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Guadeloupe. Le LKP demande la vérité sur les massacres de Mai 1802 et Mai 1967

Article mis en ligne le mercredi 4 septembre 2013

Jacques Nestor militant du GONG* et syndicaliste assassiné le 26 mai 1967

http://www.internationalistes13.org...

"Monsieur le Président de la République Française,

En réponse à notre courrier du 18 Mai 2012 relatif aux victimes de la guerre de 1802 et des massacres des 26 et 27 Mai 1967 en Guadeloupe, vous nous informiez avoir pris connaissance de nos demandes et les avoir transmis au Ministre de l’intérieur. Plus d’un an après, aucune réponse.

Aussi, par la présente, nous revenons vers vous afin d’obtenir des réponses au moment même où vous commémorez l’odieux massacre d’Ouradour-sur-Glane.

Vous le savez, en mai 1802, les troupes de Napoléon Bonaparte, futur Empereur des français débarquent en Guadeloupe dans le but de rétablir l’esclavage. Après 18 jours de combat : plus de 10000 victimes guadeloupéennes (tués au combat, condamnés à mort, exécutés, emprisonnés ou déportés notamment en Corse où ils moururent tous comme esclaves). Des milliers d’hommes de couleur libres seront dès lors, obligés de justifier de leur statut sous peine de redevenir esclave. Les victimes vont donc payées pour un acte aujourd’hui reconnu comme crime contre l’humanité.

Cette page de l’histoire de France n’est pas enseignée, l’Etat français préférant se revêtir de l’habit d’abolitionniste plutôt que de celui d’esclavagiste. Nicolas Sarkozy nous invitait même à « digérer notre histoire ».

Qui sont ces hommes et ces femmes qui ont donné leur vie pour défendre la liberté ?
Qui étaient ces milliers de prisonniers déportés ?
Ne serait-ce pas plutôt ceux là qu’il faut honorer ?

A maintes reprises, le sang des Guadeloupéens coula sous les balles des militaires français comme en mai 1967.

En effet, les 26 et 27 mai 1967, à Pointe à Pitre, à l’occasion d’une grève d’ouvriers du bâtiment, les
CRS, Gendarmes mobiles (Képis Rouges) perpétrèrent un véritable massacre contre les travailleurs et le Peuple de Guadeloupe.

« Le massacre commença le 26 mai 1967 au début de la matinée et dura jusqu’au lendemain soir.

Pointe-à-Pitre martyrisé. Ces morts ne furent pas les victimes accidentelles d’un combat sans merci.

Ces êtres furent assassinés de sang froid avec méthodes. Ce crime fut décidé, organisé, planifié dans le cadre d’une politique de terreur. » (Source : extrait version Mé 67 du discours de Nicolas Sarkozy commémorant le massacre de Maillé le 25 août 1944).

Le Préfet Pierre Bolotte, inhumé le 27 mai 2008 (41 ans jour pour jour après le massacre des Guadeloupéens), commandeur de la légion d’honneur, demanda de faire usage de toutes les armes contre tous ceux qui bougeaient, qui étaient noirs ou tiraient leur origine de cette couleur. Plusieurs centaines de Guadeloupéens furent traqués, blessés ou tués par balles. L’armée française tirait sur les ambulances et même lors de la veillée mortuaire d’une des premières victimes.

L’hôpital débordait de cadavres et de blessés. Des exécutions sommaires ont été perpétrées aussi bien à la gendarmerie du Morne Miquel qu’à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre où des dizaines de corps jonchaient le sol.

Depuis plusieurs années, des démarches sont entreprises auprès de l’Etat français pour qu’une enquête soit diligentée sur les tueries de mai 1967. Jusqu’ici, aucune réponse.

Nos investigations se sont poursuivies directement sur le terrain même, en Guadeloupe, et ont permis de rencontrer des témoins, des parents et amis de victimes, des blessés, des emprisonnés…

Selon M. Lemoine, ancien ministre des DOM, il y eut 87 morts et des centaines de blessés. Mais, entre le nombre réel de morts et celui qui a été comptabilisé par les services officiels, il y a, à n’en pas douter, une différence de l’ordre de plusieurs dizaines.

Descendants de tous ces honorables combattants de la liberté, nous exigeons du gouvernement de la France, des réponses claires et précises sur toutes les tueries perpétrées contre les Guadeloupéens, notamment ceux de mai 1802 et mai 1967.

Au nom de la liberté, de la mémoire, du respect et de la dignité, nous exigeons la vérité, la reconnaissance de ces crimes coloniaux, la justice, le jugement et la condamnation de tous les coupables, la réhabilitation des victimes et emprisonnés, la réparation des préjudices, l’accès aux archives et dossiers de l’époque".

Source :

http://www.caraibcreolenews.com/communiques,1,5599,guadeloupe-le-lkp-demande-la-vy-rity-sur-les-massacres-de-mai-1802-et-1967.html

* Groupement des Organisations nationales de la Guadeloupe

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1 Message

  • Le 20 septembre 2013 à 17:55, par guy levilain

    "Digérer l’histoire" c’est ce que proposait Sarkosy. Cela ne m’étonne pas. C’est l’argument de tous les scélérats, de ceux qui vous disent "C’est de l’histoire ancienne, tout ça ! L’esclavage ? Je n’étais pas né ! Le colonialisme ? Je n’ai pas bougé de chez moi ! Le néo-colonialisme ? J’y crois pas !" A ceux-là nous ne pouvons rien dire. La mauvaise foi se moque de toute rhétorique.

    Mais à ceux qui ignorent les sombres chapitres de notre histoire, qui ne savent pas parce qu’on leur a menti et qui désirent savoir, je dirai que nous devons tous assumer le passé de nos aînés parce que nous sommes les héritiers de notre patrimoine national et familial. (La traite des esclaves et le colonialisme a enrichi la France et tous les Français de France ou d’outre-mer. Nous en avons tous profité en tant que français.)

    Il faut donc que nous reconnaissions notre part de responsabilité. C’est seulement après ce mea-culpa que nous pourrons nous réconcilier et décréter une amnistie purificatrice. C’est ce que nous devons faire si nous voulons digérer l’histoire.

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