas rester isolé » ne signifie pas composer à tout va, sans réflexions sur certaines implications, et encore moins d’aller demander le soutien de structures décriées en d’autres temps. Je pense qu’il s’agit d’un processus plus long de tissage de liens divers, avec des gens dans des orgas ou pas, processus qui prend des semaines, des mois, des années et qui peut, par exemple, commencer dans le fait de créer des espaces collectifs autonomes et ouverts mais avec des bases claires dans lesquelles du commun peut se créer. L’assemblée de lutte, dite "13 en lutte", en était une tentative avec toutes ses imperfections.

Pour ce qui est de la question des médias, il est remarquable que, de l’appel du 30 août à celui du 20 septembre, la phrase « Médias de l’état et du capital malvenus » ait été supprimée. Elle l’a été avec l’argument « on gérera ça sur place ». Cette phrase, qui a été enlevée, gérait en partie déjà la situation, mais il est clair que ce que la suppression de cet élément raconte est, ni plus, ni moins, là aussi une peur de l’isolement et/ou une façon d’abandonner la pratique de l’autonomie. Que viennent faire des diffuseurs des idéologies de ce monde de merde dans la résistance à celui-ci ? Que viennent faire ici des gens qui gagnent de la thune en écrivant de la merde, plus ou moins comestibles, entre deux pubs [5] pour celui-ci ? Que viennent faire ici des adeptes de la pacification sociale à la mode des "partenaires sociaux" ? Si nos médias ne sont pas suffisants, il ne tient qu’à nous de les développer, mais cela ne doit être en aucun cas une raison pour se donner aux premiers médias venus.

Autour du procès du 22
Sur une simple histoire d’expulsion de squat d’habitation le 16 août dernier, on se retrouve avec cinq procès, dont un le 07 décembre pour outrage, rébellion, incitation à l’émeute et refus de prélèvement ADN (si je ne me trompe pas) et dont quatre le 22 septembre pour intrusion et maintien dans un "établissement scolaire" [6], dégradation de celui-ci, et, pour une des quatre personnes, refus de signalétique (empreintes digitales et photo).

Cette dernière personne s’est vue perquisitionner lors de sa garde-à-vue. Sous prétexte de chercher des armes [7], ceux sont des revues, brochures, tracts, fly, ainsi que le cahier de compte d’un collectif qui ont été momentanément saisis. De vraies armes, pour ouvrir de vrais squats. Après réception du dossier à la maison [8], ce qui saute aux yeux c’est que l’étau répressif se resserre plus particulièrement autour de cette personne. Seule personne perquisitionnée, mais aussi seule personne avec plusieurs inscriptions au casier judiciaire avec, en prime, des choses rajoutées pour lesquelles elle a été acquitté [9], ou même jamais passé en procès ou pas au moment de la garde-à-vue, ou encore qui ne se sont jamais produites.
Seule personne aussi dont la mention est faite d’une fiche au Fichier des Personnes Recherchées (FPR), en l’occurence la fiche S [10] 11 01933 ST pour « Membre de la mouvance arnarcho autonome d’ultra gauche susceptible de se livrer à des actions violentes » et émanant de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) de Levallois-Perret. Pour le coup, on sait qu’il s’agit d’une fiche avec les codes suivants : S2 et S3, « conduite à tenir : ne pas attirer l’attention ». Il est clair que tout est mis en œuvre dans le but de présenter au tribunal un coupable tout désigné.

Dans cette affaire, il y a aussi des faits qui sont montrés comme aggravant comme le fait que tout se soit passé en réunion, mais surtout en présentant un bâtiment à l’abandon depuis pas mal de mois comme étant un établissement scolaire, établissement qui devait ouvrir ses portes en septembre après des travaux. On est quand même mi-août au moment des faits, la rentrée est deux semaines plus tard et de toute façon aujourd’hui nous sommes fin septembre et le lieu n’est toujours pas ouvert. Bref, c’est la rengaine habituelle des propriétaires face aux gens qui squattent : « J’allais justement commencer les travaux demain », « Le projet en cours de réhabilitation devait se terminer la semaine prochaine »... Un autre élément qui est aggravant, c’est la nature des dites dégradations avec le fameux arbre que les méchants squatteurs auraient lâchement déraciné [11], l’arrivée d’électricité qui aurait été sectionné [12], la porte d’entrée que des squatteurs déguisés en bleu marine avec des casques, des boucliers, des armes létales, et surtout un bélier aurait défoncé...

Pour finir sur cette affaire, il sera réaffirmé une fois encore que ne pas utiliser le « je n’ai rien à déclarer » amplifie les risques d’alimenter la répression et peut desservir les éventuelles autres personnes qui sont inculpées dans la même histoire. Entre le fait qu’on ne sait pas ce qu’il y a dans le dossier, que les flics mentent et foutent la pression pour faire dire ce qu’ils veulent entendre, notamment des choses fausses et sur les autres personnes, il n’y a pas à tergiverser : ne pas utiliser volontairement cet outil alors qu’on en a les moyens peut tendre à renforcer la répression, surtout quand on ne parle pas que de soi et qu’on implique, consciemment ou pas, d’autres personnes.

Dans nos luttes, ni parti, ni syndicat ; Autonomie !
Feu aux médias de l’état, du capital et consort ; Automédia !
Solidarité révolutionnaire face à ce monde de merde et sa justice !


CSH, septembre 2016

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Notes

[1Qu’ils soient de l’état, du capital, ou encore qui œuvrent pour ceux-ci et la pacification sociale, tels ceux qui sont liés à ces syndicats et partis réformistes.

[2Ce qui n’empêche pas ni de garder des désaccords fondamentaux, voir des antagonismes (et d’en conclure une impossibilité de fonctionner ensemble), ni de rester vigilant sur où est la part de la personne en face et où est la part de l’organisation qui parle au travers de la personne – vigilance à avoir d’autant plus avec les bureaucrates de ces orgas.

[3Du type de celle évoquées plus haut

[4Et à la limite pourquoi pas, surtout s’il s’agit de diffuser l’appel écrit par les personnes qui vont passer en procès.

[5Commerciales ou politiques.

[6On y reviendra plus tard.

[7Si, si, dans une histoire d’expulsion de squat !

[8Vous aussi vous pouvez recevoir votre dossier chez vous en faisant un courrier au bureau des audiencements du tribunal dans lequel vous passez en procès. C’est très pratique pour essayer de briser l’autoritarisme des avocats qui rarement vous laisse ou vous propose de voir VOTRE dossier et afin de mieux vous défendre.

[9Avec écrit "faits commis le".

[10Fiche "Sûreté de l’état".

[11Quel intérêt ? Si ce n’est un mensonge des proprio pour leur permettre de faire gonfler la facture.

[12C’est bien connu, les gens dans les squats aiment bien vivre sans élec, surtout si elle est gratuite.

[13Qu’ils soient de l’état, du capital, ou encore qui œuvrent pour ceux-ci et la pacification sociale, tels ceux qui sont liés à ces syndicats et partis réformistes.

[14Ce qui n’empêche pas ni de garder des désaccords fondamentaux, voir des antagonismes (et d’en conclure une impossibilité de fonctionner ensemble), ni de rester vigilant sur où est la part de la personne en face et où est la part de l’organisation qui parle au travers de la personne – vigilance à avoir d’autant plus avec les bureaucrates de ces orgas.

[15Du type de celle évoquées plus haut

[16Et à la limite pourquoi pas, surtout s’il s’agit de diffuser l’appel écrit par les personnes qui vont passer en procès.

[17Commerciales ou politiques.

[18On y reviendra plus tard.

[19Si, si, dans une histoire d’expulsion de squat !

[20Vous aussi vous pouvez recevoir votre dossier chez vous en faisant un courrier au bureau des audiencements du tribunal dans lequel vous passez en procès. C’est très pratique pour essayer de briser l’autoritarisme des avocats qui rarement vous laisse ou vous propose de voir VOTRE dossier et afin de mieux vous défendre.

[21Avec écrit "faits commis le".

[22Fiche "Sûreté de l’état".

[23Quel intérêt ? Si ce n’est un mensonge des proprio pour leur permettre de faire gonfler la facture.

[24C’est bien connu, les gens dans les squats aiment bien vivre sans élec, surtout si elle est gratuite.

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