Une tribune pour les luttes

Hommages à Mandela

Communiqué de l’association France-Palestine solidarité
+ Communiqué du MRAP
+ Bal d’hypocrites pour Mandela : quand l’Occident soutenait Pretoria
+ Lettre de Nelson Mandela à Thomas L. Friedman, éditorialiste au New York Times.
+ Extraits de "Mandela ou l’absence" par Laurent Chambon (Minorités).

Article mis en ligne le lundi 9 décembre 2013



Communiqué de l’association France-Palestine solidarité

http://www.france-palestine.org/Hommage-a-Mandela

La mort de Nelson Mandela suscite une ava­lanche d’hommages au com­battant de la liberté qui a mis à bas le régime de l’apartheid. On se bouscule sans trop de scru­pules pour saluer la mémoire de celui qui fut jusqu’en 2008 sur la liste amé­ri­caine de sur­veillance des ter­ro­ristes. La réalité est là : la haute figure de Mandela force à se taire ceux qui l’ont combattu.

Tous les opprimés à travers le monde ont une dette envers le pri­sonnier de Robben Island : il dit à tous que la vio­lence des puis­sants finit par céder devant la déter­mi­nation du résistant et la force du droit. Ainsi des Pales­ti­niens qui ne peuvent oublier les paroles de Mandela en 1997 « Nous savons très bien que notre liberté est incom­plète sans la liberté des Palestiniens  ».
Hau­tement sym­bo­lique de cette proximité, le lan­cement depuis Robben Island, par Ahmed Kha­trada, son com­pagnon de lutte et de détention, de la cam­pagne pour la libé­ration de Marwan Bar­ghouti et de tous les pri­son­niers pales­ti­niens. L’histoire nous montre, rappelait-​​il, qu’une fois libérés, les pri­son­niers peuvent jouer un rôle décisif dans la réa­li­sation de la paix.

Le message de Nelson Mandela est vivant et résistera à toutes les ten­ta­tives d’embaumement.

Le Bureau national


VOICI CE QUE MANDELA DISAIT DE LA SITUATION DES PALESTINIENS :

Merci à Mireille Rumeau pour la traduction de cette lettre de l’ancien Président d’Afrique du Sud, à Thomas L. Friedman, éditorialiste au New York Times.

"Cher Thomas,
Je sais que vous et moi sommes impatients de voir la paix au Moyen Orient, mais avant que vous continuiez à parler des conditions nécessaires d’un point de vue israélien, vous devez savoir ce que j’en pense. Par où commencer ? Disons 1964.
Permettez-moi de citer mes propres paroles lors de mon procès. Elles sont aussi justes aujourd’hui qu’elles l’étaient à l’époque : « J’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre au sein de laquelle tous vivraient ensemble, en harmonie, et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère atteindre. Mais s’il le faut, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »
Aujourd’hui, le monde, noir et blanc, reconnaît que l’Apartheid n’a pas d’avenir. En Afrique du Sud, il s’est terminé grâce à notre propre action de masse décisive, pour bâtir la paix et la sécurité. Cette campagne massive de défi et autres actions ne pouvait qu’aboutir à l’établissement de la Démocratie.
Il est peut-être étrange pour vous d’observer la situation en Palestine ou, plus spécifiquement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’Apartheid. Votre article récent « Bush’s First Memo », dans le New York Times du 27 mars 2001, le démontre.
Vous semblez surpris d’entendre qu’il y a toujours des problèmes de 1948 à résoudre, dont le plus important est le droit au retour des réfugiés palestiniens. Le conflit palestino-israélien n’est pas qu’un problème d’occupation militaire et Israël n’est pas un pays qui a été créé « normalement » et qui s’est mis à occuper un autre pays en 1967. Les Palestiniens ne luttent pas pour un « Etat » mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud.
Au cours de ces dernières années, et en particulier lorsque le Parti Travailliste était au gouvernement, Israël a montré qu’il n’avait même pas l’intention de rendre ce qu’il avait occupé en 1967, que les colonies resteraient, que Jérusalem serait sous souveraineté exclusivement israélienne et que les Palestiniens n’auraient pas d’Etat indépendant mais qu’ils seraient placés sous domination économique israélienne, avec un contrôle israélien des frontières, de la terre, de l’air, de l’eau et de la mer.
Israël ne pensait pas à un « Etat » mais à une « séparation ». La valeur de la séparation se mesure en terme de la capacité d’Israël à garder juif l’Etat juif, et pas d’avoir une minorité palestinienne qui pourrait devenir une majorité, dans l’avenir. Si cela arrivait, cela forcerait Israël à devenir soit un Etat laïque ou bi-national, soit à devenir un Etat d’Apartheid, non seulement de fait, mais aussi de droit.
Thomas, si vous suivez les sondages israéliens au cours des 30-40 dernières années, vous verrez clairement un racisme grossier, avec un tiers de la population qui se déclare ouvertement raciste. Ce racisme est de la nature de « Je hais les Arabes », et « Je souhaite que les Arabes meurent ». Si vous suivez également le système judiciaire en Israël, vous verrez qu’il y a discrimination contre les Palestiniens, et si vous considérez plus particulièrement les territoires occupés en 1967, vous verrez qu’il y a déjà deux systèmes judiciaires à l’œuvre, qui représentent deux approches différentes de la vie humaine : une pour la vie palestinienne et l’autre pour la vie juive.
De plus, il y a deux approches différentes pour la propriété et pour la terre. La propriété palestinienne n’est pas reconnue comme propriété privée puisqu’elle peut être confisquée.
Pour l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza, il y a un facteur supplémentaire à prendre en compte. Les soi-disant « Zones autonomes palestiniennes » sont des Bantoustans. Ce sont des entités restreintes au sein de la structure de pouvoir du système israélien d’Apartheid.
L’Etat palestinien ne peut pas être un sous-produit de l’Etat juif, juste pour garder la pureté juive d’Israël. La discrimination raciale d’Israël est la vie quotidienne de la plupart des Palestiniens. Parce qu’Israël est un Etat juif, les Juifs israéliens ont des droits particuliers dont les non Juifs ne bénéficient pas. Les Arabes palestiniens n’ont aucune place dans un Etat « juif ».
L’Apartheid est un crime contre l’humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il perpétue un système de discrimination raciale et d’inégalité. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international. Il a déclenché une guerre contre une population civile et en particulier contre des enfants. Les réponses de l’Afrique du Sud en matière de violation des droits humains provenant des politiques de déportation et des politiques d’apartheid ont mis en lumière ce que la société israélienne doit nécessairement accomplir avant que l’on puisse parler d’une paix juste et durable au Moyen Orient et de la fin de la politique d’apartheid. Thomas, je n’abandonne pas la diplomatie du Moyen Orient, mais je ne serai pas complaisant avec vous comme le sont vos supporters. Si vous voulez la paix et la démocratie, je vous soutiendrai. Si vous voulez formaliser l’apartheid, nous ne vous soutiendrons pas. Si vous voulez soutenir la discrimination raciale et le nettoyage ethnique, nous nous opposerons à vous. Quand vous aurez pris votre décision, passez moi un coup de fil.
Nelson Mandela,
28 mars 2001


Le MRAP salue avec un immense respect la mémoire de Nelson MANDELA

C’est avec une profonde émotion et une immense tristesse que le MRAP a appris le décès, dans la nuit du 5 au 6 décembre 2013, de Nelson Mandela. Il présente à sa famille, à ses amis, à ses compagnons de lutte pour l’égalité et la liberté ainsi qu’à toute la population d’Afrique du Sud, ses condoléances les plus émues ainsi que l’assurance de sa profonde sympathie et de toute sa solidarité dans la douleur de cette si grande perte.

C’est en 1944 que Nelson Mandela rejoignit l’ANC (Congrès National Africain), afin de lutter contre le système de domination de la minorité blanche et la politique de ségrégation « raciale » et de « développement séparé » imposée par celle-ci, selon des critères ethniques, linguistiques et territoriaux, en particulier les sinistres «  bantoustans ».

Dès 1955, Nelson Mandela faisait adopter par l’ANC la « Charte de la liberté  » qui proclamait : « Notre pas ne sera jamais ni prospère ni libre tant que nos peuples ne vivront pas dans la fraternité, ne jouiront pas de droits égaux... C’est pourquoi nous, peuples de l’Afrique du Sud, Blancs aussi bien que Noirs, réunis comme des égaux, des compatriotes et des frères, adoptons cette charte de la liberté.  »

Devenu avocat, il participa à la lutte non violente contre les lois de l’apartheid, mises en place par le gouvernement du Parti National. En 1960, ce dernier frappa d’interdiction l’ANC. Constatant que la lutte pacifique n’apportait pas de résultats tangibles, Nelson Mandela décida en 1961 de fonder la branche militaire de l’ANC qui entreprit une campagne de sabotage contre des installations publiques et militaires.

Le 12 juillet 1963, Nelson Mandela était arrêté par la police sud-africaine, sur indication de la CIA, et se voyait condamné - lors du procès de Rivonia - à la prison et aux travaux forcés à perpétuité, la pression internationale ayant empêché de justesse la peine de mort. Lors de son procès, il avait annoncé haut et fort ce qui devait être le fil conducteur de toute sa vie : « Toute ma vie, je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir  ». Dès lors, il devint l’un des symboles majeurs de la lutte pour l’« égalité raciale » et bénéficia, à ce titre, d’un soutien international croissant.

C’est après vingt-sept années d’emprisonnement, dans des conditions souvent très dures, que Mandela était enfin libéré, le 11 février 1990, soutenant la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frederik De Klerk. Prix Nobel de la Paix, Nelson Mandela devint le premier président noir d’Afrique du Sud en 1994.

Le MRAP doit à Nelson MANDELA - et à ses compagnons de résistance de l’ANC - des années fécondes de mobilisations et de campagnes (notamment anti-Outspan) contre l’Apartheid et pour la libération des prisonniers politiques de l’ANC. Ce fut l’un des grands combats du MRAP qui prit diverses formes. Il avait, en particulier, établi des liens étroits avec Dulcie September, représentante de l’ANC en France, de janvier 1987 à son assassinat « par l’apartheid » à Paris, le 29 mars 1988. Le MRAP s’honore aussi d’avoir compté parmi les membres de son Bureau National la grande militante Jacqueline GRUNFELD, proche alliée de l’ANC et vice-présidente de Rencontres Nationales Contre l’Apartheid. Cette dernière ne cessa d’organiser des envois, principalement de matériel scolaire, pour les enfants des combattants anti-apartheid des pays de la « ligne de front » (Tanzanie, Mozambique, Zambie, Zimbabwe, Angola et Botswana). Sa fille, quant à elle, fut en outre emprisonnée plusieurs années en Afrique du Sud pour son action de soutien aux militants anti-apartheid.

Si la route est encore longue pour atteindre partout l’idéal proclamé par la « Charte de la Liberté  », ces paroles continueront à inspirer l’action du MRAP et à donner sens à ses combats d’aujourd’hui et de demain.


Bal d’hypocrites pour Mandela : quand l’Occident soutenait Pretoria
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

http://www.rue89.com/2013/06/27/bal-dhypocrites-mandela-quand-loccident-soutenait-pretoria-243746

L’avalanche d’hommages déjà prêts à Nelson Mandela est certes méritée par la personnalité, le sacrifice, et la vie du grand leader sud-africain. Mais elle pourrait laisser croire que tout le monde l’a toujours adoré, et qu’il n’aurait donc été victime que d’une poignée d’extrémistes blancs isolés au bout de l’Afrique.

La réalité est bien différente. Pour l’essentiel de sa vie politique, Nelson Mandela a été considéré comme un homme dangereux par le monde occidental, y compris par certains des signataires des communiqués enflammés prêts dans toutes les capitales.

La polémique autour de l’attitude de Jean-Marie Le Pen, provoquée par la réécriture de l’histoire par sa fille sur France Inter, pourrait là aussi laisser penser qu’il était seul dans ce cas. Il n’était que le plus franc, y compris quand le qualificatif de «  terroriste » n’était plus de mise pour le futur prix Nobel de la paix...

Du coté de l’apartheid

L’histoire est pourtant cruelle. L’ensemble du monde occidental a été du côté du pouvoir blanc sud-africain pendant plusieurs décennies, jusqu’à ce que le soulèvement de la jeunesse noire, à Soweto en juin 1976, ne finisse par lézarder ce consensus, qui ne prendra véritablement fin qu’à la fin de la guerre froide, en 1989.

La condamnation morale de l’apartheid, et même l’exclusion de l’Afrique du Sud du Commonwealth après le massacre de Sharpeville en 1960, prélude à l’emprisonnement de Nelson Mandela en 1962, aura finalement pesé moins lourd que les considérations géopolitiques. Pas surprenant, mais peut-être faut-il quand même le rappeler, au lieu de s’abriter derrière un consensus très récent.

Dans les années 60 et 70, l’Afrique du Sud était considérée par les stratèges de l’Otan comme un pion essentiel à la fois pour le contrôle de la route maritime du Cap empruntée par les supertankers de l’époque, et comme source de certains minerais vitaux pour l’industrie de défense.

L’appartenance à l’Otan du Portugal de la dictature Salazar, engagée dès les années 60 dans des guerres interminables dans ses colonies d’Angola et du Mozambique, renforçait cette appartenance officieuse du pouvoir minoritaire blanc de Pretoria au « front anticommuniste ».

A Silvermine, dans la péninsule du Cap, l’armée sud-africaine avait installé dans un bunker une station d’écoute et de surveillance des mers du sud, dont les informations étaient transmises aux services de renseignement occidentaux. Les informations allaient dans les deux sens, et c’est sur un tuyau de la CIA que Nelson Mandela aurait été arrêté une première fois.

Complicités françaises

La France a elle aussi collaboré étroitement avec le régime de l’apartheid. Elle a vendu à l’Afrique du Sud sa première centrale nucléaire dans les années 70, au risque de contribuer à la prolifération militaire à laquelle Pretoria a officiellement mis un terme à la fin de la domination blanche.

(...)


Et on ne peut oublier que le processus de réconciliation nationale a laissé une société ultralibérale et violente, où l’on peut tirer impunément sur des mineurs noirs, et où, même si une bourgeoisie noire vit bien, la grande majorité de la communauté est au chômage, toujours privée de terres, rongée par la pauvreté, le SIDA et la violence.


Lire aussi :

Mandela ou l’absence
par Laurent Chambon

http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1551-mandela-ou-l-absence.html

Dimanche 08 décembre 2013

(...) Alors que l’ANC était plutôt un parti viril avec une culture ouvrière sexiste et homophobe, la transformation en captivité de Nelson Mandela d’un activiste anti-apartheid prêt à utiliser la violence en un leader charismatique non-violent l’a mené à prendre des distances avec la position officielle de son parti sur la question du genre et de l’orientation sexuelle. Comme nous l’ont raconté beaucoup de nos interlocuteurs, le fait que la nouvelle constitution sud-africaine mentionne l’égalité entre homo- et hétérosexuels tient beaucoup à l’obstination d’activistes LGBT anti-apartheid mais aussi au poids qu’a exercé Mandela sur son parti. Pour lui, si on est contre le racisme, on est aussi, forcément, contre le sexisme et l’homophobie.

Mandela a lui-même nommé Edwin Cameron, un Blanc, gay et ouvertement séropositif à la Cour d’appel, puis la Cour constitutionnelle, ce qui a eu un impact énorme. Saisi par deux femmes voulant se marier en 2004, il a défini le mariage comme «  l’union à vie de deux personnes à l’exclusion de tout autre  ». Le résultat a été que la Cour constitutionnelle a ordonné au gouvernement sud-africain d’ouvrir le mariage aux couples du même sexe avant le 1er janvier 2006, puisque leur exclusion était une discrimination selon la constitution, qui justement prône l’égalité entre homo- et hétérosexuels.
Alors qu’en France les juges ont eu très peur de se « substituer au législateur » (lire : prendre leurs responsabilités) et que ni les partis politiques ni les associations n’ont pas vraiment été à la hauteur, en Afrique-du-Sud, la pression des associations LGBT, des juges et de Nelson Mandela a permis au « miracle » d’avoir lieu.

L’histoire de l’égalité homos-hétéros en Afrique-du-Sud est exemplaire parce qu’elle s’est inscrite dans un cadre plus large, anti-colonial et anti-raciste. Alors que le reste de l’Afrique se vautre dans l’homophobie la plus violente, au nom d’un africanisme basé sur la haine du colonisateur européen (alors même que l’homophobie a paradoxalement été apportée par le colonisateur), Nelson Mandela a permis de lier, justement, homophobie, sexisme, racisme et antisémitisme.

Les universitaires appellent cela l’intersectionalité, et à Minorités nous y tenons beaucoup : le fait de reconnaître les mêmes processus à l’œuvre dans différentes formes d’exclusions et de discriminations, qu’elles soient basées sur le genre, l’orientation sexuelle, la couleur de peau ou l’appartenance ethnique et religieuse.

Quand nous étions en Afrique-du-Sud, nos interlocuteurs nous expliquaient que Mandela avait réussi quelque chose qui avait raté ailleurs : la nouvelle génération de Sud-africains étaient peut-être travaillée par les inégalités et effrayée par la violence endémique (dont les viols « correctifs » des lesbiennes et les meurtres de trans), mais elle était définitivement post-raciale et post-sexiste. Le statut social (et l’argent), comme ailleurs, était de plus en plus important, mais ni la couleur de peau, ni le genre ni l’orientation sexuelle.
(...)

Les articles n’ont pas manqué dans la presse du monde entier lorsque la mort de Mandela a été annoncée. Mais un seul article m’a vraiment frappé, celui de Paul Bril dans le Volkskrant : le culte de Mandela montre à quel point ce qui devrait être normal pour un leader politique ne l’est pas. Vu l’état d’avancement de nos sociétés, être créatif, moral, tolérant et spontané devrait être une obligation pour nos chefs d’État. Ce sont des qualités qu’on demande de façon standard aux enseignants, par exemple, et on ne peut pas dire qu’ils sont richement récompensés pour cela. Pourquoi ne devrait-on pas pouvoir exiger la même chose de nos dirigeants politiques, intellectuels et économiques ?
(...)
Elle est là, la vraie question soulevée par la vie de Mandela : si un homme emprisonné, humilié, laminé par une dictature raciste a pu accéder à la sainteté, tendre la main en tant qu’homme noir hétérosexuel aux Blancs, aux femmes et aux homos, comment cela se fait-il que nos élites, pourtant choyées depuis le berceau, n’ont pas pu dépasser les premiers étages de la pyramide des besoins de Maslow et ont eu tant de mal à imaginer l’égalité homos-hétéros, des moyens de lutter contre le racisme et le sexisme ? Pourquoi la seule personne qui a vraiment tenu tête aux élus homophobes lors du « débat » sur le mariage pour tous est-elle une femme noire, issue d’une famille nombreuse pauvre de Guyane et non pas ces hommes blancs hétérosexuels issus de l’élite parisienne, programmés à justement pouvoir atteindre plus facilement le haut de la pyramide de Maslow ?

La sainteté laïque de Mandela nous montre le problème principal auquel nos démocraties représentatives ont à faire face : notre système échoue à promouvoir des leaders vertueux et visionnaires. Et je ne parle pas seulement de politique : qui n’a pas connu ces chefs surpayés, arrogants, incompétents, intolérants et méchants ? La sainteté de Mandela souligne la méchanceté et la bêtise de nos élites, à beaucoup de niveaux. L’apartheid a accouché de Mandela, le pays des Lumières et des Droits de l’homme a donné Mitterrand, Chirac, Sarkozy, et bientôt Copé ou Valls. C’est pour cela que nous célébrons la mort de Nelson Mandela avec tant de tristesse : elle nous rappelle à quel point nous somme incapables, collectivement, d’avoir des personnages publics comme lui.

Il y a urgence à rétablir l’égalité des chances, à réduire les inégalités dans nos sociétés et entre nos sociétés, à traiter les humains et les animaux avec dignité sans les asservir, à faire cesser le pillage de la planète, à passer à une économie post-gaspillage et post-pétrole, à aider chacun à être en sécurité et se réaliser autant que possible. Et pourtant, il ne se passe rien. Aucun Mandela à l’horizon sur aucun de ces sujets.

Nous avons honte, et nous avons raison d’avoir honte.



Historique :

"Nelson Mandela : le dernier héros de notre temps ?" par Raphaël Porteilla

http://yonne.lautre.net/spip.php?article6718&lang=fr

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1 Message

  • Le 9 décembre 2013 à 10:50, par

    La militante Dulcie September a été assassinée de bon matin le 29 mars 1988 à Paris au 28 rue des Petites Écuries dans une courette desservant les bureaux de l’ANC, de cinq coups de feu d’un calibre 22 avec un silencieux tirés en pleine tête. On ne connaît toujours pas l’assassin, mais les suspects sont Joseph Klue (Sergent Major du SADF), Dirk K. Stoffberg (vendeur d’armes et agent SA), Heine Hüman ainsi que Jean-Paul Guerrier, proche du mercenaire Bob Denard. L’association Survie notamment accuse les services secrets français d’avoir collaboré avec les services secrets sud-africains à cet assassinat. Dulcie September représentait l’ANC et enquêtait justement sur un trafic d’armes entre la France et l’Afrique du Sud. Elle repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

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