Une tribune pour les luttes

La lettre d’information du site "la voie du jaguar"

Cette lettre recense les nouveautés publiées depuis 14 jours

Article mis en ligne le dimanche 31 mai 2020

Nouveaux articles


** Considérations sur les temps qui courent (IIIa) **
par Georges Lapierre - 30 mai 2020

Le mouvement de la pensée, qui part de l’idée pour arriver à sa
réalisation, est toujours le même, depuis la nuit des temps, depuis
que la femme et l’homme sont des êtres humains.

Qu’est-ce que la pensée ? Concevoir la pensée sous un angle pratique
et voir par exemple dans la société la réalisation de la pensée est le
point de vue qui est le mien. La pensée n’est pas une faculté donnée
par je ne sais qui, la nature ? Dieu ? À mon sens, elle est une donnée
de l’expérience : c’est bien parce que nous sommes des êtres sociables
que nous pensons. Ce point de vue théorique, cet axiome de principe est
inspiré de Hegel avec une légère différence qui n’en est pas vraiment
une. Pour Hegel, la pensée est celle de Dieu et elle nous vient de lui,
c’est la pensée générique, générant l’être (humain). Nous pouvons
bien garder cette notion d’un Dieu transcendant maître de l’activité
générique, ce serait la pensée sous sa forme aliénée ; ou bien ne pas
la garder et dire que l’activité générique, la vie sociale se suffit
à elle-même, qu’elle génère l’être humain, celui qui pense, parce
qu’elle est la pensée réalisée. Elle peut bien être la pensée
réalisée sous une forme aliénée, c’est ce qui se produit quand une
séparation se fait jour à l’intérieur de la société (ou, si l’on
veut, de la pensée), c’est bien ce qui se passe avec les sociétés
complexes et la formation de l’État ; comme elle peut être une pensée
réalisée sous une forme non aliénée, ce qui a lieu avec les sociétés
originelles (ou simples) et que n’apparaît pas une séparation dans la
société (ou, si l’on veut, dans la pensée) entre une classe dominante
qui s’est approprié le privilège de la pensée sous l’angle de son
universalité et le reste de la population. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Considerations-sur-les-temps-qui-courent-IIIa

** Mexico
Une ville sous le regard indien **

par Joani Hocquenghem - 29 mai 2020

Dominant l’horizon de l’altiplano de ses plus de deux mille mètres,
le cercle de volcans veille sur la vallée de l’Anáhuac. En son centre,
Mexico baigne dans une nappe de fumée dense où les vapeurs du
Popocatepetl se mêlent aux gaz de la machine-monstre. "La marmite de
sorcier", "la chaudière du diable" disent les Mexicains, "la terre
qui pousse par en haut", "la vallée où vit le pouvoir", l’appellent
les zapatistes. Là établirent leur capitale les Mexicas
jusqu’à ce qu’une force plus grande, venue d’au-delà de
l’horizon, les abolissent. Là régna l’Espagne jusqu’à
l’indépendance, rivée au même site ; là s’imposa Porfirio Díaz
jusqu’à la révolution ; là gouverna le PRI jusqu’à l’année 2000.

À partir de la bataille de Tenochtitlan, l’onde de choc de la conquête,
son sillage de violence et d’épidémies, propage un mouvement de fuite
des peuples indiens. À mesure que la colonie importe d’Europe sa classe
dominante, se remplit par le haut de nouveaux possédants, les uns sont
intégrés à la société de l’envahisseur tout au bas de l’échelle,
les autres chassés des terres fertiles, des plaines irriguées et
tempérées vers les sierras ou la selva. L’Indépendance n’est pas
leur émancipation ; le nouvel État accélère cette dépossession
géographique et historique, nie toute existence à leur propriété
communautaire de la terre. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Mexico-Une-ville-sous-le-regard-indien

** Gustav Landauer
"Appel au socialisme" **

par Renaud Garcia - 26 mai 2020

Il est peu de textes alliant au même degré profondeur philosophique,
acuité politique et beauté stylistique. Joyau de la littérature
socialiste, l’Appel au socialisme de Gustav Landauer est de ceux-là. Né
en 1870 à Karlsruhe, en Allemagne, Landauer fut un révolutionnaire sa
vie durant, toujours à contretemps des tendances idéologiques de son
époque. Lecteur de Spinoza, Schopenhauer et Nietzsche, il est exclu
de l’université à vingt-trois ans et considéré par les services de
l’empire comme l’"agitateur le plus important du mouvement
révolutionnaire radical". Il collabore à plusieurs journaux, participe
à la fondation de théâtres populaires, essuie des peines de prison au
tournant du siècle pour incitation à l’action révolutionnaire —
temps pendant lequel il se livre notamment à la traduction des écrits
du mystique médiéval Maître Eckhart. Par la suite, il se fera passeur
décisif en langue allemande de textes de Proudhon, Kropotkine, Mirbeau,
La Boétie, avant d’être à l’origine de multiples expérimentations
(notamment le journal "Der Sozialist") et groupements socialistes, dont
le plus connu fut l’Alliance socialiste (qui aurait compté à son apogée
une quinzaine de groupes de dix à vingt membres chacun). Commissaire à
l’Instruction publique et à la Culture fortement impliqué dans la
république des conseils de Bavière, Landauer meurt lynché par un
groupement de corps francs en mai 1919. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Gustav-Landauer-Appel-au-socialisme

** Agir contre la réintoxication du monde **
par Appel 17 juin, ZAD - 23 mai 2020

Nous avons aperçu pour la première fois dans nos existences ce qui
serait encore possible si la machine infernale s’arrêtait enfin, in
extremis. Nous devons maintenant agir concrètement pour qu’elle ne
se relance pas.

Certes, nous ne reviendrons pas sur les espèces disparues, les millions
d’hectares de terres ravagées, de forêts détruites, sur les océans de
plastique et sur le réchauffement planétaire. Mais de manière inédite
dans le capitalocène, les gaz à effet de serre ont diminué partout ou
à peu près. Des pans de mers, de terres ont commencé doucement à se
désintoxiquer, tout comme l’air des villes suffoquées de pollution.
Les oiseaux sont revenus chanter. Alors, pour qui se soucie des formes
de vie qui peuplent cette planète plutôt que d’achever de la rendre
inhabitable, la pandémie mondiale dans laquelle nous sommes plongé·e·s,
en dépit de tous les drames qu’elle charrie, pourrait aussi représenter
un espoir historique. Nous avons paradoxalement vu se dessiner le
tournant que l’humanité aurait dû prendre depuis bien longtemps : faire
chuter drastiquement la nocivité globale de ses activités. Ce tournant,
même les incendies de territoires immenses, les sécheresses consécutives
ou les déflagrations à la Lubrizol des mois derniers n’avaient pas
réussi à nous le faire prendre. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Agir-contre-la-reintoxication-du-monde

** Notes anthropologiques (LIII) **
par Georges Lapierre - 21 mai 2020

Traité sur l’apparence (VIII)
Notes sur l’irréalité de l’être

C’est à notre époque que se pose le plus crûment la question de
l’être. Face à cette difficulté, la solution la plus facile est
d’éluder cette question pour conclure que l’être n’existe pas. Il
aurait existé autrefois, il n’existe plus aujourd’hui, enfin, selon
certains philosophes. L’être est une donnée de la conscience, dirait,
avec juste raison, monsieur Descartes ; il est lié à la conscience
de soi. Le "soi" n’est pas si facile à définir de nos jours où nous
avons surtout affaire à des individus isolés dans le sens où la vie
sociale à laquelle ces individus participent leur échappe
généralement ; rare leur est offerte l’occasion de se poser entièrement
comme sujet social. L’argent dépossède l’individu de cette conscience
de soi en tant que sujet dans un rapport social avec d’autres sujets.
L’argent nous dépossède de cette conscience de soi qui ferait surgir
l’être dans sa consistance et dans sa fragilité. L’être dans sa
consistance et sa fragilité perd son point d’ancrage que constitue
la vie du sujet dans ses rapports avec d’autres sujets, il s’évapore,
il ne tient plus qu’à un fil, celui de l’image, d’une représentation
mentale inconsistante : l’être aspirant désespérément à être reconnu
dans sa qualité de sujet, alors même que cette qualité lui file entre
les doigts. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LIII

** Décrétons l’autodéfense sanitaire **
par Raoul Vaneigem - 19 mai 2020

La menace que le coronavirus a fait planer sur la santé des populations
du monde entier a démontré que le véritable danger venait d’une
dégradation des services médicaux. Cette dégradation, il n’est pas
douteux que les impératifs de profit, partout prédominants, ne cesseront
de l’accélérer.

Gérer les hôpitaux comme des entreprises à rentabiliser implique de
sous-payer et de surexploiter le personnel, de diminuer le nombre de
lits et de moyens techniques. Les grandes firmes pharmaceutiques
paralysent la vraie recherche, jettent le discrédit sur les
scientifiques qu’elles stipendient, interdisent des médicaments à bas
prix qui ont fait leurs preuves pour vendre des vaccins douteux dont
la seule efficacité garantie est l’intérêt financier qu’ils produiront.

Il va de soi que les États n’hésiteront pas à réitérer le coup des
libertés restreintes, qui leur a si bien réussi. Tout en laissant se
répandre les virus issus de la fonte du permafrost, ils se serviront
sans scrupule du même prétexte épidémique pour confiner préventivement
celles et ceux qui s’insurgent contre leur politique criminelle. Il faut
dès maintenant déjouer cette manœuvre. (...)

- > https://www.lavoiedujaguar.net/Decretons-l-autodefense-sanitaire

** Entretien avec Pierre Madelin
"L’écologie politique s’affirme comme une réflexion critique
de la modernité" **

par Kévin Boucaud-Victoire, Pierre Madelin - 18 mai 2020

Pierre Madelin vit depuis 2012 dans l’État mexicain du Chiapas. Dans un
essai d’écologie politique publié en 2017, il analyse le capitalisme et
ses effets sur l’environnement en tentant de tracer une voie de sortie
décroissante, radicale et libertaire.

"Je suis parfaitement d’accord avec Cornelius Castoriadis pour dire
que la modernité est traversée par une tension entre deux grandes
significations imaginaires : une signification imaginaire de domination
rationnelle du monde, et une signification imaginaire d’autonomie.
Pendant longtemps — c’est tout le sens des philosophies progressistes
de l’histoire —, on a pensé que ces deux significations imaginaires
étaient indissociables l’une de l’autre, que l’émancipation des
hommes passait nécessairement par la soumission de la nature.
Aujourd’hui, nous savons qu’il n’en est rien. Non seulement
l’autonomie se trouve menacée là même où elle s’était affirmée
avec le plus de vigueur depuis deux siècles, c’est-à-dire dans
l’espace politique (quelles que soient les imperfections de la
’liberté’ dans les régimes libéraux, la laïcité marque bien une
autonomie du politique par rapport au religieux, les libertés
fondamentales une autonomie de l’individu par rapport au corps social
et à l’arbitraire de l’État, etc.), mais notre maîtrise croissante
(ou notre illusion de maîtrise) de la nature et l’avancée du
capitalisme qui l’accompagne détruisent également l’autonomie des
individus et des sociétés dans leurs espaces domestiques et communs,
comme s’est employé à le montrer Ivan Illich dans l’ensemble de son
œuvre. (...)"
- https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Pierre-Madelin-L-ecologie-politique-s-affirme-comme-une


LA VOIE DU JAGUAR • informations et correspondance pour l’autonomie individuelle et collective • lavoiedujaguar chez riseup.net • http://lavoiedujaguar.net

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