Une tribune pour les luttes

Lettre clandestine d’une détenue palestinienne

L’importance de l’accès aux livres pour les femmes emprisonnées

Article mis en ligne le dimanche 20 décembre 2020

Khalida Jarrar, écrivaine féministe et militante des droits humains, membre du Conseil législatif palestinien, est en détention administrative à Haïfa depuis juillet 2015. Elle a fait passer une lettre clandestine sur le rôle de la littérature et de l’éducation dans la résistance des prisonnières politiques détenues dans les prisons de l’occupant.

Khalida Jarrar souligne dans cette lettre le rôle essentiel que joue la littérature pour les prisonnières palestiniennes qui luttent pour conserver leur humanité et rester connectées au monde extérieur.
(...) Les livres constituent le fondement de la vie en prison. Ils préservent l’équilibre psychologique et moral des combattants de la liberté qui considèrent leur détention comme faisant partie de la résistance globale contre l’occupation coloniale de la Palestine. Les livres jouent également un rôle dans la lutte individuelle pour la liberté de conscience de chaque prisonnier face aux autorités pénitentiaires. En d’autres termes, la lutte devient un défi pour les prisonniers palestiniens alors que les geôliers cherchent à nous dépouiller de notre humanité et à nous maintenir isolés du monde extérieur. Le défi pour les prisonniers est de transformer notre détention en un état de « révolution culturelle » à travers la lecture, l’éducation et les discussions littéraires.
Les prisonnières politiques palestiniennes font face à de nombreux obstacles pour accéder aux livres. Par exemple, les livres ne nous parviennent pas toujours car ils sont soumis à des mécanismes de contrôle stricts et à des confiscations lorsqu’ils sont apportés par un membre de la famille. En théorie, chaque détenue a le droit de recevoir deux livres par mois. Mais le plus souvent, ils sont rejetés par l’administration pénitentiaire sous prétexte d’être des livres « d’incitation ». En guise de punitions, les prisonnières peuvent être privées de lecture pour deux ou trois mois, comme ce fût mon cas en 2017.
La modeste bibliothèque utilisée par les prisonnières est également soumise à des inspections constantes et les gardiens de prison confisquent tout livre qui aurait pu être apporté à leur insu. Cela incite les prisonniers à trouver des moyens créatifs pour protéger les livres susceptibles d’être saisis, une tâche devenue essentielle.
Dans cet esprit, les prisonnières palestiniennes ont réussi à se procurer un certain nombre de grands livres, malgré les restrictions strictes.
Par exemple, en plus de certains livres de philosophie et d’histoire, de nombreux livres de Ghassan Kanfani, Ibrahim Nasr-Allah et Suzan Abu-Alhawa font partie de ceux qui ont été consultés et étudiés par les prisonnières. Le roman de Maxim Gorky « La Mère » est devenu un réconfort pour les femmes détenues privées de l’amour de la leur. Les œuvres de Domitila Chúngara, Abd-Arahman Munif, Al-Taher Wattar, Ahlam Mustaghanmi, Mahmoud Darwish, « Les quarante règles de l’amour » d’Elif Shafak, Les Misérables de Victor Hugo, Nawal El Saadawi, Sahar Khalifeh, Edward Said, Angela Davis et les livres d’Albert Camus sont tous parmi les plus appréciés qui ont échappé aux inspections et ont été passés en contrebande.
Cependant, des livres tels que « Notes de la potence » de Julius Fučík et « Cahiers de prison » d’Antonio Gramsci n’ont jamais pu échapper aux mesures et aux restrictions des geôliers. En fait, aucun des livres de Gramsci n’a réussi à entrer dans les prisons en raison de ce qui semble être une position très hostile des autorités d’occupation à l’égard de Gramsci.
Sur le côté le plus lumineux de nos vies, certains livres écrits par des prisonniers à l’intérieur des prisons ont pu se faufiler jusqu’à nous, dont l’un parle des expériences d’emprisonnement et d’interrogatoire dans les prisons israéliennes, intitulé « Vous n’êtes pas seul ».
Ce que j’essaie de dire, mes chers artistes et écrivains, c’est que vos livres qui sont exposés dans les librairies du monde entier font l’objet de poursuites et de confiscations par les autorités pénitentiaires d’occupation israéliennes si nous tentons d’y accéder – vos livres ici sont arrêtés comme l’est notre peuple ....
(Texte intégral en document joint)

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