Une tribune pour les luttes

La lettre des giménologues • Septembre 2017

Nouvelles giménologiques

Article mis en ligne le mardi 3 octobre 2017

Les amis des giménologues publient
Perplexité intempestive nº2 (et quelques certitudes) la veille du 1er Octobre
article 744

Les amis des giménologues publient
Lettre à Tomás Ibáñez à propos de « Perplexités intempestives »
article 743

Les amis des giménologues publient
« Perplexité intempestive » de Tomás Ibáñez
article 742

Les amis des giménologues publient
Petit additif à la notice sur Henri Mélich et son livre
article 741

Les amis des giménologues publient
Souvenir de Luis Bredlow
article 740

Infos
Tournée giménologique à l’ouest
Le Mans, Angers, Nantes, Rennes, Fougères
article 739

Les giménologues, octobre 2017

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1 Message

  • Le 9 octobre à 10:21, par

    Chers Tomás et Miguel,

    On ne se connaît pas, mais j’ai lu, toujours avec beaucoup d’intérêt, quelques-uns de vos textes. Je devrais être un de ces « anarchistes hypocrites » dont Miguel parle dans sa lettre-commentaire à la première de Tomás. Je le dis avec de l’humour, parce que je n’ose pas m’appeler moi-même anarchiste ; si je me sens proche de l’anarchisme, j’ai sans doute trop de contradictions et d’impuretés pour mériter cette si immaculée appellation. Et parce que je ne pense pas faire le jeu du pouvoir d’une façon comparable à celle des dirigeants de la CNT lors de la révolution espagnole de 1936, par exemple. Je suis prêt, par contre, à accepter provisoirement le titre d’“idiot utile”, le temps dira si je le méritais.

    J’ai lu vos lettres perplexes et je partage en grande partie vos analyses, notamment la méfiance très justifiée face à l’indéniable pilotage et manipulation nationaliste de toute cette histoire, en ce sens je pourrais souscrire presque complètement la première lettre de Tomás. Mais, sauf devant le phénomène de l’“anarcho -nationalisme”, je vous suis un peu moins en ce qui concerne la perplexité. Bizarrement, si je suis moins perplexe, c’est parce que je partage beaucoup des explications que Tomás lui-même présente pour donner un sens au ralliement d’une partie du mouvement anarchiste à cette lutte. Par contre, je suis perplexe lissant certains mots de Tomás, qui il n’y a pas si longtemps que cela affirmait « Si de quelque chose je suis certain, et il se peut que ce soit la seule, c’est qu’il n’y a pas d’anarchisme plus authentique que celui prêt à mettre constamment en danger ses propres fondations tournant vers lui-même le plus irreverent de ses regards critiques » (http://www.eldiario.es/interferencias/anarquismo-Tomas_Ibanez_6_258334176.html)

    Disons qu’en ce qui concerne les lettres de Tomás, notre point de discussion principal tournerait autour de la question de quel est l’aspect le plus sous-estimé de la situation, si le danger du nationalisme catalan montant (et par réaction, de l’espagnol) ou bien le potentiel, je ne dirais pas comme certains, révolutionnaire, mais si de révolte et de prise de conscience du pouvoir de l’action collective, de l’auto-organisation. Il y a d’autres points de désaccord moins importants, par exemple sur le rôle de la patronale catalane dans cette histoire : je ne la vois pas ni toute, ni tellement impliquée pour l’indépendance comme les lettres de Tomás le suggèrent.

    La question de la stratégie est toujours délicate et parfois, même souvent, requiert de plus de temps pour la réflexion que celui que les événements nous permettent de lui dédier. Vos positions sont intéressantes et soulignent bien les principaux dangers d’une participation dans la lutte actuelle en Catalogne, mais beaucoup d’autres anarchistes (des vrais ?) qui y participent ont aussi fait état de ces dangers. Parler des précédents historiques est absolument nécessaire et utile, mais doit-on vraiment accepter la répétition de l’histoire comme horizon indépassable ? J’aurais mieux aimé une critique plus directe de l’opportunité de la stratégie de participation dans cette lutte, ici et maintenant, une analyse de pourquoi l’idée selon laquelle on pourrait influencer (il faut être conscient de notre nombre) sur un processus qui a indéniablement une grande basse populaire, serait-elle infondée. Je sais que la question du vote est presque religieuse pour certains anarchistes, mais je vois ici une volonté d’intervention, de prise en main d’un certain pouvoir, restreint, symbolique, certes, mais c’est déjà ça. Une volonté dont les conséquences n’iraient probablement pas très loin ; mais peut-on savoir jusqu’où iraient-elles ? Si les gens commencent à se sentir capables d’agir sur l’organisation de leurs structures politiques, pourquoi croire qu’indéfectiblement elles s’arrêteraient lorsque la « caste dirigeante » déciderait que c’est fini, que le (son) but est atteint ? J’appelle cela pessimisme. J’ai souvent la tentation d’y sombrer, mais je crois que pour lutter, il faut résister cette tentation.

    J’ai aussi lu la lettre de Miguel. Et là, je me pose d’autres questions :

    1/ Miguel, en quoi l’ascension de l’oligarchie catalane a-t-elle été empêchée par le régime sorti de 78, voire par la dictature ? N’est-ce pas une bonne partie de cette « caste catalane » qui constitue le noyau le plus dur de l’oligarchie espagnole ? En fait n’a pas elle (je parle de la “caste” économique, pas de la “caste” politique, la correspondance biunivoque semble aujourd’hui atteinte) montré clairement pendant tout le “procés” une position contraire à tout souverainisme et ne le souligne pas aujourd’hui par le départ d’une bonne partie des banques et des grandes et moyennes entreprises de la Catalogne, sous prétexte de la situation politique “incertaine” ? Ou bien crois-tu, comme certains, que tout ce “procés” n’est qu’une stratégie pour cacher leur propre corruption ? Soit quelque chose de très fondamentale m’échappe ici, soit ton argument sur cette ligne me semble intenable. Il faudrait sans doute chercher plus en profondeur pourquoi une si grande partie de la bourgeoisie et de la classe moyenne catalane s’est transformé en indépendantiste alors qu’elle était jusqu’ici “autonomiste”. Ne pas être nationaliste ne m’empêche pas de voir que les nationalistes existent, que leurs arguments ne sont pas tous économiques et même que, souvent, ils sont plutôt irrationnels, comme toi-même soutiens plus loin.

    2/ Je suis désolé, mais je ne te suis pas dans ce fragment :
    « À mon avis, l’objectif a été atteint, et la caste dirigeante étatique est bien plus disposée à modifier la constitution du post-franquisme pour mieux y adapter la caste catalaniste, même si pour cela il lui faudra sacrifier certaines figures en cours de route, peut-être même Puigdemont. Les puissants représentants du grand capital (par exemple, Felipe González) semblent aller dans ce sens. »
    J’ai relu le texte en espagnol pour vérifier qu’il n’y avait pas une erreur de traduction, surtout après lire la note 3 du traducteur, qui me semble aussi à côté de la plaque (ceci dit avec tout le respect que j’ai pour Frank Mintz). Mais c’est l’inverse ! Montre-moi des exemples de cette disposition de la « caste dirigeante étatique » (et de Felipe González ! là, j’ai cru que tu avais vraiment passé quelques années sur Mars) à modifier la constitution de 78 ! Ils ont dit et redit que cette constitution est intouchable, comme l’unité de l’Espagne. Sauf, bien sûr, pour bien l’adapter aux demandes les plus ordoliberales de l’UE, cf. la modification de son article 135. Peut-être le sens de tes mots se place dans le futur : tu croirais alors que c’est la « collision de trains » qui va forcer la « caste dirigeante étatique » à négocier. Si c’est le cas, je ne peux rien dire, je ne vois pas dans l’avenir.

    3/ L’analyse psychologisante de l’action des gens et l’affirmation, plus loin, que « Tu [Tomás] conviendras avec moi que l’histoire est faite par les gens ordinaires par le biais des assemblées et des organismes issus d’eux, mais dans l’état actuel des choses, l’histoire appartient à qui la manipule le mieux » me semblent d’un élitisme et d’un paternalisme déplacés pour quelqu’un dont l’idéologie prône l’émancipation du peuple par lui-même. Je ne suis pas si naïf pour ne pas admettre la force de la propagande, de l’endoctrinement et de la psychose paranoïaque ; mais j’ai été à Barcelone ces derniers jours et j’ai parlé avec bien de gens, de différents milieux et de convictions (ou pas) politiques assez variées et je peux te dire que beaucoup de ces gens pensent par elles-mêmes, ne sont pas dupes de tout ce qu’on leur dit et se trompent ou visent juste toutes seules.

    Enfin, seulement dire que si je pense aussi que, dans l’abstrait, « prendre parti » est en effet un faux dilemme, je ne suis pas convaincu que, dans ces circonstances, rester à côté, si purs, soit le moyen le plus efficace de passer le message anarchiste et de porter la lutte plus loin. C’est mieux laisser son potentiel émancipateur dans les seules mains des nationalistes ou y participer pour montrer qu’un « procès constituant » d’un état ne sera, au mieux, qu’une étape ? Lorsque cette fièvre passera et quoi qu’il soit son résultat, provisoire, dans quel cas serons-nous mieux placés pour lutter pour l’auto-détermination de tous et chacun devant n’importe quelle forme d’autorité ? Ce ne sont pas des questions rhétoriques que je pose ici : je n’ai pas de réponse. Je n’ai que l’intuition qu’il faut y être, même incommodes, surtout critiques, comme Tomás et moi-même avons été mardi dernier à la manifestation convoquée par la CGT, CNT et autres. Cette intuition est mon improbable « guide de perplexes ».

    Amicalement,

    Miguel

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