Une tribune pour les luttes

Malgré la police de Darmanin, les Gilets jaunes donnent le coup d’envoi de la rentrée sociale

Article mis en ligne le lundi 14 septembre 2020

Malgré le dispositif policier important, quelques milliers de Gilets jaunes ont imposé la rentrée sociale au gouvernement. Les manifestants ont bravé les intimidations policières et les interdictions de manifester sur fond de durcissement du discours sécuritaire de Macron et Darmanin.

Quelques milliers de manifestants se sont donc retrouvés dans les rues ce samedi. Avec la rentrée sociale, les Gilets jaunes promettaient de remonter sur la capitale, appelant à l’unité contre la politique anti-sociale du gouvernement. Et pour cause, après la crise sanitaire qui a révélé l’ampleur de la casse de l’hôpital public et le manque de moyen dans la santé, la crise économique arrive avec son lot de licenciements. Quant au mépris des puissants contre lequel les couches populaires s’étaient soulevées un certain 17 novembre 2018, quoi de mieux pour l’illustrer que le nouveau plan de relance de 100 milliards d’euros avec lequel le gouvernement compte distribuer des cadeaux au grand patronat.

« Le point commun c’est le gouvernement » : un appel à s’unir face à la crise

Dans ce contexte, les revendications sociales du mouvement pour plus de service publics, en particulier dans la santé, et contre le chômage et la précarité, sont d’une actualité brûlante. Ainsi, Jérôme Rodrigues, figure des Gilets jaunes interrogée dans la manifestation, a expliqué les raisons de se mobiliser : « il y a une crise qui va arriver (…) et une chose est sûre, il va nous arriver des misères », après avoir appelé à « l’union » avec tout ceux « qui vont rentrer sur le marché de la misère (…) qui vont devoir s’adapter au système D, aux bouts de ficelle... »

Un appel à la mobilisation qui n’a pas été sans écho. Après le passage en force du gouvernement sur les retraites, et plus récemment la mise en place de l’état d’urgence sanitaire, la radicalité incarnée par le mouvement de Gilets jaunes, de ceux qui ont bravé ce samedi encore les interdictions de manifester et le dispositif policier, apparaît comme la seule réponse plausible face à la politique autoritaire d’Emmanuel Macron. Ce qui explique que les manifestants soient descendus dans les rues malgré les interdictions de manifester et la répression. A l’instar de Delphine, infirmière en réanimation - « blouse blanche mais avant tout Gilet jaune » qui prône la convergence des luttes : « le point commun c’est le gouvernement. (…) Il est temps que tout le monde se rejoigne et arrête de faire sa petite manif chacun de son côté », a déclaré cette « héroïne d’hier », avant de se faire molester par les CRS en pleine interview à notre micro.

Loin des « contreparties » que les directions syndicales espèrent pouvoir un jour négocier avec le gouvernement, c’est dans cette radicalité que Gaëtan Gracia, ouvrier dans l’aéronautique, syndicaliste CGT et militant au NPA-Révolution Permanente, entend puiser pour les combats qui s’annonce contre les plans de licenciements. En affirmant qu’« on ne négocie pas la régression sociale », le militant appelle les travailleurs de l’aéronautique, « syndiqués et non-syndiqués » à s’unir face aux attaques en cours et à venir lors d’une rencontre contre les licenciements et les baisses de salaire jeudi 17 septembre à 14 heures, à la bourse du travail de Toulouse, jour de grève et de manifestation interprofessionnelle. Car c’est bien un vrai plan de bataille qu’il faudra pour empêcher les capitalistes de faire payer leur crise à notre camp social.

Mercredi le préfet de Paris, Didier Lallement, publiait un arrêté « interdisant tout rassemblement se revendiquant des Gilets jaunes » dans plusieurs endroits clefs de la capitale, autour des Champs-Élysées, de l’Assemblée Nationale, de l’Hôtel Matignon, de Notre-Dame de Paris, du Trocadéro et du Champ de Mars, et du forum des Halles. A Toulouse, une des « capitale des Gilets jaunes », la préfecture de Haute-Garonne lui a emboîté le pas en annonçant vendredi l’interdiction de la manifestation prévue dans la ville Rose, menaçant les contrevenants d’une amende de 135€. La manifestation y a d’ailleurs débuté sous une pluie de grenades lacrymogènes.

A Paris la répression a été particulièrement importante. Au moins 256 personnes se sont ainsi faites interpellées, soit autant que lors de l’anniversaire du mouvement le 17 novembre 2019, alors même que le ministère comptait deux fois plus de manifestants à l’époque (4.700 pour l’Acte 53, contre 2.500 ce samedi selon la Place Beauveau). Une fois n’est pas coutume, le nombre de policiers déployés n’a d’ailleurs pas été dévoilé, probablement pour éviter de révéler la proportion démesurée du dispositif au regard du nombre de manifestants. La préfecture de Paris s’est contenté d’annoncer « 160 motos » du côté des BRAV, ces équipes de répression mobiles, tout en fermant une trentaine de stations de métro dans le Nord-Ouest de la capitale. Les cordons de CRS disposés aux abords des points de rendez-vous à la Bourse et place Wagram ont méthodiquement nassés et encadrés les cortèges pour les empêcher de converger malgré quelques tentatives de débordement du dispositif. Les journalistes ont également fait les frais de la répression puisque plusieurs journalistes indépendants tels que Julien Moreau de Radio Bip, Adrien de QG media ou Kaveh de La Meute ont été placés en garde à vue, tandis que Taha Bouhafs a été frappé et menacé à l’entrée de la Place de Wagram.

Ce choix ne signifie pas un changement dans la stratégie répressive, mais plutôt un durcissement dans un contexte où la question sécuritaire a été mise au centre du débat public par le gouvernement, la droite et l’extrême-droite. Pour cette première manifestation depuis l’entrée en fonction du gouvernement Castex avec Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur, la macronie prétend incarner le parti de l’ordre auprès de la droite et des classes dominantes, après trois années marquées par des mobilisations éruptives.

De plus, cette démonstration de « maintien de l’ordre » dans le cadre d’une manifestation a priori moins massive qu’à l’apogée du mouvement, apparaît comme un exercice, une répétition pour le nouveau locataire de la Place Beauveau, en vue de la gestion des futures explosions sociales. C’est ce qui a fait dire à Jérôme Rodrigues, qu’avec la crise qui vient, le gouvernement a « peur des sans-dents ». Sur BFM TV, le ministre de l’Intérieur a revendiqué, depuis la Préfecture de Paris, les nombreuses arrestations, expliquant fièrement devant les caméras que vu « les difficultés qu’on a connu les mois précédents, ces manifestations se sont tenues dans un cadre qui permet à l’ordre républicain d’être tenu ». Cependant la communication du ministre ne doit pas tromper : l’ampleur du dispositif répressif mis en place n’illustre que la crainte du gouvernement face aux potentielles prochaines mobilisations.

A ce titre la rhétorique sécuritaire du gouvernement ces dernières semaines qui s’est déplacé sur le terrain de l’extrême-droite avec le projet de loi islamophobe « contre les séparatisme » et le discours sur « l’ensauvagement de la société » digne du sarkozysme le plus décomplexé, s’articule un durcissement de la gestion répressive des mouvements sociaux. Les mesures telles que l’encadrement de l’usage des LBD par un superviseur, ou le remplacement des grenades de désencerclement DMP/DBD par la GENL ne visent qu’à redorer le blason de l’institution policière après les mobilisations contre les violences policières et le racisme d’État du mois de juin dernier, ainsi qu’à donneru n cadre légal aux nouvelles méthodes de répression policières dans les quartiers populaires et les manifestations.

Dans une telle situation, construire le « tous ensemble » pour se battre contre le gouvernement implique une alliance entre Gilets jaunes, habitants des quartiers populaires et mouvement ouvrier traditionnel. Celle-ci ne pourra s’établir que sur la base d’un programme qui combine la lutte contre le renforcement de la présence policière et le racisme d’État dans les quartiers populaires avec celle contre la répression des mouvements sociaux, ainsi que le refus des négociations et la mise sur pied d’un véritable plan de bataille contre la précarité, les baisses de salaire et les suppressions d’emplois, pour imposer l’interdiction des licenciements, l’embauche des chômeurs en CDI et le partage du temps de travail entre toutes et tous. C’est en ce sens qu’il faudra descendre massivement dans les rues le 17 septembre, pour faire de cette journée de grève et de manifestation un véritable point d’appui contre la politique anti-sociale du gouvernement.

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