Une tribune pour les luttes

TRIBUNE LIBRE

Laurent Baudry (Païdos)

Article mis en ligne le vendredi 1er octobre 2004

Dans le numéro 205, du 29 septembre 2004, de "Marseille l’Hebdo" une enquête sur "les Librairies au banc d’essai" est parue.

Ce "banc d’essai" nous propose d’explorer la qualité de "librairies générales" et de les classer par coup de cœur (de 1 à 3 cœurs) selon certains critères :
Accueil, ambiance
Visibilité des nouveautés
Références
Vendeurs (donc pas de femmes !)
Animations
Services annexes
Note d’ensemble

Classement :

N° 1 : LES DIEUX (DE L’OLYMPE ?) : Virgin : Tout est superbe, de l’accueil (où l’on apprend que c’est quand même à vous de "solliciter les vendeurs") aux nouveautés (où l’on ne peut "louper" les 400 nouveautés mensuelles !), les références où l’on apprend qu’il y en a 45 000... mais qu’en vrai ne sont présentes que 10 000 !!! (Seule "librairie" ou cette différence est introduite entre un stock virtuel et un stock réel !!!), que les vendeurs sont 11 et sont tous diplômés, qu’ils animent des dédicaces (et donc aucune rencontre débat) que "TOUT, c’est Virgin" les services annexes sont disponibles (incroyable) mais sans en décrire aucun et qu’avec tout cela c’est "une machinerie très, mais très très, grooooossse avec un service irrrrrrréprochable" qui nous est offert et qu’en plus, attention, une carte (amis oui une carte, je vous le dis) une carte VIP (Very Important Personnality) vous est offerte. Alors là 3 cœurs ça les mérite. Autant d’amour dans ce monde de brutes, quel réconfort !

N° 2 EX ÆQUO : LE MARAIS : Arcadia, Fnac, Odeur du Temps, Maupetit, Joseph Gibert, Cultura, Attrape-Mots, Jeanne Laffite, Prado-Paradis : no comment

N° 3 : LA PLEBE : Librairie de la Bourse, Lamy, Brahic : un petit peu d’injustice pour stimuler en nous un sentiment de révolte, voilà qui est salutaire !

Le problème de ce genre de classement c’est que sans méthodologie ont dit tout et n’importe quoi.
Il ne nous apparaît pas particulièrement important de devoir classer les librairies entre elles. Mais si on le fait un minimum de rigueur est attendu. En plus nous remarquerons que nous n’avons pas les mêmes valeurs !

On peut, en premier, se poser la question de la différence entre grande surface du livre, dont l’activité autour du livre ne représente qu’une partie minoritaire de son activité (et qui en générale lui sert d’image d’appel), et des librairies dont l’activité est essentiellement ou exclusivement tourné vers le livre.

On peut se demander aussi s’il y a une différence entre des lieus du livre (des marchands de livres ) qui présente principalement des nouveautés (ouvrages de moins d’un an) ou des librairies qui défendent des fonds (ouvrages de plus d’un an).

On peu se poser la question de ce que signifie "Références". Tout libraire, normalement constitué peut commander la majeur partie du fonds de livre en langue français, soit prés de 700 000 références ! Quand on apprend que Virgin propose à ses lecteurs 10 000 références en magasin et seulement 45 000 références d’ouvrages à commander, dans l’offre globale de 700 000 références, peut-on se dire que le service est extrêmement, mais extrêmement faible ?

Il nous semble plus intéressant, comme nous essayons de le faire au sein de "Librairie Autrement" de se poser des questions sur l’utilité culturelle, sociale, politique du livre. On ne peut faire, dans la crise grave que traverse le livre aujourd’hui, comme d’ailleurs dans l’ensemble des autres secteurs de l’activité culturelle française, l’économie de poser les questions importantes que se posent les lecteurs, en premier lieu, et les professionnels du livre. On ne peut plus accepter le sensationnalisme et ces raccourcis faciles.

Et si nous, on se demandait comment sont réalisées ces enquêtes, et dans quels buts ?

Si jamais on se posait la question de savoir si l’actionnaire de la "librairie de votre cœur" était le même que votre actionnaire (Hachette) devrions-nous penser, comme le disent de méchantes langues, qu’il y a connivence ? On pourrait au moins se dire que le minimum de déontologie aurait été de le signaler à vos lecteurs, pour pouvoir assumer pleinement votre choix.

Si jamais on se demandait pourquoi tant de publicité pour une "librairie" d’un petit village de Hautes-Provence ( dans, encore un journal du groupe Hachette) qui réaliserait un chiffre d’affaire digne d’une grande librairie générale de ville importante, qui recevrait chaque jour de l’année un public plus important que la population même du village, serait-on en droit de se poser des questions sur la déontologie des journalistes qui se prètent à ses affabulations ? Qui servent-ils en tenant de tels discours sans aucune vérification ?

Nous sommes près à débattre avec vous, mais de façon sérieuse, des questions de fonds qui se posent aujourd’hui à l’économie du livre dans notre région, et ce, au-delà de tous les préjugés et de toutes les exclusives.

Laurent Baudry (Païdos)

Caroline Godard (Pharos)

LIBRAIRE AUTREMENT

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