Une tribune pour les luttes

Les inculpés de Tarnac :un renversement de l’ordre de droit

par Jean-Claude Paye , sociologue + Témoignages vidéo de deux mis en examen

Article mis en ligne le vendredi 26 décembre 2008

Un juge des libertés et de la détention (JLD) a signé une ordonnance de remise en liberté de Julien Coupat à la suite d’une demande déposée par son avocate, Me Irène Terrel, à l’issue d’un interrogatoire de Julien Coupat devant le juge d’instruction chargé de l’enquête le 12 décembre.

Julien Coupat n’a cependant pas été remis en liberté, le procureur du parquet de Paris ayant utilisé la procédure inhabituelle dite de "référé-détention" pour suspendre la remise en liberté sous contrôle judiciaire de Julien Coupat contre la décision du JLD. Cet appel doit être examiné mardi par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris.

Voir également sur ce sujet

http://www.rue89.com/2008/12/20/cou...


Tribune Libre

20/12/2008

Les inculpés de Tarnac :un renversement de l’ordre de droit

L’absence d’éléments matériels permettant de poursuivre les inculpés n’est pas niée, mais la nécessaire prévalence des faits est renversée au profit de la primauté de l’image construite par le pouvoir. La position de la ministre Mme Alliot-Marie est particulièrement intéressante : « Ils ont adopté la méthode de la clandestinité, assure la ministre. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers. » Mais la ministre en convient : « Il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes. »

Ces déclarations résument bien l’affaire. Ce qui fait de ces jeunes gens des terroristes, c’est leur mode de vie, le fait qu’ils tentent d’échapper à la machine économique et qu’ils n’adoptent pas un comportement de soumission « proactive » aux procédures de contrôle. Ne pas avoir de téléphone portable devient un indice établissant des intentions terroristes. Rétablir le lien social est également un comportement incriminé, puisque cette pratique permet de poser un cran d’arrêt au déploiement de la toute puissance de l’État.

Dans ces déclarations la référence aux faits, en l’absence de tout indice matériel probant, ne peut être intégrée rationnellement et engendre la phase du délire, une reconstruction du réel avec l’image du terrorisme comme support.

Ce processus est également visible dans les rapports de police, dans lesquels s’opère, au niveau du langage, toute une reconstruction fantasmatique de la réalité.

Ainsi, comme indice matériel prouvant la culpabilité des inculpés, la police parle « de documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d’arrivée dans les gares ». Un horaire de la SNCF devient ainsi un document particulièrement inquiétant, dont la possession implique nécessairement la participation à des dégradations contre la compagnie de chemins de fer.

La mise en scène de l’arrestation et de l’inculpation des « autonomes de Tarnac » est un phénomène qui révèle non seulement un bouleversement de l’ordre juridique, mais aussi une mutation plus profonde, celle de l’ordre symbolique de la société.

Le pouvoir a la possibilité de créer un nouveau réel, une virtualité qui ne supprime pas, mais qui supplante les faits. La faiblesse du mouvement social, la faillite de la fonction symbolique explique l’absence de frein à la toute puissance de l’État qui se montre en tant qu’image englobante, en tant que figure maternelle. À un ordre social névrotique qui se révèle contradictoire, se substitue une structure psychotique, un ordre qui supprime tout conflit, toute possibilité de confrontation avec le réel.

Jean-Claude Paye , sociologue


Témoignages vidéo de deux mis en examen


Tarnac : la police a fait « un pur montage »

Sur le blog de David Dufresne :

Benjamin Rosoux et Mathieu Burnel, tous deux désignés par la police
comme faisant partie du « premier cercle » d’une prétendue Cellule
invisible responsable des sabotages de caténaires de la SNCF, contestent
en détail le rapport de la Sous-direction de la police antiterroriste.

C’est un montage, un « pur ouvrage de scénarisation », assurent-ils. Ils
reviennent aussi sur les conditions de leur garde à vue.

A voir
également, les deux derniers volets : L’emballement médiatique et Une
affaire politique.

Enquête vidéo.

http://www.davduf.net/Tarnac-la-police-a-fait-un-pur.html

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5 Messages

  • Le 20 décembre 2008 à 16:21, par

    L’affaire de Tarnac traduit-elle un retour en force du sécuritaire ?

    Yannick Danio. D’un point de vue policier, on a une enquête ayant abouti à des interpellations. Maintenant, c’est à la justice de trancher. Mais peut-on qualifier de terrorisme ce qui est du droit commun, même accompagné d’un discours idéologique qui, il est vrai, n’entre pas dans le discours dominant ? Jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas eu d’utilisation d’explosifs mais de fers à béton qui n’ont, que je sache, mis la vie de personne en danger. On sait toutefois depuis longtemps que le sentiment d’insécurité est un excellent vecteur de communication. Cela permet en outre de justifier des mises en garde à vue pharaoniques et une explosion des contrôles d’identité, qui ne veulent rien dire.

  • Le 21 décembre 2008 à 18:09, par

    Passées les « fêtes », nous prévoyons que se déroulent pendant 10 jours, du 15 au 25 janvier, le maximum d’évènements, concerts, projections, débats, afin de faire ressurgir la question, afin que soit requalifiées les charges qui pèsent sur nos camarades, et que sortent ceux qui sont encore en prison. Il faut que cette opération de com’ du ministère de l’intérieur se retourne et devienne une première et cuisante défaite pour ceux qui voudraient criminaliser l’action politique.

    Cela permettra également d’annoncer et préparer un grande manifestation nationale le 31 Janvier.
    Et même si cela n’est pas le principal, si ces événements permettent de récolter de l’argent pour le comité de soutien, nous en avons besoin.

    La réussite de ces 10 jours dépendra essentiellement de la capacité à se mobiliser de ceux qui nous soutiennent, ou veulent nous soutenir.
    Plus encore que de l’aide, nous avons besoin d’initiatives.
    Nous n’avons pas de bureau national, peu de moyens, pas de centralité entre le comités. Tout au plus quelques personnes qui peuvent faire le relais entre ceux qui s’organisent. Mais nous pouvons, par contre, diffuser l’information le plus largement possible.

    C’est à dire :

    - Si vous êtes quelques uns dans une ville, constituez un comité de soutien, qui puisse relayer les actions et nouvelles à un niveau local. Envoyez nous un texte et un email, nous le ferons apparaître sur le site.
    - Si vous avez les moyens d’organiser un ou des évènements dans ces dates, nous les annoncerons. Nous pouvons aussi faire passer toutes les informations ou matériel nécessaire pour une table de presse, et éventuellement venir, selon où, quand et pourquoi.
    - Si vous êtes un groupe de musiciens sans salle, ou une salle sans groupe, nous tâcherons de vous mettre en contact les uns avec les autres.
    - Et enfin, nous pouvons nous concentrer sur l’organisation de quelques soirées de plus grande ampleur. Si vous connaissez des groupes connus ou des gérants de salles assez grandes qui seraient prêts à participer, nous donner leur contact serait une aide précieuse.

    A peine plus d’un mois pour préparer tout cela, c’est assez court. Il y a une certaine urgence.

    Il arrive que le vent tourne. A nous tous d’en faire une tempête.

    Sabotons l’antiterrorisme.

    Pour nous contacter à propos de l’organisation de ces 10 jours :

    comiteparis chez yahoo.fr

    soutienconcerts.tarnac chez gmail.com

    http://www.soutien11novembre.org

  • Le 21 décembre 2008 à 18:31, par

    Dans la nuit du 8 au 9 août 1765 des coups de couteau sont portés sur le crucifix du pont d’Abbeville. Le 10 au matin, averti par une rumeur, le procureur du roi se rend sur les lieux et dresse procès verbal. Une enquête est lancée, elle ne donne rien, personne n’a rien vu. Néanmoins les soupçons, toujours guidés par la rumeur, se portent sur un groupe de jeunes gens et particulièrement sur l’un d’entre eux, considéré comme leur chef, François-Jean Lefebvre Chevalier de La Barre, issu d’une bonne famille de la région et neveu de l’abbesse de Willancourt. Des délateurs se présentent affirmant qu’on l’a entendu chanter des chansons libertines et s’être vanté d’être passé devant une procession du Saint Sacrement sans se découvrir. Cinq jeunes gens sont interrogés. Trois parviennent à s’enfuir, mais deux sont arrêtés, Le Chevalier de la Barre et le sieur Moisnel, âgé de 15 ans. Les autorités de la ville font grand bruit autour de l’affaire et organisent, en grande pompe, une cérémonie dite de « l’amende honorable » avec évêque, corps constitués, tocsin, cierges, messe solennelle et procession suivie par une foule dévote. Une perquisition menée au domicile de La Barre amène à la découverte de livres interdits dont le Dictionnaire philosophique de Voltaire. L’affaire remonte jusqu’à la Cour et jusqu’au roi lui-même, bien décidé à faire un exemple, d’autant plus frappant que le principal prévenu est issu de la bonne société et qu’il est défendu par des philosophes des Lumières et par l’opinion éclairée, ce qui donne à l’affaire, locale à l’origine, une dimension nationale. Accusé de sacrilège, le Chevalier est condamné à mort malgré l’absence de preuve. Il est torturé, a le poing et la langue coupés, est décapité, puis est brûlé avec l’exemplaire du Dictionnaire philosophique attaché à son corps. Il a 19 ans.

  • Le 22 décembre 2008 à 06:27, par Peyotl

    Marseille semble étonnament atone pour ce qui est de soutenir Yldune, Julien et les autres inculpé-e-s...

    Pour tenter d’y remédier :

    http://marseille11novembre.over-blog.com

  • Le 22 décembre 2008 à 18:03, par

    Dans le Canard Enchaîné :
    "Depuis un mois, à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, la nuit,
    toutes les deux heures, la lumière s’allume dans la cellule d’Ydlune Lévy,
    présumée d’"ultragauche" saboteuse de caténaires SNCF. (...)Officiellement,
    c’est "pour la protéger d’elle-même. En réalité, comme le concèdent des
    juges en privé, il s’agit d’abord d’"attendrir la viande" de cette
    "dangereuse terroriste" promue par MAM ennemi public n°1 avec son compagnon
    Julien C.(...) A la question de Libération (11/12) "comment s’expriment
    leurs velléités terroristes ?", le contrôleur général Christian Chaboud,
    responsable de la lutte antiterroriste, a répondu : "De par leur attitude et
    leur mode de vie."
    Renseignement pris auprès d’un vieil avocat, l’expression "attendrir la
    viande" est utilisée depuis toujours. Il s’agit d’en faire baver aux
    présumés coupables pour les pousser à coopérer.
    Il y a des jours où l’on hait sa langue maternelle.

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