Une tribune pour les luttes

Venezuela : contre l’interventionnisme des Etats-Unis, défendons la Révolution Bolivarienne

par Bernard Cassen

Article mis en ligne le mardi 9 mars 2004

Aujourd’hui, les Etats-Unis de George W. Bush mènent une campagne de déstabilisation contre un pays démocratique, le Venezuela, et contre un gouvernement progressiste, le gouvernement bolivarien du Président Hugo Chavez.

Dans ce qui est un retour aux méthodes les plus grossières des périodes Nixon ou Reagan, l’administration Bush s’efforce d’étouffer la seule expérience politique qui, dans la région, cherche un modèle de développement qui tourne le dos à la globalisation néolibérale en faisant le pari de donner du pouvoir à ceux qui en ont été les principales victimes : les pauvres.

Car en Amérique latine, encore plus qu’ailleurs, l’administration Bush ne laisse guère le choix aux gouvernements et aux peuples : ils seront vassaux, ou ils seront ennemis. Dans ces conditions, la prétention du gouvernement bolivarien de mettre en cause le modèle néolibéral en mettant à bas les mécanismes de ségrégation politique et sociale qui sont ses conditions de réalisation est perçue, depuis la Maison-Blanche, comme un véritable affront.

Le gouvernement vénézuélien a eu l’insolence de s’attaquer frontalement aux conséquences sociales et économiques désastreuses de l’application des programmes d’ajustement structurel au cours des deux dernières décennies. Il a osé arrêter les privatisations, redistribuer des terres aux coopératives paysannes, ouvrir le crédit aux petites entreprises, réhabiliter et construire des écoles publiques, généraliser l’assistance médicale gratuite, alphabétiser les exclus et ouvrir à tous les portes de l’éducation supérieure. Défi ultime et intolérable, il a décidé de mettre la richesse pétrolière au service du pays en en investissant les dividendes sur son territoire, créant des infrastructures et ouvrant de nouveaux programmes sociaux.

Mais ce faisant, le gouvernement vénézuélien a également ouvert les canaux de participation politique, démocratisé les institutions, créé les conditions légales pour l’exercice d’une liberté d’expression et de pensée pleine et entière. Et c’est justement parce que le Venezuela est une démocratie que ses pires ennemis disposent de tous les moyens pour la combattre. Après avoir subi une tentative de coup d’état avortée en avril 2002 et de sabotage de l’industrie pétrolière à l’hiver 2002-2003, toutes encouragées et promues par Washington, le gouvernement du Président Chávez n’a pas fait un seul prisonnier politique, un seul prisonnier de conscience.

Quelle dictature tolérerait que des généraux félons soient libres de manifester en uniforme et d’appeler à l’insurrection au grand jour ? Quel régime tyrannique permettrait que les grands médias appellent, depuis maintenant deux ans, quotidiennement au renversement du gouvernement ? Quel " homme fort " permettrait que les organisations d’opposition reçoivent des financements des Etats-Unis pour promouvoir un référendum révocatoire contre son mandat, référendum qu’il a lui-même permis d’introduire dans la nouvelle Constitution ? A-t-on oublié que, il y a encore dix ans, des pages entières des journaux vénézuéliens pouvaient être censurées par le Ministère de l’Intérieur ? Se souvient-on que les " démocrates " qui combattent Chavez avec l’appui de Washington ont massacré des milliers de civils en réprimant les grandes émeutes de la faim de 1989 ?

Nous en avons assez des affirmations irresponsables et des mensonges caractérisés relayés par tous ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change en Amérique latine. Nous ne nous laisserons pas manipuler par une administration américaine qui a érigé le mensonge d’Etat en mode de gouvernement, la violation du droit international en doctrine diplomatique, et l’ingérence et l’usage de la violence comme arme de domination.

Nous en appelons donc à tous les démocrates, femmes et hommes de progrès, pour exiger que cesse la stratégie de déstabilisation des Etats-Unis au Venezuela. En défendant la Révolution Bolivarienne et le gouvernement du Président Hugo Chavez, nous défendons la démocratie et la justice sociale.

Paris, le 5 mars 2004

Bernard Cassen est journaliste et directeur général du "Monde diplomatique". 1, avenue Stephen Pichon, 75013 Paris. Tél. : 01 53 94 96 06.- Fax : 01 53 94 96 26. Bernard Cassen est également professeur émérite à l’Institut d’études européennes de l’université Paris 8.

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