Une tribune pour les luttes

Les nouvelles de Quentin Torselli rendu borgne par la répression policière de la manifestation du 22 février 2014 à Nantes

+ le témoignage de Damien, grièvement blessé ce même jour lui aussi .

Article mis en ligne le mercredi 12 mars 2014

10 mars 2014

http://dormirajamais.org/damien/

Nantes, 22 février 2014 : le témoignage de Damien, grièvement blessé.

 

Suite au témoignage de Quentin Torselli, reçu au lendemain de la manifestation du 22 février 2014 à Nantes, j’ai eu accès, directement ou indirectement, à plusieurs autres récits. Celui du journaliste Yves Monteil, publié sur le site Citizen Nantes, est particulièrement éloquent, ainsi que celui de Julien, parmi les personnes qui ont porté secours à Quentin. D’autres blessés n’ont pas souhaité témoigner publiquement.

Me parvient aujourd’hui, par Luc Douillard qui l’a interrogé, le témoignage de Damien T., lui aussi grièvement blessé à l’œil.

Pierre, le fils de Luc Douillard, éborgné par un tir de Lanceur de Balles de Défense le 27 novembre 2007, lance un appel aux blessés du 22 février 2014, sur le site Citizen Nantes. On trouvera ici et des conseils à leur adresse.

Pour un récit de la journée vous pouvez vous référer à celui qu’en ont donné, sur le vif, Caroline de Benedetti et Émeric Cloche.

Je vous invite aussi à lire, par l’avocate Élodie Tuaillon-Hibon, ce retour très documenté sur ce qui s’est produit à Gênes en juillet 2001, qui nous met en garde contre une normalisation possible de la violence policière et ses usages politiques.

On rappellera enfin l’article de Bastamag du 03/03/2014 sur le « silence médiatique » autour des nombreux blessés de la manifestation de Nantes.

(Propos recueillis le 8 mars 2014 par Luc Douillard, à Nantes)

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Damien T. J’ai 29 ans. Je suis maçon-coffreur en intérim, actuellement en recherche d’emploi. J’habite à Rezé dans l’agglomération nantaise.

Quelle blessure t’a provoqué la police durant la manifestation du 22 février ?

Je souffre d’une « contusion sévère du globe oculaire ». C’est ce que disent les médecins. Ils ne savent pas encore ce que ça va devenir. Mais je ne vois plus du tout de mon œil gauche. Le dimanche suivant la manifestation, j’ai été opéré pour une exploration de l’œil. En tout, pour l’instant, j’ai déjà été hospitalisé quatre jours.

Étais-tu manifestant contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

J’étais manifestant avec mes amis. Je trouve idiot de faire un aéroport là-bas. Mais je ne suis pas un activiste.

(...)
Suite sur http://dormirajamais.org/damien/


ACIPA : Lettre express aux adhérents et abonnés n°009/2014 – 6 mars 2014

Nous vous faisons suivre les nouvelles de Quentin qui a perdu un œil lors de la manifestation du 22 février à Nantes. Ces nouvelles émanent directement de sa famille.

5 mars 2014

Les nouvelles de Quentin Torselli

La santé : L’opération d’hier s’est bien passée. Les multiples fractures ont été soignées, tout doit se consolider maintenant. C’est très douloureux pour l’instant.

Soins infirmiers 3 fois par jour pendant 15 jours pour l’œil.

ITT jusqu’au 4 avril pour l’instant.

Le moral : sans commentaire pour l’instant.

La justice : Quentin a déposé plainte le 27 février dernier.

La presse :

- Un bel article dans le Canard enchaîné de ce matin : «  le nouvel aéroport coûte les yeux de la tête  », de Jean-Luc Porquet.

Nous vous le transmettrons quand nous l’aurons scanné. Mais vous pouvez acheter le journal !

- Un lien qui fait du bien :

http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-francois-morel-notre-dame-des-bulldozers

- et un autre lien qui dit les choses :

http://22fevrier2014nantes.blogspot.fr/

Les témoignages :

Quentin n’a pas été le seul blessé. Ils sont nombreux parmi les manifestants pacifiques et les badauds. Les plaintes affluent.

-  voici ce que raconte une jeune fille qui était aux côtés de Quentin :

« Le 22 février 2014 à Nantes, aux alentours de 18h00. Entre la rue Felix Eboué et l’allée de l’Ile Gloriette.

Nous étions en train de reculer face aux forces de l’ordre (à une cinquantaine de mètres) quand j’ai vu Quentin à terre. Quatre, cinq personnes, dont moi, ont accouru vers lui pour lui porter secours.

Quentin était touché à l’œil, conscient mais incapable de marcher ni même de se lever. (Quentin avait le visage découvert).

Ensemble, nous l’avons porté pour le mettre à l’abri, plus loin. Les CRS continuaient d’avancer vers nous, ils se sont approchés très vite. Des lacrymogènes continuaient à être lancés tout près de Quentin. Il nous a donc fallu l’éloigner à nouveau. Nous l’avons alors amené dans une rue perpendiculaire, beaucoup plus calme, rue Deurbroucq où, jusqu’alors, aucun manifestant ne se trouvait. Pensant avoir trouvé un endroit calme, nous le reposons au sol. A ce moment, l’un d’entre nous a appelé les pompiers.

Cependant, et contre toute attente, un rang de CRS et un camion anti-émeute, nous ont suivi. Ils arrivaient donc à nouveau dans notre direction. Les mains couvertes du sang de Quentin, je me suis alors avancée vers eux, doucement, le visage découvert et les mains en l’air pour leur faire signe d’arrêter. J’étais à quelques mètres d’eux et ils me voyaient. Ils ont visé le canon à eau sur moi et ont tiré.

Pendant ce temps, le reste du groupe avait à nouveau déplacé Quentin, cette fois-ci jusque dans un parking souterrain ouvert. Nous restons auprès de lui un long moment en essayant de le rassurer. C’est à ce moment que j’ai pris conscience de la gravité de sa blessure.

Un camion pompier arrive Quai de Tourville. Nous remontons Quentin dans la rue.

Les pompiers ne sortent pas immédiatement de leur camion. Ils demandent à tout le monde de se disperser.

Comme je tenais Quentin dans mes bras, je suis la seule à rester avec lui, au milieu de la rue. J’ai alors gardé Quentin dans mes bras un temps qui me semble être une éternité. Les pompiers ont mis beaucoup de temps à intervenir. Le brancard ne semblait pas être disponible. Ils semblaient aussi avoir peur de nous. Les pompiers se collaient à moi et à Quentin pour se protéger d’une « éventuelle » agression…

Enfin, ils ont amené une couverture de survie, enfin ils ont sorti un brancard, enfin ils l’ont emmené. »

pour terminer : encore et encore merci à vous tous, ça nous fait du bien de vous sentir près de nous. Le combat ne fait que commencer, nous voulons que les choses soient dites, soient sues. N’hésitez donc pas à transmettre ce mail.

Bien amicalement,

Famille Torselli

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1 Message

  • Le 6 mars 2014 à 14:26, par

    Notre-Dame-des-Landes : l’insoutenable lourdeur d’une dérive politique
    http://www.liberation.fr/societe/2014/02/28/notre-dame-des-landes-l-insoutenable-lourdeur-d-une-derive-politique_983604

    (...)Ces jugements hâtifs commencent à voler en éclats à la lumière de nombreux témoignages de personnes présentes sur les lieux et du visionnage des films et images captées sur place, qui tournent en boucle sur Internet. Les « casseurs » n’étaient pas 1 000 comme l’ont affirmé les autorités mais sans doute entre 200 et 300 face à 1 500 agents des forces de l’ordre suréquipés que l’on a fait attendre passivement pendant plus de deux heures sur la défensive avant d’intervenir. Quand ils sont intervenus, ils l’ont fait sans discernement, usant massivement de lacrymogènes sur des manifestants pacifiques venus là en famille ou d’armes qui ont blessé gravement au moins un jeune qui a perdu un œil.(...)

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