Une tribune pour les luttes

Information du Forum Anarchiste Révolutionnaire

Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expression libertaire

Article mis en ligne le mardi 23 décembre 2014

Empêcher des débats de se tenir dans des espaces « libertaires » par des menaces en amont ou par des interruptions intempestives (hurlements, coups et menaces de mort), répandre des accusations fallacieuses, pratiquer l’amalgame et l’anathème, inonder de commentaires injurieux des sites « libertaires » qui osent donner la parole aux auteurs mis à l’index, tels sont les comportements auxquels on assiste de plus en plus fréquemment de la part de nouveaux censeurs se décernant à eux-mêmes le label libertaire qu’ils refusent à d’autres.

Jouant avec une remarquable efficacité sur le sentiment de culpabilité des éditeurs, libraires, animateurs de sites ou de revues et organisateurs d’événements qui craignent plus que tout de se voir décerner des qualificatifs en « phobe », ces censeurs parviennent le plus souvent à leurs fins. Pour préserver une illusoire unité du milieu, beaucoup d’entre nous préfèrent, en effet, éviter les questions qui fâchent.

Ces pratiques autoritaires nous rappellent les agissements des staliniens français qui molestaient, menaçaient, interdisaient d’expression, et discréditaient tous ceux qui, parlant d’un point de vue de gauche, osaient dénoncer la face sombre de l’Union soviétique. Panaït Istrati, Victor Serge, et bien d’autres en ont fait l’amère expérience.

La destruction violente d’un repas carné par certains « vegans » intégristes lors des journées libertaires de Saint-Imier en août 2012 est un symptôme de ce nouvel état d’esprit. Plus récemment, en novembre 2014, Alexis Escudero auteur de La reproduction artificielle de l’humain et ses éditeurs (Le Monde à l’envers) invités à débattre au salon du livre libertaire de Lyon ont été violement attaqués, événement qui fait écho à l’annulation d’une conférence de Marie-Jo Bonnet sur le thème « Résistance-Sexualité-Nationalité à Ravensbrück » prévue le 9 décembre 2014 au centre LGBT de Paris en vertu de menaces liées à ses positions en défaveur de la GPA.
Face à ces récents événements, nous estimons ne plus pouvoir continuer à nous taire devant ceux qui prétendent nous dicter ce que nous devons manger, boire, lire ou penser. Nous affirmons notre volonté de ne plus tolérer, au prétexte qu’elles émaneraient de gens de « notre milieu », des comportements autoritaires empruntés à la pire tradition stalinienne. Quiconque fait usage dans ces circonstances de violence verbale et à fortiori physique ne peut s’attendre à être traité en camarade et doit être expulsé sans ménagement des espaces de discussions et d’échanges. Nous appelons les organisateurs des salons et des rencontres libertaires à prendre une position claire sur ce point afin que ces lieux redeviennent de véritables espaces de rencontres et de débats. De sorte que notre participation n’apparaisse plus comme une caution apportée aux intrusions musclées des supplétifs de la police de la pensée.

Ont signé (Toute nouvelle signature est à envoyer à : salon.lyon chez laposte.net) :

Éditions Acratie ; Éditions Le Coquelicot ; Éditions de la Pigne ; Éditions de la roue ; Éditions Rue des Cascades : Éditions Le Monde à l’envers ; Éditions libertaires ; Collectif Lieux communs ; Éditions Le Pas de côté ; mensuel Courant alterna- tif. Gérard Amaté (auteur) ; Jacques Baujard (Librairie Quilombo) ; Xavier Beckaert (auteur de Anarchisme. Violence, Non- violence, éditions du Monde libertaire) ; Pascal Bedos (site @narlivres) ;Venant Brisset ; Marie-Claire Calmus (Chroniqueuse à la revue l’Emancipation et auteure des Chroniques de la Flèche d’Or.) ; Jutta Bruch ; Éric B Coulaud (créateur et animateur du site Éphéméride anarchiste) ; Éduardo Colombo (membre du Comité de rédaction de Réfractions) ; Chris- tian Calvi ; Loïc Debray (co-auteur de RAF-Fraction armée rouge, L’Échappée) ; Jean-Marc Delpech (auteur de Alexandre Jacob, l’honnête cambrioleur, Atelier de création libertaire) ; Jean Claude Driant (membre de l’association et des éditions CRAS) ; Jean-Pierre Duteuil (auteur de Mai 68 un mouvement politique Acratie) ; Felip Equy (militant libertaire) ; Jean Pierre Garnier ; Daniel Guerrier (Éditions Spartacus) ; C. Gzavier (co-auteur avec JW de La tentation insurrectionniste (Acratie 2012) ; Annie Gouilloux (traductrice de Lewis Mumford pour les éditions de la Roue et les éditions de La Lenteur) ; François Heintz ; Jean-Michel Kay (éditions Spartacus) ; Jean-Michel Lebas ; Jean-Pierre Lecercle ( édi- tions Place d’Armes) ; Alain Léger (libraire et éditeur) ; Hugues Lenoir (Groupe commune de Paris-FA, collaborateur du Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone) ; Bernard Marinone (CNT Energie) ; Philippe Pelle- tier (groupe Makhno-FA) ; Serge Quadruppani ; Marie-Christine Rojas Guerra (Chroniques syndicales sur Radio libertaire) : Gilbert Roth (CIRA Limousin) ; Anne Steiner (auteur de Les En-dehors, L’Échappée 2008, collaboratrice du Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone) ; Christophe Soulié (auteur de Liberté sur paroles chez Analis) ; Azucena Rubio (militante libertaire) ; Annick Stevens (membre du Comité de rédaction de Réfractions) ; Pierre Thiesset (éditions Le Pas de côté) ; Catherine Thumann (collaboratrice de la presse indépendante) : Marc Tomsin (Rue des Cascades) ; Matias Velazquez (membre du CIRA Marseille et CIRA Limousin) ; Jacques Wajnsztejn (auteur de Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme. (Acratie 2014) et membre du comité de rédaction de la revue Temps critiques)

Toute nouvelle signature est à envoyer à : salon.lyon chez laposte.net

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13 Messages

  • Le 23 décembre 2014 à 23:37, par Samos99

    Quel effroi, quelle violence.. et pour autant il n’y a rien de très ’’incorrect’’ de la part des anarchistes et des féministes qui ont empêché la tenue d’une conférence réactionnaire.

    Rappelons que le groupe PMO (Pièces & Mains d’œuvres) est lui même coutumier du fait : hurlements, pressions, menaces... à l’encontre des représentantEs de ce qu’il appelle le lobby transhumaniste.

    Mais on ne dit rien, c’est des potes/libertaires, ils/elles peuvent tout se permettre car il/elles sont ’’contre’’... Et en l’absence de toute réflexion politique, on trouve cela très bien et surtout : on peut enfin se défouler contre les Féministes !

    Mais, deux poids et deux mesures, quand on s’attaque concrètement aux copineries masculinistes de certains, on récolte la solidarité des garçons qui veulent SURTOUT débattre du corps des filles :
    "TU ne pourras pas procréer sans la verge d’un VRAI mâle".

    Tout a pourtant été dit/écrit concernant les discours d’Escudero & consorts : http://soupherbe.wordpress.com/2014/12/09/la-reproduction-artificielle-de-la-lutte-chez-nos-camarades-virils/

    Alors...
    Vive la liberté ’’bourgeoise’’ d’expression,
    Vive l’anarchisme culturel, ses livres, ses salons , son entre-soi si rassurant ses niches idéologiques.
    Vivent les pétitions (comme si cela était efficace)

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    • Le 24 décembre 2014 à 12:57, par anne steiner

      Ce n’est pas une pétition mais un appel, un appel à réagir pour ne plus qu’il soit possible que cinq personnes interdisent par la force un débat de se tenir devant cent autres personnes qui préfèrent regarder ailleurs.(ce qui s’est passé à Lyon)
      Ou bien les organisateurs de tels événements, à partir du moment où ils ont invité un auteur, permettent la bonne tenue du débat envers et contre tout, ou bien faute de participants (auteurs et petites maisons d’édition), il n’y aura plus d’événements de ce type.
      Cet appel a surtout suscité énormément de dicussions (pas forcément sereines) au sein de tous les collectifs auxquels il a été envoyé. Même ceux qui, finalement, n’ont pas signé, reconnaissent qu’il y a bien un problème.
      Cette censure qui se développe dans tous les espaces engendre l’autocensure. On n’invite plus que les auteurs consensuels, on évite d’exposer certains livres quand on est libraire. On cède à des réflexes pavloviens, condamnant sans les avoir lus des textes, des ouvrages et leurs auteurs avec.
      Ce n’est pas pas une pétition mais une interpellation pour une prise de conscience car on ne peut pas continuer à ne rien dire, rien voir, et laisser faire.
      C’est pourquoi j’ai signé ce texte.
      Anne Steiner

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      • Le 25 décembre 2014 à 18:43, par âne steiner

        On parle là d’UN livre. UN livre dont le discours sexiste, essentialiste, transphobe a été bien documenté en de nombreux lieux. Alors le régime de terreur et de censure que vous décrivez, chère universitaire-anarchiste-qui-n’aime-pas-l’islam-par-universalisme, il n’existe pas. Et vos jérémiades, signées par rien de moins que Quadruppani, pourfendeur historique de la liberté de nier l’holocauste librement, se ridiculisent d’elles-mêmes.

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        • Le 25 décembre 2014 à 19:06, par anne steiner

          Ce livre, il faudrait commencer par le lire au lieu de vous contenter des comptes rendus de compte rendus de compte rendus de compte rendus.., la paresse intellectuelle va de pair avec l’intolérance et elle est de plus en plus répandue parmi ceux et celles qui se réclament de la gauche libertaire au sens large. Et le courage voudrait puisque j’ai signé de mon propre nom et que semblez me connaître (au moins par la rumeur) de signer de votre nom. Non ?

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          • Le 25 décembre 2014 à 20:05, par

            si vous aviez lu le premier commentaire et le lien qu’il contient, vous sauriez que nous l’avons effectivement lu, ce torchon, et qu’on ne braille pas sans savoir. vous diffusez de la merde, attendez vous à des réactions. quand à la pétition, j’en ris encore : http://soupherbe.wordpress.com/2014/12/24/petitionnons/

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          • Le 25 décembre 2014 à 20:05, par Cécile Anya

            Quel mépris et quelle suffisance !
            Et qui vous dit qu’il n’a pas été lu par ceux et celles qui le critiquent ?
            Peut-être que ce sont les pétitionnaires qui manquent d’esprit critique et peinent à entendre qu’on remette en cause leur certitudes, leur entre-soi, leur incapacité à écouter et laisser parler les premières concernéEs.
            Crier à la censure et à l’intimidation et ressortir la bonne vieille carte du stalinisme pour finalement exiger d’un groupe (tout petit et pas très ouvert) qu’il exclu formellement ceuses qui expriment des remises en cause légitimes, argumentées, précises et situées, c’est tout de même extraordinaire ... quoique ...
            Pourquoi ne dites-vous pas dans cette pétition (que vous requalifiez "d’appel") précisément, quelles sont les objections clairement verbalisées et écrites, faites à Marie-Jo Bonnet et Escudero, au lieu de dénoncer la forme des protestations en les faisant apparaître comme des actes de "terrorisme" et de faire passer des féministes pour des hystériques ?
            Quant à la formule "police de la pensée" ... là encore si ce n’est pas un moyen (bien commun) de renverser d’où vient la violence, franchement !

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      • Le 27 décembre 2014 à 13:49, par Martin Scriblerus

        Un détail, à l’attention de celleux qui posent encore aux libertaires en prétendant maintenant, en décembre 2014, six mois après la parution de ce livre, condamner vertement que certain-e-s puissent condamner un texte qu’ellils n’auraient peut-être pas lu.

        A lire les défenseurs d’Escudero, depuis la parution de son livre, il n’existerait que deux personne : celle qui ne l’a pas lu et condamne, on ne sait trop pourquoi (stalinisme, maoïsme, bouffée de totalitarisme s’acharnant sur un pauvre auteur innocent) ; celle qui l’a lu et approuve nécessairement que l’on discute sur de telles bases.
        Le cas de figure "lu, critique et refuse en connaissance de cause de discuter avec un provocateur et un faussaire patenté" n’existe pas, ne doit pas apparaître. Le cas de figure : connaît suffisamment des luttes et écrits féministes et LGBT pour porter un jugement sans appel sur le sort qui leur est fait par Escudero ne saurait pas exister. Les écrits et luttes féministes et LGBT sont des choses négligeables.
        Comme l’écrivit Andrea Dworkin,
        "[...] cet écrit, comme d’autres textes du présent livre, n’a aucun ancrage dans la culture : personne n’a à le connaître ou le prendre en considération pour paraître moins qu’ignare, personne n’aura de comptes à rendre pour avoir fermé les yeux dessus. Les critiques et les adversaires politiques des écrivains masculins doivent habituellement prendre en considération les écrits publiés de ceux qu’ils souhaitent calomnier. Aucune règle de ce genre ne protège les filles. (...) Nos écrits publiés ne comptent pour rien, pas plus que des années d’activité politique."
        (Andréa Dworkin, présentation de "La Notion de supériorité biologique, un argument dangereux et mortel", Letters from a war zone, 1978)

        A celleux qui condamnent que l’on condamne ce livre sur la foi de son contenu ou pas, je réponds que les promoteurs de "La reproduction artificielle de l’humain" portent l’entière responsabilité de ce que des gens qui ne l’auraient peut-être pas lu puissent aujourd’hui le condamner.
        Si ces zélés promoteurs, à défaut d’être capable d’en faire la critique elleux-mêmes, avaient opposé autre chose que du mépris et du déni aux critiques, et au démontage factuel du livre d’Escudero, qui sont lisibles sous plusieurs plumes et depuis plusieurs mois, depuis avant ce salon du livre, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

        Etre éventuellement discuté par des gens qui ne l’on pas lu est le sort banal de n’importe quel ouvrage qui est l’objet d’un buzz médiatique ou d’une promotion tapageuse. L’absence du moindre potentiel "émancipateur" de la promotion des rapports de domination de genre qui sous-tend cet écrit et le scandale de la complaisance de celleux qui affectent d’y voir matière à discussion n’auraient pas été mis sur le devant de la scène, si celleux ci n’avaient pas fait montre d’autant de zèle dans la complaisance.

        Qu’ellils s’en prennent à elleux mêmes.

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      • Le 5 janvier 2015 à 23:12, par Samos99

        J’ignore si Anne Steiner était présente lors du Salon Libertaire de Lyon (ce qui était mon cas et avec la CGA, pour ne parler que de ma petite personne), mais beaucoup en ont parlé/débattu avec des infos de dernière main, colportées par des rumeurs de scandale... qu’adore une certaine partie du landernau libertaire, notamment une bonne partie des signataires de la pétition (oups... l’appel à prise de conscience, et patati).

        Un Salon TRES Libertaire
        Pour préciser les faits réels, il ne s’agissait pas de cinq personnes [interdisant] par la force un débat de se tenir devant cent autres personnes qui préfèrent regarder ailleurs mais d’une action concertée entre militant.e.s/sympathisant.e.s de la CGA Lyon (un groupe communiste libertaire), militantes féministes & militant.e.s LGBT... le tout dans le désordre et étant bien entendu que ces divers qualificatifs peuvent se cumuler. Action d’ailleurs revendiquée via le communiqué suivant : http://cgalyon.ouvaton.org/spip.php?article74. (et patata)

        Bien entendu, cette action politique s’inscrivait dans la suite des interventions et diverses perturbations toutes aussi politiques de nos camarades féministes & LGBT à Lille et Paris pour dénoncer le caractère anti-féministe, lesbophobe, transphobe, masculiniste, etc. du petit pamphlet d’A. Escudero. Elle a été suivie également d’une réaction d’un autre groupe lui aussi communiste libertaire (CGA Montpellier) lors du passage d’A. Escudero pour une conférence du même type : http://www.c-g-a.org/montpellier-un-autre-futur/tract/1514/16122014-halte-lanti-feminisme-lhomophobie-et-la-transphobie

        Malgré ces précisions, il court toujours la même rumeur : celle d’une action utra-violente de quelques gouines/tafioles/trans sectaires censurant le déroulement d’un Salon Libertaire qui se voulait ouvert et tolérant. Petit mensonge bien utile puisqu’il permet (a) de considérer toute critique féministe des discours/comportements pas si émancipateurs toujours en vigueur au sein de la galaxie libertaire - et qui reprennent ces dernières années du poil bien masculin de la bête au sein - comme lui étant extérieure, (b) de tenter de resserrer les rangs quand elle est prise en défaut et (c) accessoirement d’évacuer les anarcha-féministes.

        Ce dernier (c) point restant l’un des vrais réflexes pavloviens (merci Anne Steiner) de cette galaxie (majoritairement masculine) si désireuse d’émancipation individuelle, mais qui a toujours considéré avec appréhension les slogans du style "le privé est politique" comme une intrusion quasi-inacceptable des féministes et assimilé.e.s dans le slip des mecs. Je caricature, mais quand on se souvient du niveau de débat dans les années 1990 au sein de cette même galaxie : "le genre : un truc d’universitaires américaines bourgeoises", "des réunions en non mixité ?!, incompatible avec l’anarchisme.. y’a quand même des mesc ?!", etc... on peut mesurer le chemin parcouru.

        En fait il est, à l’heure actuelle, (malheureusement) mesurable à rien. Ainsi, on reprochera toujours aux camarades féministes et assimilé.e.s : (1) d’agresser inutilement les mâles/tribuns/écrivains qui savent par essence (?) assigner les véritables priorités politiques et (2) de sortir du consensus culturel/libertaire consistant à faire la promotion littéraire de n’importe quel copain pourvu , et sans l’avoir LU, qu’il fournisse un petit frisson et attire le chaland.

        Dès lors rien d’étonnant que lors de la tenue de ce Salon Libertaire et au cours de l’action directe (un truc qui devrait normalement exciter la bite et/ou la sympathie des totos du style Escudero) menée par des camarades dûment informé.e.s, ayant LU/décrypté le petit pamphlet, et s’étant organisé.e.s en conséquence... les condamnations sont tombées sur les mêmes. Car bien que soutenu.e.s par un groupe constitué (la CGA Lyon) et qui revendique politiquement son action, ce sont bien nos camarades anarcha-féministes qui ont été et restent la cible principale de critiques visant à les discréditer. En bref des gonzesses & assimilé.es.s admises à regret au sein de la ’’galaxie libertaire’’ mais qui n’ont rien à y dire car :
        1. elles sont trop connes pour avoir lu (y compris entre les lignes) ce superbe pamphlet d’Escudero, un VRAI mec qui parle des pages durant de la qualité du sperme des gars.
        2. elles sont trop connes pour avoir conscience des enjeux que les masculinistes du milieu veulent leur imposer.

        Quand aux réaction déplorables, et majoritairement venant de gars qui reconnaissaient ne pas avoir LU le petit pamphlet d’A. Escudero, mais se sont positionnés contre les camarades féministes, elles pourraient remplir une stupide anthologie du ’’Masculinisme en Milieu Libertaire’’… qui reste à écrire, mais à laquelle beaucoup contribuent quotidiennement. Pour exemple, citons cet avertissement très éducatif adressé par père un outré par l’action à son fils : « Ne parles pas de couilles, tu vas te faire frapper ! ». On ne saurait mieux illustrer la phobie du féminisme en vogue dans le milieu libertaire.

        Ton slip ou de la politique ?

        Le groupe CGA Lyon quand à lui a revendiqué cette action, visant à interdire le débat mené par A. Escudero, et continue à soutenir les victimes des discours réactionnaires de la bande PMO. En priorité nous avons choisi de recueillir et considérer les paroles des exploitéEs, plutôt que celles des masculinistes qui dénigrent et minorent leurs propos. Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit bien d’une déclaration politique.
        Comme par hasard la présente pétition (oupss… appel à réagir) ne mentionne pas l’appel revendiquant l’organisation d’un boycott actif des conférences de PMO, que nous reproduisons et assumons :

        Nous invitons enfin nos camarades anarchistes, féministes et LGBT à perturber ou à empêcher l’expression des propos lesbophobes, misogynes, transphobes et anti-féministes que tiennent nos ennemis de classe, dont Escudero fait partie.
        CGA Lyon et militantes féministes.

        Au mieux, et afin de perpétuer l’illusion d’un consensus (mou et minimal) qualifié de libertaire sur la question… toute intervention organisationnelle est à priori ignorée, même si explicitement revendiquée. La ’’galaxie libertaire’’ restera donc à tout prix cet ensemble multiforme et anonyme… si libertaire, si peu contraignant idéologiquement, si accueillant et bienveillant envers des auteurs à peine LUS mais qui ont le mérite de s’attaquer aux ’’privilèges’’ des gouines/tafioles/trans et à leurs alliéEs communistes libertaires.

        Quant au parallèle fait entre ce que nous qualifions d’une saine action directe anti patriarcale et la dénonciation de la « La destruction violente d’un repas carné par certains vegans intégristes lors des journées libertaires de Saint-Imier en août 2012 » nous renvoyons aux positions organisationnelles de la CGA sur la question de l’antispécisme. : http://www.c-g-a.org/article/anarchisme-et-antispecisme.
        Il va sans dire (mais mieux vaut le préciser) que nous ne sentons aucune connivence avec celles/ceux qui voudraient réduire ce débat à l’équation ’’féministes/gouines/tafioles/trans = végan/antispécistes’’ par pure commodité intellectuelle. Mais qui oserait ?

        Vers un cordon sanitaire syndical

        Un autre fait bien réel, généralement ignoré et peu relayé, concerne l’attitude des camarades syndicalistes de la fédération SUD Éducation. A l’origine un stage fédéral de réflexion sur la science, le progrès, etc. avait été programmé. Les ’’camarades’’ de PMO, auréolé.e.s de leur spécialisation sur le sujet avaient été pressenti.e.s parmi les intervenant.e.s. C’était sans compter la vigilance de militant.e.s syndicalistes qui ont soulevé différents lièvres en LISANT les textes publiés sur PMO : discours anti-féministes, lesbophobes, homophobes, complaisance pro-fasciste, etc. Au final la fédération SUD Éducation a décidé de suspendre toute collaboration avec PMO, au vu du fond jugé incompatible avec les valeurs syndicales défendues.

        Il sera objectivement difficile d’assimiler une Organisation Syndicale (au moins 222x plus nombreuse que la totalité des anars du dimanche) à une coterie de quelques gouines/tafioles/trans imposant leur terreur. Mais il est malheureusement à parier que certains s’y emploieront.

        Nous noterons néanmoins qu’une organisation de masse, si critiquable qu’elle soit, aura été plus prompte à défendre les intérêts et conditions des ’’minorités sexuelles’’, que bien des signataires se qualifiant de libertaires et se listant au bas présent appel ’’Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expression libertaire’’.

        Pas LU, pas pris

        Pour conclure momentanément, bousculons (avec la violence nécessaire) la version selon laquelle celles/ceux qui s’opposent sur le fond aux propos réactionnaires du petit pamphlet d’Escudero n’ont rien LU et s’excitent comme à la simple vue de son pseudo. Il n’y a rien de plus spécieux et méprisant que cette auto-affirmation d’écrivaillonNES qui flippent de devoir considérer leurs contradicteur/ses comme autre chose que des analphabètes. Et si jamais un jour cette racaille entreprenait de lire et de demander des comptes aux auteurEs ?

        En réalité, les opposant.e.s – non pas à seulement A. Escudero mais à la dernière mode anti-féministe au sein d’un milieu libertaire si complaisant – se sont fait.e.s chier à LIRE & analyser l’intégralité des textes fournis par PMO (Pièces et Main d’Oeuvre) et consorts sur quelques questions afférentes au droit des femmes à disposer de leur corps… voire même sur d’autres questions tout aussi sensibles comme le nationalisme/patriotisme, l’antifascisme, etc.

        Il a été reproché beaucoup de choses à celles/ceux qui ont dénoncé le caractère antiféministe du petit pamphlet d’A. Escudero :
        1. de ne pas l’avoir LU, même si nombre de militant.e.s ont publié des critiques plus qu’instructives et documentées sur le sujet. Mais comment se fier à des gonzesses ? Elles ne sont pas sensées savoir lire.
        2. de l’avoir LU, et de ne pas partager ses conclusions. La réside le crime de non conformité : quiconque lit ce petit pamphlet masculiniste devrait être automatiquement convaincu.e. par son caractère révolutionnaire.

        Face à l’évidence (nous avions LU ce petit pamphlet et bien plus encore), il ne reste aux défenseur.se.s du masculinisme ambiant et/ou de la sacro-sainte liberté d’exprimer des opinions anti-féministes que le mensonge ou, ce qui revient au même, le discours performatif du style :’’ces hystériques n’ont rien lu, rien compris et nous emmerdent’’

        De la déclaration de principe... comme contre feu.

        En définitive, et afin de ne pas s’interroger sur les complaisances (stratégies de réseau et/ou de carnet d’adresse) au sein du milieu libertaire, la présente pétition (oupss... déclaration de principe) remplit quelques fonctions essentielles.

        En premier lieu et surtout d’esquiver toute dénonciation, pourtant nécessaire, sur le caractère masculiniste, anti-féministe, lesbophobe, transphobe, etc. des opinions colportées par la bande PMO, comme par d’autres.

        En second lieu et accessoirement de dédouaner les organisateur.trices du Salon Libertaire. D’éminent.e.s camarades, au carnet d’adresse bien rempli, qui soit (1) par ignorance, (2) goût de la provocation, ou (3) anti-féminisme maladif ont programmé la venue de la bande PMO et l’ont maintenue malgré les demandes d’annulation provenant entre autres des camarades féministes du MFPF69, et pour ne citer qu’elles. Le milieu libertaire lyonnais étant ce qu’il est, à l’instar de bien d’autres, un microcosme où tout se sait ; les organisateur.trices s’attendaient à une réaction… pas forcément à celle qui s’est produite.

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  • Le 27 décembre 2014 à 13:12, par Martin Scriblerus

    Père Ubu .
    Alors, voilà. Je tâcherai de lui marcher sur les pieds, il regimbera, alors je lui dirai MERDRE, et à ce signal vous vous jeterez sur lui.
    (Alfred Jarry, Ubu roi, acte premier, scène VII)

    La perfidie qu’il y a à prétendre reprocher aux LGBT et féministes la véhémence de leur protestation, après des mois de promotion et de battage complaisant autour d’une vulgaire provocation à l’antiféminisme et à la haine envers les LGBT, après des mois de surdité et de mépris envers toutes les critiques argumentées qui ont été faites des occultations, falsifications, amalgames et calomnies d’Escudero, sans parler de la grossièreté de ses contre-sens et de la confusion de ses arguments, n’a rien à envier à ces opérations de provocation policière dont le mouvement anarchiste a tant de fois fait les frais.

    En la matière, le statut de privilégié qui est celui des hommes hétéros et de leurs allié-e-s au sein des rapports de domination de genre, y compris dans le milieu et les « lieux d’expression » libertaires, les mène des plus banalement recourir aux pratiques qui caractérisent, de longue date le Pouvoir, et en particulier celui des Etat et de leurs agents. Si besoin était de prouver que les hommes hétéros sont en position de privilégiés, que les relation de genre sont des relation de Pouvoir de l’un sur l’autre, cette histoire et ces six mois le suffiraient.

    Il y a longtemps que l’on sait qu’anarchiste est surtout un label, que libertaire est un titre que l’on peut se décerner soi-même, ou au sein d’un entre soi. Anarchistes, vous le serez peut-être un jour, mais ce jour là vous lutterez aussi contre les hiérarchies de genre, contre l’hétérosexisme, aux côtés des LGBT et des féministes. Ce jour là, personne n’aura à faire de scandale lors d’un "salon du livre libertaire" contre l’auteur d’une provocation masculiniste, parce que son écrit aura été lu et son caractère inacceptable de banal abus de privilège aura été perçu par les organisateurs « libertaires » de ce salon, parce que la question des rapports de domination de genre leur aura été intelligible, parce que ces organisateurs se seront confronté à l’inconfort personnel de se reconnaître soi-même comme privilégié au sein de ces hiérarchies, et auront commencé d’en tirer les conséquences.
    D’ici là, aucun pédigree d’auteur, d’éditeur, d’organisateur ou de promoteur de quoi que ce soit étiqueté par vous-mêmes et vos amis « libertaire » ou « anarchiste » ne saura vous épargner de devoir vous confronter à la réalité de hiérarchies sociales dont vous êtes comme tout un chacun plus ou moins les agents, état agentique dont vous semblez vous accommoder fort bien.

    Mais ce jour n’est pas arrivé, et au vu de ce qu’ont été les six derniers mois, un nombre conséquent de personnes qui se sont fait un nom et une carrière dans un anarchisme qui pour être une révolte contre cette société, n’en est pas moins le fait d’individus qui s’y sont constitué et en charrient la structure en eux-mêmes, ne tient pas à ce qu’il arrive. Aujourd’hui, ce que ces messieurs-et quelques dames réclament, c’est le droit des dominants de continuer à ne pas devoir comprendre, ni même entendre, lorsque des dominé-e-s prennent la parole, et à ce que leur privilège de pouvoir prétendre refuser de comprendre de quoi il retourne continue d’occuper le premier plan.

    Une dernière chose, toutefois : outre nombre de femmes féministes remarquables, le milieu libertaire peut s’enorgueillir d’avoir compté parmi ses militants un homme qui a eu le courage de ne pas traiter par le mépris les critiques féministes et LGBT, et de se confronter avec conséquence au privilège masculin et hétéro. Il se nommait Léo Thiers Vidal.

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    • Le 11 février 2015 à 16:01, par onoff

      Il s’appelait Leo Thiers Vidal... Et était anti-spéciste (à l’intention de Samos99). Jusqu’à ce qu’on apprenne malencontreusement sur un blog en son hommage, au détour d’une anecdote pleine d’attendrissement, que dans d’autres mileux, il consommait allègrement des spaghetti bolognaise...
      Martin, il est vrai que Léo Thiers Vidal s’y connaissait en androcentrisme : FV doit se souvenir d’une certaine lettre offensive de plusieurs pages dans laquelle il lui reprochait notamment de confondre ses problèmes psychologiques personnels avec le féminisme : elle avait osé émettre une remarque critique fort subtile sur une de ses formulations ("montée de sève" pour évoquer la sexualité sur une affiche).
      Bref, un type super fiable, quoi. Mais bon, prosternons-nous.

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  • Le 27 décembre 2014 à 22:02, par Toni Prima

    Je signe des deux mains le texte "Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expression libertaire ". J’étais prêt à le signer avant d’avoir lu le livre, parce que je suis opposé par principe à toute censure, d’où qu’elle vienne. Y aurait-il une contradiction à se déclarer anarchiste et partisan d’une liberté d’opinion sans réserve ?
    J’ai toutefois pris la peine de lire attentivement l’objet du scandale, et je suis stupéfait du procès d’intention qui est fait à ce livre qui dit certes des choses qui dérangent, mais qui appelle à s’interroger par rapport à une pensée toute faite, manichéenne, qui dirait que le bien est ici, et le mal, là. C’est bien vainement par contre que j’y ai cherché une attaque contre l’homosexualité, contre le féminisme, ou une confirmation de la moindre pensée "fasciste", puisque c’est de cela que j’ai entendu accuser son auteur. J’y ai lu une invitation à s’interroger sur la marchandisation de nos corps par un capitalisme boulimique et toujours affamé, sur les dérives entre autres eugénistes où nous entraîne, à notre insu, une course aveugle vers un pseudo progrès. Oui ce livre il dérange, mais il est argumenté, et que serait une pensée que rien ne dérangerait ?
    Ce faisant ce n’est pas une "pétition" que je signe, je dis en m’associant aux signataires que je réprouve totalement toute action qui prétendrait m’empêcher de penser librement et d’avoir accès à des outils qui me contraignent à penser en homme libre, en dehors de tout credo et de tout diktat.
    Toni Prima, militant anarchiste

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    • Le 4 janvier 2015 à 15:40, par Djou

      Pour la liberté d’expression à tout prix :
      débattons avec tous et toutes, sur tout et rien, partout et tout le temps (y compris dans nos salons, libertaires ou en skaï).

      Parce qu’il n’est aucun sujet tabou, aucune thèse qui ne mérite d’être tout bonnement effacée, aucune violence des discours qui n’appelle la violence des actes.
      Parce que les mots sont sans conséquence, qu’ils n’ont jamais eu aucune incidence sur le réel ni sur des personnes existantes.
      Parce que toutes les opinions se valent et que nous n’avons que ça à faire d’écouter déblatérer de grands intellectuels sur la vie de personnes dont, pratiquement, ils ne savent rien.
      Et enfin, parce que quand même, nous le valons bien.

      Premiers signataires :
      Tintin (spécialiste du Congo) ; Eric Z (militant pour la libre déportation des musulmans) ; GodGiven (militant pour la libre expression de l’antisémitisme et haut-trésorier du groupe Quenelle) ; Alain Soooooso (théoricien de l’antisystème yo et bastion de la résistance contre les féminazies staliniennes) ; éditions Kontre Kulture (surtout de classe) ; éditions Patriotisme Misogynie Ordinaires (relais officiel du libre retour au lavoir 2.0 que tu peux liker sur fessebouc) ; Cercle Proudhon (anarcho-monarchisme d’origine contrôlée) ; Alexandre G (le poing pas le point) ; Alexis E (rebelle antiféministe technophobe) ; ...

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  • Le 5 janvier 2015 à 12:45, par Catin Caton
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