Une tribune pour les luttes

Effondrement d’un régime fantôche

Les américains se retirent d’Afghanistan pour avoir les mains libres ailleurs

Parti Communiste International

Article mis en ligne le lundi 20 septembre 2021

Rien n’y a fait : ni les accords « historiques » signés en février 2020 à Doha sous Donald Trump entre Talibans et Américains pour l’ouverture de négociations de paix, ni les armes laissées en quantité à l’armée afghane, ni le déclarations réitérées de soutien américain au gouvernement et aux institutions afghanes : en quelques jours le régime de Kaboul s’est effondré, dès que les troupes américaines ont commencé leur retrait, les troupes loyalistes refusant de se battre, les autorités provinciales n’opposant qu’une résistance minime voire prêtant allégence aux Talibans.

Symbole de cet effondrement : la fuite précipitée du président Ashraf Ghani, sans même prendre le temps de prévenir ses ministres et quelques heures à peine après un entretien avec Joe Biden où le président américain l’assurait de son soutien sans failles, à la suite de l’entrée sans combat des Talibans dans la capitale... Et si les Américains et leurs alliés ont pu rapatrier des milliers de ressortissants et de protégés, c’est grâce à la bonne volonté de ces Talibans qu’ils avaient chassés du pouvoir il y a vingt ans !

Cet effondrement est la démonstration que le régime de Kaboul ne tenait que par la force des troupes américaines et les transferts financiers internationaux décidés sous l’égide des Etats-Unis, sans jouir d’un appui un tant soit peu solide dans la population. Si grâce à cette manne une économie à l’image de celle occidentale avait pu se développer à Kaboul et dans les grandes villes, créant une couche petite-bourgeoise occidentalisée, ce n’était qu’un ilot alors que la grande masse de la population, à la campagne où vivent les 3/4 des habitants mais aussi dans les villes, en restait à l’écart, vivant dans une pauvreté abjecte : selon les estimations des ONG, 9 millions de personnes, soit plus du tiers de la population, n’ont pas les moyens de satisfaire ses besoins vitaux élémentaires et souffrent de la faim
.
LE RÉGIME DE KABOUL : MISÈRE DES MASSES ET ENRICHISSEMENT DES ELITES CORROMPUES

Les medias occidentaux vantent les progrès de la condition féminine, mais ces progrès concernent essentiellement une mince couche privilégiée de la population urbaine. La situation est bien différente pour les autres : l’Afghanistan est un des pays où la mortalité maternelle est la plus élevée (ainsi que la mortalité infantile), un pays où seulement 36% des filles vont à l’école (mais le pourcentage des garçons atteint à peine les 50%) (1). On feint de découvrir maintenant la corruption généralisée dans le pays, où par exemple les généraux créaient des corps d’armée fantômes pour toucher une partie des subsides américains et où le premier président, Hamid Karzaï était au vu et au su de tous, lié au trafic de l’opium dont le pays est l’un des plus gros producteurs.

Mais cette corruption n’était que le corollaire obligé de l’occupation américaine : il fallait bien acheter d’une façon ou d’une autre des partisans de la présence occidentale ! Il est facile de comprendre pourquoi les masses afghanes ne sont pas levées pour défendre un régime bâti pour l’enrichissement d’une véritable mafia de corrompus...

Historiquement l’Afghanistan a toujours été le jouet des influences de divers pays plus puissants qui l’ont envahi à plusieurs reprises, non pas à cause de ses richesses propres – très limitées – mais à cause du risque de perturbations qu’il représentait dans la région. C’est au nom du maintien de la stabilité régionale (lire : la stabilité de la présence soviétique) que les Russes l’envahirent en 1979, comme les Anglais au siècle précédent pour protéger leur empire des Indes ; et c’est au nom de la stabilité internationale que firent de même les Américains au siècle suivant ; ces différents envahisseurs prenant prétexte ou s’appuyant sur les rivalités internes entre groupes ethniques et centres régionaux de pouvoir, le faible développement économique et social du pays n’ayant jamais permis son unification.

LE RETRAIT DE L’AFGHANISTAN SIGNE LA MUTATION DES RAPPORTS INTERIMPERIALISTES EN ASIE ET DANS LE MONDE

Ce n’est pas d’hier que l’impérialisme américain cherche à se désengager de l’Afghanistan, redoutant de connaître le sort des Russes qui avaient été saignés par une interminable guérilla (soutenue et armée par les Américains !). L’administration Obama, dont faisait partie Joe Biden, voulait déjà quitter le pays ; mais convaincue par les militaires que la victoire était à la portée de la main, elle accentua les opérations militaires, faisant passer le nombre des soldats américains de 30 000 à plus de cent mille, avant d’en réduire le nombre devant le manque de résultats de ce « surge ». Il revint au gouvernement Trump d’en tirer la conclusion en ouvrant les négociations avec les Talibans pour un retrait définitif. Le gouvernement Biden décida de respecter cet accord et de quitter rapidement le pays quelles qu’en soient les conséquences immédiates.

Les médias internationaux présentent le retrait américains comme une victoire des Russes et des Chinois, mais rien n’est moins sûr : si ces deux impérialismes chercheront à combler le vide laissé par les Américains, ils craignent surtout la « déstabilisation » provoquée par ce retrait que le gouvernement de Pékin a jugé « irresponsable » ; les Chinois redoutent l’influence dans leur pays des rebelles Ouighours combattant aux côtés du Talibans ; quant aux Russes ils ont organisé ces dernières semaines des manoeuvres militaires avec l’Ouzbékistan et le Tadjikistan à proximité de le frontière afghane : pour ces Etats frontaliers et pour le Turkménistan, vassaux de la Russie, faibles et instables, la victoire des Talibans constitue une menace sur leur sécurité intérieure.

Cependant ce retrait s’inscrit dans une mutation en cours des rapports interimpérialistes qui prépare les alignements d’un futur conflit mondial.
Les prolétaires ne doivent pas s’y tromper en effet : le retrait d’Afghanistan ne signifie pas que l’impérialisme américain va cesser ses interventions, militaires ou non, dans le monde entier ; il signifie au contraire que sachant qu’il ne peut intervenir en même temps partout, il a voulu se débarrasser d’un boulet pour avoir les mains libres ailleurs, là où les affrontements sont plus importants. Au moment où les Etats-Unis se retirent sans gloire d’Afghanistan, la vice-présidente américaine achevait une tournée en Asie au cours de laquelle elle a apporté le soutien américain contre la Chine à des pays comme le Vietnam – dont ils avaient été éjectés il y a 46 ans.

Cette coïncidence a valeur de symbole ; l’impérialisme américain même affaibli par la montée en puissance de ses rivaux, reste l’impérialisme dominant, capable de revenir après ses défaites. Les scènes de chaos à l’aéroport de Kaboul ne sont pas une débâcle ; l’impérialisme américain est et sera toujours aussi agressif, il n’hésitera pas à déclencher un nouveau conflit mondial pour défendre ses intérêts et sa domination. Si cette perspective n’est pas immédiate, elle se rapproche néanmoins, au rythme des crises économiques.

L’impérialisme américain se retire de Kaboul, mais il est toujours l’ennemi n°1 des masses et du prolétariat mondial, le pilier du capitalisme international.
Il devra être abattu par la révolution communiste des prolétaires américains et du monde entier pour que l’humanité en finisse à jamais avec les guerres.

Parti Communiste International, 30/8/2021

(1) https://www.oxfam.org/fr/decouvrir/pays/afghanistan

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