Une tribune pour les luttes

Retour sur la Grande Maraude du 12 Mars

Article mis en ligne le jeudi 14 avril 2022

Samedi 12 mars 2022 a eu lieu la Grande Maraude Solidaire. Cet événement, organisé par l’association Tous Migrants et soutenu par plusieurs autres associations locales et nationales* se déroule chaque année. Mis en place en parallèle des actions quotidiennes menées par les maraudeur.euses,

C’est un temps fort visant à dénoncer la situation à la frontière franco-italienne : militarisation de la frontière, criminalisation des solidaires, mise en danger des personnes traversant la frontière, enfermement et refoulement des exilé.es, non respect des droits humains à la frontière.

Cette année, la Grande Maraude a rassemblé plus de 300 personnes venues de divers horizons : milieu associatif citoyen, habitant.es de la vallée, maraudeur.euses, militant.es luttant contre le non respect des droits humains à nos frontières de Calais à Bayonne. Face à cela, et comme à leur habitude lorsqu’il s’agit de "sécuriser la frontière", la préfecture et le procureur des Hautes-Alpes ont déployé un dispositif policier massif le jour de la manifestation. Une fois de plus les pouvoirs publiques ont choisi de mettre en relief le racisme structurel qui existe à Montgenèvre depuis plus de 5 ans.

Voici le récit d’une soirée placée sous le signe de la solidarité et de la répression.

Comme prévu, le rassemblement des manifestant.e.s a lieu en fin d’après-midi, à l’Obélisque du village de Montgenèvre, situé à 500 mètres du poste de contrôle de la police aux frontières. La marche collective, accompagnée d’une fanfare et de banderoles, débute sereinement, en direction des locaux de la Police Aux Frontières où des représentants des différentes associations doivent effectuer les prises de paroles prévues : dénonciation des multiples manquements aux respects des droits humains à la frontière, salutation de l’action des solidaires.... Alors que celles-ci avaient cours devant une PAF bien présente, nous apprenons que plusieurs personnes en situation d’exil se font simultanément interpeller à quelques dizaines de mètres de la mobilisation.

Dans le but de s’assurer de l’état de santé de ces personnes, parmi lesquelles se trouvait une femme enceinte de 7 mois, de leur proposer une assistance médicale et d’éviter qu’elles ne soient reconduites en Italie, une partie des manifestant.e.s se dirige spontanément vers le lieu d’interpellation. Malgré la tension générée par la situation et par le nombre important de gendarmes, tout cela se déroule dans le calme et la non-violence.

Les personnes arrêtées sortent du véhicule de la police aux frontières, les manifestant.e.s venu.e.s à leur aide s’assurent qu’elles vont bien et leur explique la situation. Un groupe, avec en son centre les personnes exilées, se met alors en route tranquillement vers le centre du village.
La gendarmerie laisse entendre qu’elle n’interviendra pas et restera à distance, en position d’observation. Les manifestant.e.s restent néanmoins vigilant.e.s, car nous sommes tous conscient.e.s des chasses à l’homme qui ont lieu chaque soir dans nos montagnes et des intimidations quotidiennes envers les personnes exilées et envers les maraudeur.euses.
Les personnes exilées sont mises à l’abri dans le véhicule de Médecins du Monde et nous choisissons de former un convoi de voitures jusqu’à Briançon pour continuer à les protéger et s’opposer à de potentielles interpellations. Fort des expériences en maraudes, nous savons que trop bien que des extractions de personnes des véhicules sont pratiquées par les forces de l’ordre, et ceci, même face à des personnes en situation de vulnérabilité ou contre l’autorité médicale et la nécessité de mise à l’abri.

A la sortie de Montgenèvre les forces de l’ordre font remonter la pression en mettant en place un important barrage pour empêcher les véhicules de redescendre sur Briançon. Les gendarmes prétexte un contrôle routier classique, en arrêtant tout de même une vingtaine de voiture en même temps. Nous redoutions leur volonté d’interpeller les personnes exilées présentent dans la voiture de Médecins du Monde. Face à cela une décision collective est prise : soit tout le convoi de voiture repart ensemble, soit nous restons là. Nous ne souhaitions en aucun cas repartir au compte-goutte. Les gendarmes nous menacent alors d’amendes diverses et variées (refus d’obtempérer, obstruction à la circulation...). Lorsque les manifestant.e.s, resté.e.s dans le centre de Montgenèvre pour le repas, apprennent la nouvelle, des dizaines de personnes rejoignent le convoi à pied. Après trente minutes de négociation le chef de la gendarmerie locale décide de laisser le convoi de voitures descendre à Briançon.
Les personnes présentes retournent alors partager un repas dans le centre du village.

Puis vient le temps d’organiser des petits groupes pour partir en maraude dans Montgenèvre. Quatre groupes composés d’une vingtaine de personnes se mettent en place, des maraudeur.euses expérimenté.es les encadrant, leur expliquant l’objet de la démarche et restant attentifs aux questions des participants.

Un des groupes rencontre dans la montagne des personnes exilées et la décision est prise collectivement, de nouveau, de les redescendre en convoi jusqu’à Briançon. La voiture de Médecins du Monde est appelée pour venir chercher les personnes, un groupe humain se déplace autour de la voiture de Médecins du Monde au regard des véhicules des gendarmes qui suivaient déjà au préalable la voiture de l’ONG et un convoi plus large se met en place. La descente commence alors sans encombre, jusqu’au village de la Vachette, où nous attende quelques trentaines de gendarmes. Une cinquantaine de voitures sont alors à l’arrêt sur la nationale reliant Montgenèvre à Briançon. Une fois de plus les gendarmes mobiles veulent contrôler les véhicules (contrôle de tous les passagers et fouille des voitures). L’ambiance est clairement à l’intimidation : dispositif impressionnant, torche en direction des yeux, menaces d’amendes multiples. Nous refusons collectivement les contrôles. Probablement vexé par leur échec de coup de pression, les gendarmes relèvent les plaques d’immatriculation de toutes les voitures et commencent à tourner dans le hameau de la Vachette éclairant les ruelles et recoins dans une ambiance de chasse à l’homme. Après l’arrivée de leur chef et après de longues négociations, nous arrivons finalement à reprendre la route jusqu’à Briançon après contrôle des permis de conduire et cartes grises de tous les conducteurs.trices.

Une fois de plus tout se déroule dans le calme et la non-violence, malgré la pression mise par les forces de l’ordre et les personnes exilées sont mise à l’abri au Refuge Solidaire.

Les solidaires présents à cette soirée s’indignent face au traitement médiatique qui a été réservé à cette soirée par les médias locaux qui :

confondent frontière et poste frontière, le véhicule avec les personnes exilées interpellées se trouvant bien côté français
oublient d’intégrer dans le contexte les revendications portées depuis 5 ans par les solidaires et les associations
discréditent les actions solidaires en laissant penser que le problème à la frontière pourrait être lié là nos actions et non à des politiques migratoires répressives, préjudiciables et meurtrières
n’ont aucune honte à divulguer des mensonges et déformer les faits dans le but de faire du sensationnel

Cependant, nous nous rejoignons sur un point : l’absurdité de la situation, une absurdité qui dure et qui s’enlise avec une frontière renforcée, des chasses à l’homme et des refoulements quotidiens.

P.-S.

Des personnes présentent ce soir là.
Pris sur Vallées en luttes

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