Une tribune pour les luttes

Artisans du Monde, ATTAC, la Confédération paysanne, Peuples Solidaires / ActionAid.

Appel au G20 : ne jouez pas avec notre nourriture !

+ Nouvel appel urgent de Peuples Solidaires
+ Famine : un rapport de la FAO de juillet 2011 pointe les biocarburants et la surexploitation des sols
+ Mauritanie : halte à la confiscation des terres !
+ Malgré la famine endémique, le gouvernement éthiopien cède des terres agricoles à des compagnies étrangères pour produire des agro-carburants.
+ L’Afrique n’a pas fini d’avoir faim. Catherine Morand

Article mis en ligne le mercredi 3 août 2011

Nouvel Appel Urgent de Peuples Solidaires

http://www.peuples-solidaires.org/appel-urgent_mauritanie/

Mauritanie : halte à la confiscation des terres !

Le 13 juin dernier, la préfecture de Boghé, dans le Sud de la Mauritanie, a annoncé aux habitant-e-s de la région qu’ils avaient 60 jours pour prouver leur propriété sur leurs propres terres. Le gouvernement souhaite en effet "mettre à disposition" 40 000 hectares de terres cultivables en faveur d’une entreprise étrangère. Des dizaines de milliers de personnes vivent sur ces terres où elles cultivent leur nourriture et font paître leurs troupeaux. Elles craignent d’en être expulsées sans la moindre compensation.

Aidez-nous à soutenir les populations de la région de Boghé !

Agissez maintenant !

http://www.peuples-solidaires.org/appel-urgent_mauritanie/

S’il aboutit, le projet de l’Etat mauritanien et de l’entreprise saoudienne entraînera donc l’expulsion forcée de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Avec le soutien du CSSA, les populations organisent donc, pendant tout le mois de juillet, des assemblées et des manifestations dans leur région ainsi qu’à Nouakchott, la capitale du pays.

Elles demandent au gouvernement mauritanien d’abandonner ce projet d’accaparement des terres.

Agissez maintenant pour soutenir leurs revendications !

SIGNEZ CET APPEL URGENT

http://www.peuples-solidaires.org/je-signe/?appel=9488

Message de protestation au gouvernement Mauritanien (adressé au ministre des Finances et au ministre du Développement Rural et de l’environnement) :

Non à l’accaparement de terres

Monsieur le Ministre,

J’ai été informé-e par le Comité de Suivi de la Sécurité Alimentaire (CSSA) et Peuples Solidaires du projet de mise à disposition de 40 000 hectares de terres dans la Moughataa de Boghé par l’Etat Mauritanien, au bénéfice de la Société Tabouk Eziraiya – Groupe Errajihi.

Je suis extrêmement préoccupé-e par ce projet, qui est mené sans consultation des communautés présentes sur ces terres comme le prévoient pourtant la Constitution et la loi mauritaniennes.

Je vous demande donc de faire en sorte que :
- les procédures de domanialité dans la Moughataa de Boghé soient abandonnées ;
- les droits de propriété sur les terrains de cultures de cette région soient reconnus par l’Etat ;
- les dispositions relatives à la non attribution des concessions rurales dans des zones à haute intensité pastorale prévues par le décret N° 2010/080 du 31 mars 2010 soient respectées ;
- des études d’impact social et environnemental soient effectuées avant toute prise de décision sur l’utilisation des terres de cette région, prenant en compte l’avis des populations et des autorités locales concernées ;
- le consentement préalable, libre et éclairé des populations et leur implication dans la prise des décisions concernant la mise en valeur de leurs terres soient assurés.

Je resterai attentif-ve à vos actions à ce sujet.

— -

Message de solidarité aux populations de Boghé :

Chers-chères ami-e-s du Comité de Suivi de la Sécurité Alimentaire,

J’ai été informé-e par Peuples Solidaires du du projet de mise à disposition de 40 000 hectares de terres dans la Moughataa de Boghé par l’Etat Mauritanien, au bénéfice de la Société Tabouk Eziraiya – Groupe Errajihi.

Je suis solidaire de votre mobilisation contre ce projet mené sans consultation des communautés.

J’ai donc écrit au ministre des Finances et au ministre du Développement Rural et de l’environnement mauritaniens pour leur demander de répondre à vos demandes.

Solidairement

http://www.peuples-solidaires.org/je-signe/?appel=9488


Pour ceux et celles qui ne l’ont pas encore signé :


Appel au G20 : ne jouez pas avec notre nourriture !

http://www.peuples-solidaires.org/petition-g8-g20/

Réduire la faim dans le monde et renforcer l’agriculture paysanne et familiale supposent des réformes profondes en matière agricole, remettant radicalement en cause les politiques de libéralisation des marchés, comme celle de l’Union européenne avec la Politique Agricole Commune (PAC). Ces politiques ont provoqué spéculation, dumping social, dégradation de l’environnement et des conditions de vie des paysans et des paysannes au Nord et au Sud.

Ainsi, à l’heure où la France assure la présidence du G20, nous appelons le Président de la République et le Ministre de l’Agriculture à favoriser des politiques, des modes de production et de consommation durables et équitables qui permettent aux Etats d’assurer leur souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation de leur population. Ces politiques doivent :

* soutenir et protéger l’agriculture paysanne et familiale respectueuse de l’environnement, en Europe et dans les pays du Sud

* prendre en compte les besoins spécifiques des paysannes, nombreuses dans les pays du Sud

* rétablir des mécanismes publics de stockage, de stabilisation des prix et de maîtrise de l’offre aux niveaux national et régional, favorisant les exploitations paysannes et familiales et garantissant un revenu stable aux agriculteurs et des prix raisonnables aux consommateurs

* s’attaquer à la spéculation sur les produits agricoles

* arrêter les accaparements de terre et le soutien massif aux agrocarburants

* renforcer, réformer et démocratiser les Nations unies, afin qu’elles deviennent l’instance principale de décision de ces régulations mondiales, fondées sur la souveraineté alimentaire, la coopération et la solidarité.

Artisans du Monde, ATTAC, la Confédération paysanne, Peuples Solidaires / ActionAid.

Avec le soutien de :

AITEC, Amis de la Terre, Campagne ‘Mondialisons nos Solidarités », CCFD – Terre Solidaire, Comité français pour la solidarité internationale (CFSI), CRID, Eau Vive, Élevages Sans Frontières, Fédération Syndicale Unitaire (FSU), Frères des Hommes, GRET, Ingénieurs Sans Frontières, Marche Mondiale des Femmes France, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), Oxfam France, Réseau Foi et Justice Afrique Europe, Réseau International URGENCI, Ritimo, Solidarité, SOS Faim, Terre des Hommes France, Union syndicale Solidaires.

à signer sur
http://www.peuples-solidaires.org/petition-g8-g20/


Famine : la FAO pointe les biocarburants et la surexploitation des sols

http://www.lemonde.fr/planete/artic...

(...)

Au-delà du cas somalien, un rapport de la FAO publié en juillet (PDF) montre que les prix alimentaires tendent globalement à être de plus en plus élevés et instables depuis une dizaine d’années. Ils fluctuent actuellement à un niveau deux fois plus élevé que dans les années 1990-2005. Cette courbe ascendante vient aggraver la situation en cas de pic des prix, comme ce fut le cas en 2008 lorsque des émeutes de la faim ont éclaté dans plusieurs pays, de l’Afrique à Haïti. Le second pic, entamé mi-2010, n’est toujours pas terminé, souligne ce rapport. L’indice des prix des céréales a ainsi augmenté de 57 % entre juin et décembre 2010.

UNE DEMANDE CROISSANTE, PORTÉE PAR LES AGROCARBURANTS

De multiples facteurs permettent d’expliquer ces hausses : fermeture des exportations en temps de crise, spéculation, diminution et distribution inégale des stocks alimentaires – la Chine contrôle, depuis les années 1990, 75 % des stocks mondiaux de maïs, 50 % du blé et 78 % du riz – mais aussi déclin des investissements et des dépenses publiques dans l’agriculture depuis les années 1980. Mais au-delà de ce faisceau, la FAO met en cause des phénomènes à plus long terme.

L’organisation pointe ainsi la demande toujours grandissante en denrées agricoles. "Ce n’est pas qu’il n’y a pas assez de ressources pour satisfaire les besoins des hommes. Par contre, il n’y en a pas assez pour répondre à leur demande", résume le rapport. La demande en matière d’alimentation, considérée comme peu flexible, s’est encore accélérée entre les années 1990 et 2000, boostée par la hausse des revenus et l’urbanisation, notamment dans les pays émergents. Conséquence : une modification des habitudes alimentaires vers plus de sucre, plus d’huile et plus de viande. Ainsi, en Chine, la consommation de lait a décuplé et celle de viande a quadruplé depuis les années 1960. Pourtant, à un niveau global, la consommation de céréales n’a augmenté que de 1,8 % depuis les années 1980.

C’est donc du côté des agrocarburants que se trouve la cause principale de la hausse de la demande. L’industrie des agrocarburants, basée dans les pays émergents comme dans les pays développés, absorbe 40 % du maïs produit aux Etats-Unis et les deux tiers des huiles végétales de l’UE. Ce développement spectaculaire a été rendu possible, souligne la FAO, par un soutien public massif sous formes de subventions, d’exonération de taxes et d’obligations d’achat, estimé à 5,6 milliards d’euros en Europe et aux Etats-Unis. En parallèle, le soutien à tous les autres secteurs agricoles s’amenuisait.

Ce qui amène la FAO à conclure que " l’actuel emballement de la demande mondiale n’est pas la conséquence du développement économique mondial, mais le résultat d’une politique publique menée par les Etats-Unis et les gouvernements de l’UE, le résultat d’un choix politique clair et réversible."

(...)

Car les variétés améliorées des produits alimentaires de base ont un rendement à peine équivalent à celles conçues il y a trente ans, les innovations ayant seulement servi à contrer les nouveaux parasites et maladies, de plus en plus résistants. Les ressources bon marché sur lesquelles repose cette agriculture – phosphate pour les engrais, pétrole et eau – se raréfient. Quant à la terre, 10 millions d’hectares sont détruits chaque année par la surexploitation des sols. De 10 à 15 % des terres irriguées sont touchées par la salinisation (accumulation de sels dans les sols), à cause du surplus d’eau.

Côté pollution, l’impact global de la contamination par l’azote – fortement suspectée par ailleurs dans la prolifération des algues vertes – coûterait de 70 à 320 milliards d’euros par an, soit plus du double des bénéfices monétaires issus de l’agriculture. Enfin, l’agriculture est l’une des premières causes d’émissions de gaz à effet de serre, contribuant davantage au réchauffement climatique que les transports. Après avoir remis en question les fondements de la demande croissante en denrées agricoles, la FAO pose donc la question des limites de l’offre. En tout cas, les deux parties du marché agricole ont, semble-t-il, de plus en plus de mal à se rejoindre.

Angela Bolis


Avec les liens :
http://www.survivalfrance.org/actu/7522

L’Ethiopie cède des terres agricoles à des compagnies étrangères en pleine période de famine 25 Juillet

Une enquête de Survival International a apporté des preuves alarmantes selon lesquelles les tribus indigènes sont spoliées de leurs terres agricoles les plus productives pour être allouées à des compagnies étrangères qui y pratiqueront une agriculture intensive d’exportation – alors que des milliers de personnes souffrent de la famine en cette grave période de sécheresse qui affecte le sud de l’Ethiopie.

Des grandes étendues de terres fertiles de la vallée de l’Omo, au sud-ouest de l’Ethiopie, ont été cédées à des compagnies malaisiennes, italiennes et coréennes, ou sont directement gérées par l’Etat, pour y pratiquer une agriculture d’exportation, alors que les 90 000 autochtones qui vivent dans la région dépendent étroitement de leur terre pour leur survie.

Le gouvernement projette d’étendre à 245 000 hectares la superficie des terres qu’il destine principalement à la culture de la canne à sucre.

Des millions de personnes endurent la famine en cette période de sécheresse, la plus rude que connaît cette région depuis ces soixante dernières années. Les tribus de la vallée de l’Omo sont pour le moment relativement à l’abri. Mais le gouvernement les considère comme des ‘arriérés’ et est déterminé à les ‘moderniser’. Il veut que, de fermiers auto-suffisants, éleveurs et chasseurs, ils se convertissent en ouvriers agricoles dans les plantations. Cependant ils pourraient tout simplement être expulsés de leurs terres.

Une partie du projet gouvernemental implique la construction d’une série de barrages le long de la rivière Omo, dont celui de Gibe III qui deviendra le plus grand barrage du continent africain. La construction de centaines de kilomètres de canaux d’irrigation suivra celle du barrage, détournant les eaux indispensables à la survie des tribus qui ne pourront plus compter sur les crues annuelles pour cultiver.

Les populations locales, qui n’ont jamais été consultées, ont été réduites au silence avec l’interdiction de s’adresser aux étrangers ou aux journalistes. Un visiteur qui s’est récemment rendu dans la région à révélé à Survival que le gouvernement et ses forces policières répriment, emprisonnent, torturent les autochtones et violent leurs femmes pour déjouer toute opposition à la spoliation de leurs terres. Un membre d’une tribu lui a déclaré : ‘Notre peuple vit désormais dans la peur – il craint le gouvernement. S’il vous plaît, venez au secours des peuples pastoraux du sud de l’Ethiopie, ils vivent sous une terrible menace’.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Les tribus de la vallée de l’Omo ne sont pas ‘arriérées’ et n’ont pas besoin d’être ‘modernisées’ – elles sont tout autant dans le XXIe siècle que les multinationales qui cherchent à s’approprier leur terre. Le tragique de cette affaire est qu’en les forçant à devenir des ouvriers agricoles, leur qualité de vie sera réduite à néant et ils seront condamnés à la famine et à l’exclusion, comme bon nombre de leurs concitoyens’.



La famine en Afrique, encore !

Catherine Morand

29 juillet 2011

EST-CE BIEN RAISONNABLE ?

Et c’est reparti : des images d’enfants squelettiques, des vieillards filiformes, prêts à rendre l’âme, des images quasiment bibliques, qui renforcent un sentiment de fatalité, de malédiction. L’Afrique serait-elle maudite pour donner à voir, aussi régulièrement, des drames aussi épouvantables ? A partir de là, on remercie les
dieux d’être nés du bon côté. Ou alors, on se dit que non, ces hordes de miséreux affamés ne sortent pas de nulle part, qu’il doit bien il y avoir des explications à tout cela, et pas seulement d’ordre climatique.

Certes, en Somalie, des chefs de guerre, soutenus par toutes sortes d’intérêts, s’affrontent depuis des lustres ; un gouvernement islamiste, qui avait tenté de mettre de l’ordre fin 2006, avait même eu l’honneur de bombardements de la part des Américains, qui voyaient derrière celui-ci la main d’Al-Qaïda. La Somalie, toute déglinguée qu’elle est, n’échappe pas à la géostratégie mondiale, à la « lutte contre le terrorisme ».

Et pas non plus au FMI et à la Banque mondiale dont le programme de réformes imposées au début des années 1980 pour cause d’endettement avait
largement contribué à désintégrer l’Etat, tout comme la paysannerie locale, aussitôt submergée par les surplus agricoles des pays occidentaux, ainsi que l’élevage, puisque les services vétérinaires fournis par l’Etat furent démantelés et privatisés.

Pourquoi revenir sur ces histoires anciennes ? Hé bien parce que cela a des conséquences jusqu’à aujourd’hui, y compris au niveau de la structure de l’Etat. Le « moins d’Etat » néolibéral s’est soldé par un Etat croupion dans de nombreux pays, la Somalie incarnant le rêve absolu d’une certaine idéologie puisqu’il n’y a plus d’Etat du tout. Aujourd’hui, ce pays martyr a l’honneur de figurer dans la catégorie des Etats « faillis », suite logique de la qualification d’ « Etat fragile », très en vogue.

Jusqu’à la fin des années 1970, il existait une véritable volonté politique de la part des Etats africains – et d’ailleurs – de parvenir à l’autosuffisance alimentaire. Des moyens financiers étaient dégagés pour le secteur agricole et l’élevage, qui occupent jusqu’à 80% de la population. Mais les programmes d’ajustement structurels du FMI et de la Banque mondiale, au nom du libre-échange et du marché tout-puissant, ont exigé la suppression de la totalité des appuis à leur propre agriculture mis en place par ces Etats.
Les paysans et les éleveurs africains ont alors été asphyxiés, ruinés, déstructurés par la concurrence déloyale de produits agricoles et d’élevages issus des agricultures largement subventionnées des pays européens et américains, qui bradent leurs surplus à des « prix cassés » et inondent les marchés des capitales comme des villages les plus reculés. Résultat des courses : des paysans qui ne peuvent plus vivre du produit de leur travail quittent leur terre, ou s’en font chasser manu militari par leurs édiles, qui la bradent au plus offrant.

Ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’accaparement des terres est le stade ultime de cette évolution : des millions d’hectares de terre africaine sont achetés, loués, par des pays ou des firmes étrangères pour y cultiver du riz qui sera rapatrié en Chine, de la canne à sucre ou du palmier à huile qui seront transformés en agrocarburants. Dans l’Ethiopie d’aujourd’hui, frappée elle aussi par la famine, des millions d’hectares fertiles servent précisément à cultiver des agrocarburants.

Après avoir interdit aux Etats africains de soutenir leur propre agriculture, après que la Banque mondiale, en 2008, ait fait son mea culpa en reconnaissant qu’elle s’était trompée – un comble ! –, on est désormais assourdi par des appels au secteur privé pour investir dans l’agriculture en Afrique. Non pas pour soutenir les paysans et les éleveurs locaux, non, non, je vous rassure tout de suite ; mais bel et bien pour ouvrir toutes grandes les portes du continent à l’agrobusiness, aux agrocarburants et aux OGM. L’Afrique n’a pas fini d’avoir faim.

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