Une tribune pour les luttes

Les fiches de lecture de la commission Médiathèque

Péage sud

Article mis en ligne le mardi 9 février 2021

S’il a été beaucoup question des gilets jaunes dans les médias, tout au long de l’année 2019, peu d’ouvrages ont réellement traité le sujet d’un point de vue historique et politique. Sébastien Navarro nous montre dans son livre le lien avec la période de la commune de Paris, mais aussi comment des gens ordinaires et peu politisés deviennent des acteurs pour penser la société de tout de suite, ou de demain.
D’assemblées quotidiennes où toutes les décisions sont prises par vote, en actions directes pour les appliquer, la conscience politique se forge au cours de ces semaines qui ont fait de l’année 2019, une période bien singulière. Et si le mouvement a paru sortir de nulle part, c’est peut-être parce qu’on n’a pas pris la mesure de l’histoire sociale dictée par les gens de biens au détriment d’une population souvent laissée pour compte…
Sébastien Navarro après quelques hésitations, s’est immergé dans le mouvement pour finalement faire corps avec lui :
Un témoignage souvent drôle
au sein d’une fresque sociologique inconnue
lors d’une époque bien particulière.
Une histoire d’un gars qui a lu plein de bouquins sur la révolution et qui a failli passer à côté de celle en train de germer sur le rond-point de son village.
Une rencontre entre un intello maladroit et une foule sortie de son mouroir périphérique pour hurler à la face du monde sa soif de dignité et de justice sociale.
Une histoire de manifs organiques, de pétroleuses magnifiques et de rires aux larmes... lacrymogènes.
« ... Georges n’est pas Dany Glover, le vieux noir de l’Arme fatale. Il ne dit jamais : « J’ai passé l’âge de ces conneries. » Si tu lui demandes pourquoi il est là, il te regarde avec ses yeux en tête d’épingle et son menton qui galoche. Il sourit avant de répondre que les gilets jaunes c’est un peu comme la comète de Halley. Si tu rates le coche, t’es bon pour poireauter 76 ans avant d’espérer revoir le phénomène et à son âge il peut pas se permettre d’attendre. Sa femme lui bourre les côtes d’un coup de coude en lui disant : « t’es con. » Et les deux tourtereaux pouffent de rire tandis qu’au dessus de nos têtes une grenade lacrymo fait une cloche dans le ciel.
Pendant ce temps, la majorité des camarades gauchistes se pincent le nez en toisant de loin ce mouvement de plèbe jugé trop impur. C’est que rien du chambard fluo ne correspond aux grilles de lecture ânonnées par les brêles en marxologie. On attendait la classe ouvrière, on attendait à la rigueur les jeunes des quartiers populaires, mais eux... Sans déconner, vous avez vu leur dégaine ? Les Bidochon en mode insurrection. Vous avez rien de plus sérieux à nous proposer ?
Il faut se résoudre donc à ne compter que sur nous-mêmes. Ce qui est déjà pas mal.
Comme disait l’autre : il y a ceux qui font l’histoire et ceux qui la commentent.
Assez parlé … »

Toutes ressemblances avec une période de l’histoire française n’est certainement pas le fruit du hasard, mais bien un héritage somme toute pas si lointain. Combien de temps faudra-t-il pour la voir ressurgir ?

Péage sud
de Sébastien Navarro
Éditions du Chien Rouge (CQFD)

Cet ouvrage est disponible à la Médiathèque de Mille Babords

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3 Messages

  • Le 10 février à 12:06, par Philippe

    Au sujet du chapeau de cette fiche de lecture, juste pour le plaisir de la polémique et sans critiquer ce bouquin qui m’a l’air très bien, il n’a jamais germé de révolution autour des ronds points des gilets jaunes. Révolte, émeutes éventuellement mais pas de Révolution. Cela ne minimise pas du tout l’importance de ce qui s’est passé mais il faut se garder d’un anti intellectualisme facile et surtout.... appliqué à une réalité plus complexe qu’il n’y paraît....Beaucoup ont fantasmé sur ce grand mouvement, comme à chaque fois qu’un pneu brûle quelque part mais il faut ramener les événements à leur vrai mesure, sous peine d’être déçu à chaque fois.

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    • Le 10 février à 17:16, par Sébastien Navarro

      Justement, sur la nature "révolutionnaire" ou non, des gilets, j’ai pondu ça récemment :
      http://acontretemps.org/spip.php?article827

      Merci pour cette sympathique recension.

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      • Le 16 mai à 19:27, par Philippe

        "Ce que le spontané ramène à la surface, c’est toujours du banal" RB

        Le 10 février, je faisais une petite mise au point avant de lire le bouquin. Maintenant, je l’ai lu....
        Les témoignages sont toujours intéressants et le mouvement des gilets jaunes est sûrement un de ceux qui a le plus généré de commentaires et témoignages de l’intérieur. Souvent instructifs et en tout cas suffisamment nombreux pour qu’on estime ce mouvement bien documenté et donc très susceptible d’analyses "post festum".
        Reste que le spontané... comme le disait Barthes plus haut....

        Au sortir de ce bouquin, une petite sensation de malaise.
        Malaise devant les auto flagellations d’intellectuel honteux, orphelins d’un sujet révolutionnaire et qui se sentent obligés de dénigrer le point d’observation d’où ils parlent... Le fait que les "militants" soient souvent méprisants avec le "peuple" n’autorise cependant pas à jeter tout bébé théorique avec l’eau du bain pratique.
        Bref, du coup, je préfère les analyses de Tristan Léoni
        Philippe

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