Une tribune pour les luttes

Mut Vitz 13

Desde Oaxaca. Mare Advertencia Lirika

De l’autre coté du charco - carnet de passage par Abya Yala (Traba , Patxi Beltzaiz)

Article mis en ligne le samedi 4 janvier 2020

Oaxaca, novembre 2014, une marche pour les 43 disparus d’Ayotzinapa. Á la fin du défilé, une jeune femme prend le micro. Elle rappe sa rage. Son flow est un cri. Une colère à fleur de peau. Un hurlement qui vient du plus profond d’elle-même. Sa voix nous scotche au mur. Nous bouleverse. Elle a pour nom Mare Advertencia Lirika . Après un tel choc, nous n’avons qu’une envie la rencontrer. Connaître cette jeune femme qui utilise le rap comme une arme pour dénoncer les violences faites aux femmes, qui n’hésite pas à braquer les projecteurs sur le racisme dont sont victime les minorités de ce pays. Une musique engagée qui sert aussi à valoriser les langues, la culture, les solidarités des peuples originaires. Mare Advertencia Lirika, à vous l’honneur.

Octobre 2019, rencontre dans un petit café de Oaxaca. Assise sur une banquette, une thé brûlant sur un coin de table, son regard ne nous quitte pas. Elle est là. Totalement disponible. Une présence qui s’affirme sans s’imposer. Comme une autorité naturelle. Dans sa posture. Dans sa voix. Mare Advertencia Lirika se définit, sans détour comme « Rappeuse, zapotèque, féministe, migrante en transit de manière permanente ». L’essence même de Mare Advertencia Lirika. Et surtout, ne pas la cataloguer comme activiste sociale. Cela pourrait presque l’irriter…

Mare est une jeune femme qui puise son énergie dans la culture zapotèque de la Sierra Norte, dont elle est originaire. Selon elle, c’est à partir de ce territoire qu’elle à pris conscience de l’oppression dont était victime les peuples originaires. D’une voix ferme, elle affirme « J’ai vécu un processus de migration, de déplacement forcé et de racisme en tant que Zapotèque. Ces processus rendent invisibles les peuples originaires. Il y a comme une instrumentation des gouvernements qui vise seulement à montrer le folklore, les couleurs des peuples de Oaxaca sans pour autant répondre à leurs demandes réelles, sans pour autant les prendre en considération ».

Pour Mare Advertencia Lirika, la migration marque le début de son histoire, c’est peut-être le terreau de ses premières colères, mais très vite, elle va interroger sa place en tant que femme dans un pays où le taux de féminicides est l’un des plus élevés au monde. Son identité déjà multiple va alors s’agréger d’un féminisme combatif et sans ambiguïté, elle nous déclare « Je suis féministe. J’assume totalement cette charge de vivre dans une société machiste et mon devoir est de changer les choses. La musique me semble un excellent moyen pour y arriver ». Par sa posture, Mare veut dénoncer le silence complice des hommes. Démontrer que l’oppression, les différentes formes de violences ne sont pas innées mais structurelles, liées à un système patriarcal millénaire. Sa musique est un combat. Une lutte de chaque instant. Pour redonner une histoire, de la voix, de la chair, de l’humanité, à toutes les invisibles du monde. Son flow est une véritable arme pour rendre de la dignité à tous les relégués, les opprimés, les humiliés de ce capitalisme sans foi ni loi.

La suite et les photos ici

P.-S.

Nous vous invitons à suivre "De l’autre coté du charco" sur place :

https://delautrecoteducharco.wordpress.com

Nous publierons sur ce blog des articles et des photos des différents lieux et situations que nous rencontrerons durant notre passage en Amérique, ou plutôt en Abya Yala.
Abya Yala est le nom indigène pour désigner le continent Amérique.
Photographies : Patxi Beltzaiz / Textes : Vero Traba

Retour en haut de la page

Thèmes liés à l'article

International c'est aussi ...

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 440

MUT VITZ 13 c'est aussi ...

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 60