Une tribune pour les luttes

Des nouvelles de la famille Zedal

La vie chamboulée de Fahd, brillant élève de CE1, dont le père a été expulsé

Reportage d’Isabelle WESSELINGH

Article mis en ligne le mardi 5 décembre 2006

MARSEILLE, 2 déc 2006 -

"Il me manque" : Fahd, sept ans, élève
de CE1 dans une école de Marseille a du mal à parler de son père,
expulsé vers l’Algérie après cinq ans de vie en France, mais il se force
à "ne pas pleurer" avec l’intime conviction que "papa va revenir".

Bouille ronde et cheveux bruns coupés courts, Fahd est l’un des 300
élèves de primaire du groupe scolaire Oddo-Madrague ville, dans le 15e
arrondissement, près du port de commerce. "Un élève brillant, qui a eu
d’excellents résultats" depuis son entrée en CP, explique-t-on à l’école.

Le 25 novembre, le monde de Fahd, de sa mère Nacera (33 ans) et de
son petit frère Azid (16 mois) a basculé : son père, Samir Zedal, un
Algérien de 33 ans arrivé en France en 2001 a été renvoyé par bateau
vers Alger.
Il s’agit du premier père d’enfant scolarisé expulsé de Marseille
depuis la fin de la période de régularisation partielle initiée par la
circulaire du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, selon le Réseau
Education Sans Frontières (RESF).

Les Zedal avaient déposé une demande de régularisation, mais elle a
été rejetée. Interrogée par l’AFP, la préfecture des Bouches-du-Rhône a
refusé d’indiquer les critères de ce rejet.

"Je voulais pas pleurer samedi parce que j’ai pleuré la dernière fois
(lorsque son père a été arrêté pour l’absence de papiers, ndlr). Je veux
pas pleurer parce que je sais qu’il va revenir", confie Fahd, assis sur
un canapé de la petite pièce, qui sert à la fois de chambre à coucher et
de salon à la famille Zedal. Dans la journée, les matelas sont mis à la
verticale contre les murs pour libérer l’espace.

Le père de Fahd, qui vivait de petits boulots, a été arrêté à
Marseille lors d’un contrôle d’identité le 7 novembre, raconte sa femme.
Sans papiers, il a fait l’objet d’un arrté de reconduite à la frontière.
Placé au centre de rétention, il a été expulsé le 25 novembre au
petit matin.

"Je n’ai même pas pu aller le voir car je n’ai pas de papiers non
plus", dit son épouse dans un très bon français. La mère de M. Zedal
habite en France depuis 35 ans, ainsi que ses trois demi-soeurs. Quand
son père et sa grand-mère, ses deux derniers parents directs en Algérie
sont morts, il a voulu rejoindre les siens en France, selon sa femme.

Fahd a vu son père pour la dernière fois au tribunal. "On ne devait
pas lui parler, mais je lui ai parlé quand-même, très doucement",
raconte le garçon qui a encore une jambe dans le plâtre après avoir été
renversé par un scooter. Son maître lui donne des cours à la maison
jusqu’à son retour en classe début décembre.

A son école, les parents d’élèves se sont mobilisés pour aider la
famille. Une quête a été organisée. Jeudi, une banderole a été accrochée
sur le mur extérieur, pour affirmer "la solidarité" avec les Zedal.
"Tout le monde est très choqué", explique une des institutrices,
Sylvie Merlin. D’autant qu’un autre parent est menacé d’expulsion.

Timidement, Nacera explique : "Vous savez, nous les adultes, on sait
que ça peut arriver d’être arrêté parce qu’on n’a pas de papiers et que
la loi est comme cela... mais pour un enfant, comment comprendre que
c’est légal de le séparer de son père, que pour le retrouver il faudrait
qu’il quitte son école et son pays ?".

M. Zedal avait un rendez-vous le 12 décembre à l’hôpital, à
Marseille, pour se faire enlever des broches à la suite d’un accident.
Sa famille veut encore croire qu’il pourra y aller.

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