Une tribune pour les luttes

Gouverner par la peur

Article mis en ligne le mercredi 9 février 2022

Nous traversons une période très étrange : le confinement chez soi, le masque obligatoire, le pass-sanitaire, les mesures de distanciation sociales et tant d’autres obligations qui limitent nos libertés, nous privent des plaisirs qui faisaient le sel de notre vie, ont radicalement transformé nos vies sociales. ---- Le Covid est arrivé dans nos vies sans crier gare et a tout bousculé, tout chamboulé. L’impression d’être en guerre contre un ennemi invisible domine dans la population, tant et si bien que tout ce qui jusqu’à son arrivée nous préoccupait semble aujourd’hui presque insignifiant. Il est l’ennemi public numéro 1, le monstre, la terreur absolue. Alors bien sur, comme chaque fois qu’un danger menace, l’état a sorti son grand-jeu pour se présenter comme le protecteur des populations. Nous sommes en guerre et conséquence logique, le gouvernement a nommé un état-major pour définir la stratégie et mobiliser les moyens techniques et humains : un conseil de défense sanitaire pour épauler le président et le ministre de la Santé.

Puisqu’à la guerre, tout est affaire de stratégie, analysons-la. Au tout début, nous avons eu droit à ce qu’il faut bien appeler des cafouillages, des mesures approximatives, voire incohérentes, des hésitations, mais vite le gouvernement et son état-major se sont repris : confinement, mesures de distanciation sociale plus toute une série de contraintes lourdes pesant sur la population avec des sanctions fortes pour les contrevenants. En contrepartie, de ces mesures qui limitaient fortement nos libertés individuelles la promesse d’un vaccin quasi miraculeux censé éradiquer le virus. Le vaccin allait arriver et on allait voir ce qu’on allait voir. En attendant ce moment les urgences des hôpitaux ont été vite saturées et la population, effarée a découvert que le système de santé qui faisait sa fierté était en fait à bout de souffle, que les personnels étaient en nombre insuffisant, qu’ils manquaient cruellement de certains équipements parfois très simples comme de surblouses, de masques sans parler de places en réanimation, etc. En fait depuis des années, les gouvernements successifs, estimant que la santé coutait « un pognon de dingue » et soucieux de rationaliser diminuaient systématiquement les budgets de fonctionnement accordés aux hôpitaux. L’irruption brutale de la pandémie a bousculé tous les plans du gouvernement et a fait apparaître les mesures concoctées par nos dirigeants présents et passés pour ce qu’elles sont en réalité : un pur délire d’idéologues libéraux faisant passer le respect des équilibres budgétaires avant la santé des populations. Et c’est aussi pour masquer cette vérité, pour détourner les regards des populations que le vaccin a été présenté comme une arme définitive contre le virus, la seule à en croire nos gouvernants capable d’en venir à bout. L’attente du vaccin n’était donc qu’un mauvais moment à passer et pour aider et encourager les personnels hospitaliers épuisés et éviter l’effondrement du système de santé, le gouvernement a accordé quelques primes et organisé des séances d’applaudissements aux balcons.

Pendant ce temps le virus, ravageait les EHPAD, tuait les personnes les plus fragiles, mutait et vague après vague menaçait l’équilibre de la société. Enfin les vaccins sont arrivés. Au début bien sur, ce fut un peu difficile, tout le monde en voulait ; mais les problèmes d’approvisionnement ont été résolus, des vaccinodromes ont été ouverts et la population s’est, malgré les incertitudes liées au caractère révolutionnaire de ces technologies, vaccinée massivement. Contrairement à toutes les attentes, le virus a continué son bonhomme de chemin comme si de rien n’était. Les scientifiques nous avaient promis que dès qu’une proportion suffisante de la population serait vaccinée, l’épidémie allait s’éteindre ...

Espoir déçu, le virus s’adapte, mute, lance de nouvelles vagues et les gouvernements fidèles à leur stratégie initiale vaccinent à tout va... Pour le plus grand bonheur des fabricants de vaccin. Pendant ce temps les hôpitaux sont débordés et les soignants exténués. C’est que malgré le covid, le gouvernement n’a pas fait évoluer d’un pouce sa politique hospitalière. Puisque le vaccin allait permettre d’éradiquer la maladie, on a continué de fermer des lits, (17600 lits d’hôpitaux fermés depuis 4 ans) des services, à rogner les budgets. Manque de chance, ce virus dont on pourrait dire si la situation n’était pas si tragique qu’il est farceur il a refusé d’obéir aux injonctions gouvernementales et continue de galoper. Du coup, le gouvernement nous explique que c’est la faute aux quelques pour cent de la population qui refusent pour des raisons variées de se vacciner, de porter le masque ou de respecter les gestes barrières, etc.

En résumé, c’est la faute aux mauvais citoyens que le gouvernement montre du doigt et voue à la vindicte générale. Bien entendu, le gouvernement ne nous dit pas que probablement nombre de décès auraient pu être évités s’il y avait eu plus de places en réanimation, plus de soignants au chevet des malades, en bref si un peu plus de moyens avaient été consacrés aux hôpitaux. En recourant à la très ancienne stratégie du bouc émissaire qui consiste à montrer du doigt un supposé responsable des malheurs survenus et à détourner la colère publique, l’état montre sa vraie nature : celle d’une institution sans morale, incapable de reconnaître ses erreurs, n’hésitant pas si nécessaire à enfreindre ses propres lois et en vérité indifférente au bien-être des populations. C’est un des principes de la médecine que toute personne a le droit de refuser les soins médicaux et qu’aucun médecin ne peut soigner un patient sans son consentement. Notre corps nous appartient et nous sommes libres de nous soigner comme, et si nous le voulons.

Cette liberté est fondamentale et elle est la mère de toutes les libertés. L’argument utilisé par le gouvernement selon lequel il faut« se vacciner pour protéger les autres » est largement discutable puisque les personnes vaccinées peuvent transmettre le covid. En fait si une grande partie de la population vit dans la crainte depuis le début de la pandémie, l’état instrumentalise cette peur à son profit pour diminuer encore les libertés individuelles et étendre son emprise sur la société. Le renforcement des moyens de contrôle et de surveillance et l’empilement d’obligations associées à des sanctions sous prétexte de nous protéger (du covid ou de nous-même ?) nous donne un avant-gout de la société que nous préparent ces technocrates, apprentis dictateurs. Au nom de notre « bien être » et de notre « salut », ils rêvent d’une société d’où tout risque serait exclu, c’est-à-dire une société où les individus n’auraient que la liberté d’être de parfaits citoyens (selon leur définition). Cette société est clairement totalitaire.

Vaccinés ou non-vaccinés, nous devons ensemble nous opposer à ce projet.

P.-S.

Article du journal "Anarchosyndicalisme !" n175

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1 Message

  • Le 9 février à 12:50, par Philippe

    Puisqu’analyse il y a dans ce communiqué, nous vous proposons de jeter un oeil à ce texte parvenu de Grèce où le débat déchire le milieu révolutionnaire, anarchiste en particulier.
    "La réalité du déni et le déni de la réalité"
    Le texte est largement discutable et il l’est d’ailleurs pas mal dans les commentaires qui l’accompagnent.
    http://dndf.org/?p=19913

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