Une tribune pour les luttes

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Le CODEDI, la finca Alemania, la défense du territoire.

De l’autre coté du charco - carnet de passage par Abya Yala (Traba , Patxi Beltzaiz)

Article mis en ligne le lundi 24 février 2020

Au Mexique, l’autonomie se décline dans tous les coins du pays. Pourtant, à Santa Cruz Huatulco, cela n’est pas évident au premier abord. Des routes toutes droites. Des réverbères bien alignés. Des allées au gazon bien propret. Des hôtels de luxe. Des piscines outrageuses. Des plages noyées sous les parasols Coca-cola, couvées par le regard bienveillant d’un drapeau américain. Bienvenue dans l’une des plus grandes zones hôtelières du sud du pays, crée de toutes pièces dans les années 80, pour concurrencer Acapulco.

À seulement quelques kilomètres de là, à Santa María Huatulco, des hommes et des femmes ont construit un autre monde, loin de ces paradis artificiels. Avec obstination, malgré les coups bas et la répression féroce du gouvernement de Oaxaca, ils ont créé le Comité pour la Défense des Droits Indigènes (CODEDI). Leur centre de formation, implanté, sur les terres récupérées de la Finca Alemania sera leur laboratoire de vie et de solidarité. Ici, se vit une communauté en pleine effervescence. Pour créer une alternative à ce monde capitaliste qu’ils refusent à corps et à cris.

Partir loin de cette mascarade touristique. Prendre une route de terre presque une piste. En plein cœur d’une belle forêt. La camionnette poussive se balance au gré des nids de poules. La poussière vous prend à bras-le-corps. Les maisons se font de plus en plus éparses. Difficile d’imaginer que l’on puisse arriver quelque part. Au bout d’une heure, les premières maisons de la Finca Alemania apparaissent. Des dizaines de canards viennent nous saluer. Il y a comme une quiétude qui se dégage de l’endroit. Nous sommes bien loin de l’ambiance surpeuplée des plages de Huatulco. Le cœur de la communauté, c’est le comedor. De simples bancs et tables en bois. Ici, les marmites mijotent ; qu’importe l’heure, il y a toujours quelque chose à manger ou un café à déguster. Près du comal, un garçon et une fille s’activent à faire des tortillas. Ici, le genre se déconstruit sans bruit. Discrètement. À l’expérience de la vie même. Sur la cancha de basket-ball, de belles fresques racontent une communauté en lutte. Au poing levé et à l’âme rebelle.

Au détour d’un chemin, une vieille église abandonnée. D’une beauté décadente. Ses murs exhalent un parfum de tristesse. À l’entrée, un chien famélique semble garder son âme blessée. À l’intérieur, trois croix noires et deux cartons blancs, portant le nom des cinq personnes assassinées depuis le début de l’organisation. Au sol, la trace d’un slogan où il ne reste plus que le mot LIBERTAD. Cette église mutilée mais toujours debout pourrait être une parabole du CODEDI.

Marcher dans la communauté, c’est comme franchir les portes d’un passé révolu. Revivre l’ambiance des romans de B.Traven. Celui d’un temps où les peones s’échinaient à travailler dans les champs de café. Pour seulement quelques pesitos. Sans la moindre considération de la part d’un patron qui les regardait du haut de sa belle demeure. Aujourd’hui, elle a perdu de sa superbe mais l’escalier reste monumental, presque indécent. Comme la preuve de la verticalité des rapports à cette époque. Entre ceux d’en haut et ceux d’en bas. Entre ceux qui avaient la peau claire et les autres. Entre ceux qui possédaient l’argent, le pouvoir et ceux qui n’avait que leur corps à brader. Deux mondes inconciliables. Que l’on pouvait penser immuables. Mais les circonvolutions de l’histoire et la ténacité des hommes et des femmes donnera à la Finca Alemania une tout autre destinée…

La suite et les photos ici

P.-S.

Nous vous invitons à suivre "De l’autre coté du charco" sur place :

https://delautrecoteducharco.wordpress.com

Nous publierons sur ce blog des articles et des photos des différents lieux et situations que nous rencontrerons durant notre passage en Amérique, ou plutôt en Abya Yala.
Abya Yala est le nom indigène pour désigner le continent Amérique.
Photographies : Patxi Beltzaiz / Textes : Vero Traba

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