Une tribune pour les luttes

Communiqué du Collectif 59 St-Just

59 St-Just : relogement ou évacuation ?

La situation à St-Just

Article mis en ligne le mardi 9 avril 2019

Aujourd’hui, 96 personnes sont toujours hébergées dans le bâtiment occupé au 59 avenue de Saint-Just. 29 familles, dont 35 enfants et 18 Mineurs Non Accompagnés (MNA) n’ont pas bénéficié des propositions de relogement. Pourtant annoncées par la Préfecture et le Conseil Départemental qui s’y étaient engagés, les propositions de relogement auraient dû être mises en oeuvre « pour tou.te.s les habitant.e.s de St-Just ».

Pendant plus de trois mois les habitant.e.s ont été ignoré.e.s par les autorités politiques qui, pourtant, passaient beaucoup de temps à réfléchir à une solution pour le "problème" Saint-Just. Suite aux nombreuses actions du Collectif 59 et du Collectif MIE13, mais surtout dans le cadre d’une médiation que le Diocèse a mise en oeuvre avec les institutions afin de récupérer son bâtiment, le « relogement » ou l’« évacuation » de St- Just a été mis en oeuvre.

Jeudi le 4 avril et vendredi le 5 avril, répondant à des injonctions de la Préfecture et du Conseil Départemental, les associations prestataires Sara-Logisol et l’ADDAP13 sont intervenues sans prévenir les habitant.e.s du 59 avenue de Saint-Just. Le Collectif 59 a été informé non-officiellement de leur venue, la veille seulement, par le Diocèse.

Le relogement effectué par l’ADDAP 13 a permis à 174 mineurs d’être placés en hôtel, une mise à l’abri temporaire qui enfin leur permet de rentrer dans le parcours d’accès au droit. Parmi eux, plus de 40 mineurs possédaient une Ordonnance de Placement Provisoire (OPP) reconnaissant leur minorité, mais n’étaient à ce jour pas pris en charge. Pour d’autres une évaluation va être effectuée.
Le Collectif 59 dénonce le placement de certains mineurs dans des CHRS pour adultes alors même qu’aucun jugement n’a été donné, seulement basé sur l’évaluation de l’ADDAP13.

Pour les familles, le relogement proposé par Sara-Logisol a été incohérent et généralement discriminant en fonction de leurs situations administratives, ce qui est contraire à l’inconditionnalité de l’hébergement que réclame le cadre légal. Les propositions d’hébergement inacceptables ne s’accompagnaient d’aucun engagement écrit, ni de la part de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) en charge de l’hébergement des demandeurs d’asile qui n’était pas associé à cette opération, ni de la part de Sara-Logisol en charge de proposer des solutions d’urgence. Cette dernière n’avait d’ailleurs aucune compétence pour s’engager sur les propositions annoncées par la Préfecture, prérogative de l’OFII.

Le Collectif 59 dénonce dès le jeudi après-midi le traitement indigne infligé par Sara-Logisol aux familles : des propositions orales et floues, de la pression et des menaces, autant d’obstacles au choix libre et conscient des personnes. Les propositions étaient inacceptables pour la plupart : « rien », « de 4 à 10 nuits d’hôtel » ou « un à deux mois d’hôtel en attente d’un Hébergement Urgence Demandeurs d’Asile (HUDA) ». Les personnes demandant l’asile ont fait face à des menaces : elles pourraient perdre leurs droits à tout hébergement et à une aide financière si elles refusaient ces propositions.

Après de nombreuses négociations de la part des familles et des solidaires, Sara-Logisol a accepté de mettre par écrit les propositions d’hébergement mais uniquement pour les familles en procédure d’asile dublinées. Ces écrits ont révélé que les engagements réels ne portaient que sur des solutions d’urgence sans précision de durée ni des modalités de renouvellement.

Les familles réunies en assemblée générale ont choisi de refuser ces propositions puisque aucune garantie ne les prémunissaient de se retrouver à nouveau à la rue dans un futur très proche.

Le Collectif 59 déplore la brutalité avec laquelle se sont déroulées ces deux journées d’intervention. L’urgence n’étant pas caractérisée, le Collectif 59 dénonce cette initiative visant à vider le bâtiment plutôt qu’à répondre aux besoins des habitant.e.s. Ces dernier.e.s demandaient depuis le début de cette occupation à bénéficier d’une évaluation sociale qui leur aurait permis de trouver des solutions pérennes d’hébergement. Les situations de vulnérabilité, de santé, de handicaps n’ont pas été prises en compte, ce qui met en danger les personnes. La défiance des institutions face aux bénévoles a conduit à des placements sans prise en compte des situations individuelles. A titre d’exemple, une femme avec un enfant en fauteuil roulant a été orientée dans un hôtel sans ascenseur.

La pression exercée par ces deux associations a été constante : aucune empathie pour les personnes, aucun souci d’éviter un nouveau traumatisme en les "orientant" parfois loin de Marseille ou en les abandonnant sur place sans solution acceptable. Leur unique objectif était comme ils l’ont dit de "régler le problème de l’occupation de ce bâtiment" et non pas de permettre un accès au droit.

Le Collectif 59 déplore la sortie précipitée d’un communiqué fallacieux du Préfet qui annonce des mises à l’abri adaptées, individualisées et volontaires. Il déplore aussi les mensonges sur le nombre de mises à l’abri des familles, la plupart ayant été faites grâce au travail des solidaires et des habitant.e.s depuis le 18 décembre 2018. Prétendre une « mise à l’abri adaptée » suite à un « diagnostic individualisé » est un outrage.

L’aventure Saint-Just n’est pas finie, elle se poursuit sous une nouvelle configuration avec les habitant.e.s. Les familles demandent de nouvelles propositions d’hébergement dignes et respectables, en HUDA ou en Centre d’Accueil pour Demandeur d’Asile (CADA), telle que les lois l’exigent. Un prochain rendez-vous est prévu entre les habitant.e.s et le Diocèse.
Quant aux MNA, le Collectif 59 a permis la scolarisation de nombreux jeunes et veille au suivi de leur parcours. De plus, il organise dès à présent une vigie pour le respect des droits de tous les MNA, dans la continuité de son action à l’intérieur comme à l’extérieur de St-Just.

Pour le Collectif 59, un relogement aussi important des mineurs non-accompagnés est une première victoire. Le Département se disait incapable de libérer autant de places en hôtel et la preuve a été faite que sous la pression, il a été en capacité de remplir ses obligations légales.
Le Collectif 59 a encore de nombreuses luttes à mener, pour les droits des familles et des mineurs. Cette occupation est la preuve de la force citoyenne face aux institutions. Le Collectif 59 ne lâchera pas et continuera à oeuvrer au quotidien pour la dignité de chacun.e, quelque soit son parcours.

Le Collectif 59 St-Just
Marseille, le 9 avril 2019

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