Une tribune pour les luttes

Budget : démagogie ministérielle en augmentation de 6,5% pour 2009 !

Rapport Lambert : l’estocade finale contre les acquis sociaux étudiants ?

Article mis en ligne le vendredi 3 octobre 2008


Budget : démagogie ministérielle en augmentation de 6,5% pour 2009 !

Ces derniers jours, la ministre a fait connaître « son » budget de l’enseignement supérieur pour l’année à venir. Telle qu’il a été annoncé, le budget correspondrait à une augmentation de 6,5% par rapport à l’année 2009.

Si l’on prend la peine de ne pas se noyer dans le torrent de chiffres émergent de la prolifique source de communication ministérielle, on comprend rapidement qu’une réalité nettement moins glorieuse se cache derrière ces annonces. Plusieurs dispositifs de ce budget ne sont pas sans conséquences sur la qualité des conditions d’études et de recherche pour les années à venir.

Tout d’abord, on assite à un déferlement de mesures visant à accroître les financements privés de l’université : partenariats publics-privés, le ministère allant jusqu’à faire du crédit impôt recherche (une exonération de charges pour les instituts de recherche privés) un outil prétendument « anti-délocalisation », affirmation ne se fondant sur aucune base sérieuse ! Il serait absurde de croire que le financement de l’enseignement par des entreprises aux intérêts économiques bien définis pourra se faire sans intrusions dans les domaines pédagogiques.

De manière symptomatique, face aux crédits impôts recherche dont la créance devrait s’élever à plus de 3 milliards d’euros en 2009, l’investissement dans la recherche public paraît bien faible puisque l’augmentation consentie ne sera que de 3,8%...

Enfin, comble d’un budget affirmant que « les universités n’auront jamais eut autant de moyens que dans les années à venir » (sic), ce sont 900 postes qui seront supprimés dans les années à venir ! Ces suppressions se ferront pour moitié sur la base de non-renouvellement de départs en retraite, ce qui ne saurait être sans conséquences sur la qualité des enseignements proposés aux étudiant-e-s ; et pour l’autre moitié sur le non renouvellement d’allocataires de recherches et de post-docs, au détriment de la qualité de la recherche publique.

Pour couronner le tout, le gadget « phare » de ce budget (la scandaleuse vente d’actions d’EDF par l’état) pour financer l’opération campus, pourrait finalement servir à renflouer une banque déficitaire si le gouvernement suit l’avis de membres de la commission finances du Sénat...

Les augmentations annoncées ne seront donc pas suivies d’effets positifs tangibles pour les étudiant-e-s, puisque la réalité de ces chiffres est nulle : les millions et milliards annoncés se perdent dans les instituts de recherches privés, dont aucun-e étudiant-e ni personnel de l’enseignement supérieur ne pourra bénéficier. L’amélioration des conditions d’études et de la qualité des enseignement ne s’est jamais faite, et ne se fera jamais, en supprimant des postes de personnels universitaires.


Rapport Lambert : l’estocade finale contre les acquis sociaux étudiants ?

Denis Lambert, ancien haut responsable au sein du CROUS de Lyon, a remis ces derniers jours à la ministre un rapport sur « la modernisation » du réseau des oeuvres sociales et universitaires. Le but de ce rapport est clairement affichée dans sa conclusion : il s’agit pour les oeuvres sociales et universitaires de s’inscrire « dans la dynamique de modernisation et de responsabilisation des politiques publiques » (conclusion du rapport, page 65), c’est à dire dans une politique de rigueur budgétaire et de réformes antisociales que nous connaissons ces derniers mois.

La première préconisation de ce rapport vise à faire disparaître les CROUS sous la forme que nous leur connaissons, pour créer un réseau « d’agences pour la vie étudiante ». Sous ce changement d’appelation, on constate rapidement que se cache la remise en cause de l’ensemble du système des CROUS, système acquis après des années de luttes étudiantes.

Sur le fonctionnement interne de l’institution imaginée par D.Lambert, on doit signaler deux éléments majeurs :

* Le premier concerne la remise en cause de la gestion étudiante des futures agences : quand les CROUS se fondaient initialement sur une gestion par ses usager-e-s (tout comme le système de sécurité sociale dans sa version initiale, par exemple), le rapport prône un nouveau recul de l’action étudiante dans ces agences

* la seconde orientation qui inquiète les étudiant-e-s est la question du budget : le rapport encourage en effet le gouvernement à mettre en place un système d’autonomies budgétaires des différentes agences régionales qui seront créées. Cette autonomie se fonderait sur une répartition des moyens fixée par un contrat quadriennal avec l’état. Derrière ces mesures, il y a fort à craindre que les agences situées dans les territoires les plus pauvres se trouvent rapidement dépouillées, ce qui rendrait alors plus difficile le versement des bourses, l’embauche de personnels non précaires, etc.

Le communiqué publié par le ministère se voudrait rassurant, affirmant que ce rapport doit avant tout servir les étudiant-e-s, en accélérant notamment le versement des bourses. Or, l’on conçoit bien la difficulté pour les futures agences de remplir l’ensemble de leurs missions sans disposer de moyens conséquents. Par ailleurs, des missions telles que la santé ou la culture, qui font partie des domaines de compétence des CROUS, sont à peine évoquées.

Avant même d’effectuer des annonces incantatoires sur un versement des bourses plus rapide et plus simple, il aurait été judicieux que les étudiant-e-s soient consultés sur leurs attentes en matière d’aides sociales - et qu’il soit garanti un budget suffisant pour garantir ces attentes : le rapport Lambert ne propose rien de semblable, la liste des personnalitées consultées pour la rédaction du rapport est édifiante (presque aucun-e étudiant-e).

Loin de proposer une refonte globale par le haut des oeuvres sociales et universitaires, ce rapport se propose donc d’annihiler un système d’aides sociales qui n’est déjà plus adaptés aux réalités de l’enseignement supérieur du XXIème siècle : ce rapport ne permet en rien de lutter contre la précarité étudiante, contre la salariat contraint des étudiant-e-s, contre les tutelles économiques et/ou « morales » que subissent les étudiant-e-s, etc. Pire, il remet en cause des acquis étudiants déjà rongés par des années de réformes antisociales. Il est donc nécessaire de s’opposer vivement aux préconisations de ce rapport dans les semaines à venir, aux côtés des personnels des CROUS.

2 octobre 2008

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