Une tribune pour les luttes

Ibrahim Ali Abdallah nous a quittés il y a 17 ans, à l’âge de 17 ans, assassiné par des colleurs d’affiches du Front National

Rassemblement contre l’intolérance et la xénophobie du mardi 21 février 2012 de 12h30 à 13h30 aux 4 chemins des Aygalades
THÉRAPOESIE de Mbaé Soly Mohamed

Article mis en ligne le jeudi 23 février 2012

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Cliquez sur les vignettes pour les agrandir

Une cérémonie toujours aussi émouvante après tout ce temps (je n’en ai pas manqué beaucoup), avec l’hommage de ses camarades du groupe B Vice, et le recueillement de la génération suivante.

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Jean 6/4

Malheureusement les graines de la haine continuent à germer et à essaimer très largement et en particulier au plus haut niveau de l’Etat.

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Soly M’Bae
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mardi 21 février 2012

THÉRAPOESIE

Vingt et février quatre vingt quinze, c’était hier
Ma nuit d’hiver la plus froide sur cette terre
Une mère qui perd soudain la prunelle de ses yeux
Des petits frères en enfer en un éclair de feu
Les murs suintant la haine de la cité phocéenne
Les milices aryennes chassant le bois d’ébène
Un coup de fil qui brise le silence des ténèbres
Dormir minot et fière, se réveiller homme et nègre
Le poids de l’univers sur des épaules trop frèles
La colère, les appels à la prière ou à la vengeance
Un vendredi pluvieux à St Pierre, des adieux interminables
Cacher ses yeux en larme et son âme inconsolable

La Canebière défilant aux couleurs de l’arc-en-ciel
Une noble reine chirazienne donnant la cadence
Le show des fachos en costard cravate
Paradant sans pudeur à la cours d’assise
Des assassins paranos d’extrême droite
Plaidant la légitime défense et la couardise
Blanc, Thuram et Zidane à ton procès et dans les rues
Le verdict qui tombe sous les vacarmes et les feux d’artifice
Les tricolores sur le toit du monde, la savine aux abysses
Des voix indignées déchirant la salle des pas perdus

Les saisons passent et chassent
Nos tendres et belles années d’innocence
Quoi que l’on fasse sur nos visages elles tracent
Des crevasses aussi profondes que ton absence
Dix sept ans d’insomnie et d’errance
A quémander égalité et justice
Dix sept ans d’une vie à boire le calice
De douleur jusqu’à la folie, la désespérance
Conjuguer avec le pire pour conjurer le sors
Faire le deuil de l’avenir pour ne pas perdre le Nord
Suivre le cours de la vie pour éviter de sombrer
Vivre même si la vie n’est plus qu’un long fleuve désabusé
Chaque jour nouveau son lot d’infâmes galéjades
Son cortège ordinaire de lois discriminatoires
A chaque élection son taux de fachos en croisade
Ses débats de caniveau insultant nos mémoires
Les mots aiguisent les peurs, banalisent l’horreur
Les langues se gargarisent de fumeuses théories
La crise dessèche les cœurs, paralyse les esprits
Les idéaux et les valeurs courtisent les thèses du Führer
La France blanche cultive sa phobie des différences
Sa rance démocratie aux vieux relents d’intolérance
La France terre d’asile, Mère patrie des droits de l’Homme
N’est plus qu’un vieux royaume hostile où l’on doit avaler son aumône
De citoyenneté de seconde zone selon sa couleur ou sa naissance
La pleine jouissance de ses droits selon sa fortune ou ses croyances
Une république d’apparat, de l’arrogance triomphante
Où règnent en maîtres et rois les parasites sans fois ni loi
Indulgents et serviles envers les puissances du CAC 40
Mais jamais à court d’offense pour les gens d’en bas.
Ou les gens de foi, surtout ceux qui croient en Allah
Gare à la fatwa de leurs missionnaires dans les médias
Une laïcité intégriste qui s’applique à dicter sa tyrannie
Quitte à violer ses vrais principes et sa philosophie
Au programme : faire l’amalgame entre terrorisme et islam
Car le voile d’une musulmane est une atteinte au string de Marianne
Rien de nouveau sous le soleil des bouc-émissaires indigènes
Nos cœurs en lambeaux qui saignent à force de subir les anathèmes
Des tenants des civilisations et des races supérieures
Nous ramenant sans cesse au passé et ses pires horreurs
17 ans que j’égrène et que je traîne mon lourd chapelet de souvenirs
Au parfum de chrysanthème pour l’enfant martyr
17 ans que j’écris ma thérapie en poèmes pour apprendre à sourire
Les vers amers d’un requiem pour ma haine contenir.

Mbaé Soly Mohamed

21 février 2012

Merci et à l’année prochaine.
Si Dieu nous prête vie jusque là.
Prenez soin de vous tous et de vos proches

http://solyblock.blogspot.com/2012/...



Nous voilà, encore et encore
Seize longues années après ta mort
A panser nos maux, nos blessures
Avec de simples mots, nos seules armures
Contre l’oubli et ce vide immense
Qui remplit nos vies depuis ton absence

Face aux mutismes complices et assourdissants
Des moulins à promesses électorales
Au gré des vents, des sondages d’opinions
Ils virent leur cuti et leur idéal
A gauche, à droite, au centre, aux extrêmes
Le bateau républicain part à la pêche aux voix
Navigue en eaux troubles aux frontières de la haine
Et déverse sa mauvaise foi à coups de langue de bois

A chaque fait divers sa loi son bouc émissaire
Pour faire saliver les médias et effrayer la ménagère
De nauséeux débats dans nos ministères et au sénat
Pour mieux séduire les gogos et piétiner nos droits

Alors nous revoilà à exorciser nos vieux démons
Fidèles à ta mémoire, à nos sermons
A étaler nos cicatrices sur la place publique
Quitte à revivre le supplice, à essuyer les critiques
Impudiques gamins et vieux obstinés
Obsédés du péril de la flamme tricolore
Réclamant à cor et à cri justice et fraternité
Quand le monde ne rêve que de pain, de vin et de sport

Comme toujours nous voilà à sonner le tocsin
A écrire ton histoire, à briser le mur di silence
Jusqu’au dernier jour nous maudirons tes assassins
Devoir de mémoire pour toutes nos descendances

MT SOLY - Février 2011


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Le mardi 21 février 2012, cela fera 17 ans qu’Ibrahim Ali Abdallah nous a quitté à l’âge de 17 ans, assassiné par des colleurs d’affiches du Front National

A cette occasion ; et comme chaque année depuis ce drame ; ses proches, ses amis, des partisans du vivre ensemble, des militants antiracistes, des citoyens ordinaires…Vous invitent à un

Rassemblement contre l’intolérance et la xénophobie.

Le mardi 21 février 2012 de 12h30 à 13h30

Aux 4 chemins des Aygalades

Venez nombreux et faites passer l’information

Plus jamais ça !

— 


Ibrahim Ali avait 17 ans

http://www.lamarseillaise.fr/societ...

21-02-2012

(...)

Cela fait 17 ans que ses proches, sa famille et ses amis, se réunissent le 21 février à l’endroit même où sa jeune vie s’est arrêtée.

Cette année, ils souhaitent faire de cet hommage « un rassemblement citoyen et apolitique » sans récupération d’aucune sorte. « L’an dernier, je ne me suis pas aperçu que j’étais entouré d’élus avec leurs écharpes, explique Soly M’Bae, le directeur de la Sound Musical School, la structure du B Vice. En cette année d’élection, je souhaite que les élus restent avec le public comme de simples citoyens. »

Cela ne veut pas dire que le message que porte Soly, Aly, Hassani et les autres n’est pas politique, bien au contraire. «  17 ans après la mort d’Ibrahim, on s’aperçoit que les idées de haine du FN sont diffusées jusqu’au sommet de l’Etat et constituent même un des axes du programme de Nicolas Sarkozy. Pire 17 ans après, celui qui était notre avocat lors du procès de ses assassins, Gilbert Collard, est devenu le porte parole de Marine Le Pen. »

(...)

Encore une fois, Soly trouvera les mots pour se souvenir : « 17 ans que j’égrène et que je traîne mon lourd chapelet de souvenirs
au parfum de chrysanthème pour l’enfant martyr
17 ans que j’écris ma thérapie en poèmes pour apprendre à sourire
les vers amers d’un requiem pour ma haine contenir.
 »

BENOIT GILLES


Quand viendra ce jour
Où enfin l’amour triomphera sur la haine
Quand viendra ce jour
Où enfin l’amour et la paix auront leur règne

MT Soly in "Un monde meilleur"


http://www.millebabords.org/spip.php?article802

Commémoration du meurtre d’Ibrahim Ali

Marseille, 21 février 1995.

La campagne électorale des présidentielles et municipales bat son plein. Le candidat du Front National pour les 15eme et 16eme arrondissements de Marseille (quartiers nord) se nomme Jean-Pierre Bauman. Profession : avocat. Robert Lagier, Mario d’Ambrosio et Pierre Giglio sont des militants du FN depuis respectivement dix, un et cinq ans. Tous trois forment une équipe zélée de colleurs d’affiches depuis les élections précédentes.

Ce soir-là, après leur réunion hebdomadaire, ils décident d’aller coller des affiches à l’éffigie de Le Pen. Tous sont armés de pistolets de gros calibre. Lagier est même tireur d’élite et s’entraîne plusieurs fois par semaine dans un club de tir de la police nationale. Club de tir où il avait amené sa petite fille de neuf ans pour qu’elle apprenne à tirer sur les « melons ». Il emporte aussi une paire de lunettes contrastantes lui permettant de mieux distinguer les formes dans la nuit. Il s’est même fabriqué un étui spécial pour porter son arme au mollet, comme dans les films.

Une première étape les conduit au carrefour des Aygalades, dans le 15eme arrondissement. Mario d’Ambrosio décide d’assurer la surveillance des affiches qui viennent d’être collés. Les deux autres démarrent pour coller plus loin lorsqu’ils se retrouvent face à un groupe de jeunes noirs courant sur toutes la largeur de la rue. Ils disent être agressés, avoir pris peur et font demi-tour pour rejoindre le carrefour où est resté d’Ambrosio.

Les motivations des adolescents sont toutes autres. Après la répétition d’un spectacle au centre culturel Mirabeau, le groupe de rap B.Vice et leur potes sont en retard. Le dernier bus de nuit les ramenant à leur cité, la Savine, va bientôt passer. Ils courent, craignant de le manquer.

Le vehicule des colleurs d’affiches atteind le carrefour, le feu passe au rouge. Bien que l’endroit soit désert, Lagier décide de s’arrêter. Le groupe de jeunes arrive au niveau de la voiture. Alors tout se précipite. Lagier sort et tire une première fois. La balle siffle juste au dessus de la tête de Soulé Ibrahima, l’un des jeunes qui fait mine de s’effondrer. Le groupe de jeunes s’enfuit en rebroussant chemin. Deux autres coups claquent, une des balles atteint Ibrahim Ali dans le dos. Celui-ci s’écrie "Ils m’ont eu", se plaint de la douleur et réussit à l’aide de son ami Ahamada Saïd à faire une dizaine de mètres. Il s’écroule, ce dernier le supplie de se relever, il ne peut plus. D’Ambrosio à son tour perd tout contrôle et fait feu vers les jeunes.

Ceux-ci cherchent à prévenir, personne ne s’arrête. Le patron du Modern Bar, situé à proximité de l’agression, avertit les pompiers et la police. Il est 23h24. L’un des consommateurs est un jeune médecin algérien. Il prodigue les premiers soins à Ibrahim. Les marins-pompiers arrivent peu après et découvrent une plaie au thorax, dans le dos, large de cinq millimètres.Ibrahim décède une demi heure après sa prise en charge.

Pendant ce temps Lagier, d’Ambrosio et Giglio se séparent après une brève discussion et rentrent chez eux.

Un incident avait déjà impliqué ces mêmes militants. Ils avaient menacé de leurs armes quatres clients se rendant au Modern Bar. Le numéro d’immatriculation de leur véhicule avait été signalé à la police. "Vous voyez les loups de partout vous !" avaient répondu les agents présents sur les lieux. Un mois après, Ibrahim était mort. Dès le lendemain matin, les dirigeants du FN se réunissent à leur bureau marseillais. Ils cachent à la justice qu’ils savent qui sont les tueurs, le temps de préparer une défense quelque peu crédible. Leur reflexe quand ils seront obligés d’admettre que les assassins sont des militants FN sera de mentir plus encore : Mégret déclarera "Lagier a été violement agressé....c’est la faute de l’immigration massive et incontrolée...si nos colleurs n’avaient pas été armés, ils seraient problablement morts." (le Méridional le 23/02/1995).

Lagier maintiendra coûte que coûte sa version de l’agression dont il aurait été victime. Or les policiers qui ont été les premiers sur place, quelques minutes après le drame, sont venus expliquer à la cour qu’ils n’ont pas trouvé de pierre sur place, alors que Lagier prétend qu’il a distinctement entendu des impacts sur sa voiture ce soir-là.

Des employés de la mairie, chargés du nettoyage de la voie publique, n’en font pas cas non plus, pas plus que de bris d’abribus.

Sous le titre "aidez nos prisonnier", le FN ouvre une soucription pour soutenir les trois militants et organise le 25/11/1997 un "Grand Loto au profit de nos prisonniers, n’oublions pas nos amis qui sont dans la peine", écrivent M. Gros et J.P. Bauman, toujours candidat FN aux municipales en 2001.

VERDICT DU PROCES DES MEURTRIERS D’IBRAHIM ALI

Roben Lagier, l’auteur du coup de feu mortel, a été reconnu coupable d’homicide volontaire, ainsi que de tentatives d’homicides volontaires et de violences avec armes. Il a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle alors que l’avocat général Etienne CECALDI avait requis contre lui 20 ans. Mario d’Ambrosio, auteur de plusieurs coups de feu, a écopé de 10 ans d’emprisonnement pour tentatives d’homicides volontaires

La cour d’Assises a dépassé la réquisition de l’avocat général qui avait demandé 7 ans de prison. Pierre Giglio, le responsable du groupe de colleurs d’affiches, a été condamné à deux ans de prison dont un avec sursis pour port d’armes.

Bruno Mégret était venu plaidé à la barre la légitime défence. Et d’ailleurs D’ambrosio a été employé par la mairie de Vitrolles lors de sa sortie de taule Ibrahim aurait 26 ans cette année.

Pour commemorer sa mort, les murs de Marseille fleurissent d’affiches FN et MNR. Ceux qui ont armés, au moins idéologiquement, les meurtiers d’Ibrahim sont en liberté.

Bauman était toujours candidat à la mairie en 2001 et sa tronche a déshonoré les murs des quartiers nord.

— -

IBRAHIM ALI. Quinze ans après, retour sur un drame inoubliable.

par Ben Amir SAADI

Pour revenir et mieux comprendre ce qui s’est réellement passé ce soir là et l’onde de choc que ce drame a occasionné, quinze ans après les faits et huit ans après le verdict de la justice française, nous sommes partis à la rencontre des amis d’Ibrahim Ali, ses frères comme on les appelle à la Savine, et qui sont aujourd’hui les gardiens de sa Mémoire. Nous sommes également allés nous documenter sur les archives du procès afin de vous relater le plus précisément possible les faits selon la voie judiciaire.


Rappel des faits

Nous sommes la nuit du 21 février 1995 à cinq mois des élections municipales et à un mois tout juste des élections présidentielles. L’avocat Jean-Pierre Bauman est le candidat du Front National pour les 15ème et 16ème arrondissement de Marseille et Jean Marie le Pen postule pour la 3ème fois pour l’Elysée. La campagne bat son plein dans la cité phocéenne, Robert Lagier, Mario d’Ambrosio et Pierre Giglio, militants du FN s’activent pour aller coller leurs affiches.

Ce soir-là, armé de pistolets de gros calibre, ce trio de colleurs d’affiches, qui s’était formé depuis les dernières élections présidentielles, part coller les affiches à l’effigie de Le Pen dans les quartiers nord. L’un d’eux, Robert Lagier, tireur d’élite dans un club de tir de la police nationale, emporte même une paire de lunettes contrastante lui permettant de distinguer les formes dans la nuit. Son arme est blottie dans un étui, fabriqué par ses soins, qu’il porte au mollet.

Leur première destination les conduit au carrefour des Aygalades, dans le 15ème arrondissement. Mario d’Ambrosio est chargé d’assurer la surveillance des premières affiches collées pendant que les deux autres partent, en voiture, en coller d’autres un peu plus loin. Au même moment, Ibrahim Ali et ses amis du groupe B.Vice sortent d’une répétition, pour un projet de lutte contre le Sida porté par l’association « Sol en si », au Centre Culturel Mirabeau et sont en retard. Le dernier bus de nuit en direction de la Savine, leur cité, peut passer d’un instant à l’autre. Ils se mettent à courir en direction de l’arrêt de bus, craignant de le manquer.

" ILS M’ONT EU "

Les deux colleurs d’affiches du FN aperçoivent le groupe de jeunes noirs courant sur toute la largeur de la route en leur direction. Ils décident de faire demi-tour pour rejoindre d’Ambrosio qui les attend et assure la surveillance. Lorsque la voiture des deux colleurs d’affiche atteint le carrefour, le feu passe au rouge mais l’endroit est désert. Lagier et son ami se sentant menacés et agressés par des jets de pierre, selon leur version des faits, auraient pu « griller » le feu en toute tranquillité pour échapper à leurs agresseurs mais ils décident de s’arrêter. Le groupe de jeunes arrive à hauteur de la voiture. Il est environ 22h20 et tout va alors aller très vite.

Lagier sort de la voiture et tire une première fois. La balle fuse au dessus de la tête de Soulé Ibrahima qui prend peur et fait mine de s’effondrer. Les jeunes comprennent alors qu’ils ont à faire à des gens armés et prêts à tuer. Ils s’enfuient en rebroussant chemin. Mais cela ne suffit pas à Lagier qui tire de nouveau à deux reprises en direction de jeunes qui lui tournent le dos. L’une des deux balles atteint Ibrahim Ali qui s’écrie «  Ils m’ont eu. » Chibaco, comme le surnomment ses amis, est grièvement touché et se plaint de douleur. Son ami Ahamada Saïd lui vient en aide et lui répète « tiens bon, tiens bon ». Ensemble, ils font quelques dizaines de mètres avant qu’Ibrahim ne s’écroule. Saïd lui supplie, lui crie de se relever, mais Chibaco ne peut plus. La douleur est trop forte et les forces le quittent peu à peu. Imitant Lagier, d’Ambrosio perd son calme et fait feu, à son tour, en direction des jeunes. Situé à quelques mètres de là, le patron du Modern Bar avertit la police et les pompiers. Parmi les consommateurs du bar, se trouve un jeune médecin algérien. Il va prodiguer les premiers soins à Ibrahim Ali avant que n’arrive, peu de temps après, les pompiers qui vont constater une plaie au thorax et dans le dos. Ibrahim Ali ne survivra pas ! Il décède quelques minutes après sa prise en charge par les secours. Quant aux colleurs d’affiches du FN, ils discutent quelques instants, sans doute pour élaborer une stratégie commune pour leur défense avant de se séparer et rentrer chez eux.

Un incident avait déjà impliqué ces mêmes militants quelques jours plutôt. Ils avaient menacé de leurs armes quatre clients se rendant au Modern Bar. Le numéro d’immatriculation de leur véhicule avait été signalé à la police. "Vous voyez les loups de partout, vous !" avaient répondu les agents de police présents sur les lieux. Un mois après, Ibrahim tombait sous leurs balles..


Un deuil national

Dès le lendemain, la justice se saisit de l’affaire et contacte les dirigeants du FN. Réunis dans leur bureau marseillais, ces derniers tardent à divulguer les noms des assassins dans le but de se préparer une défense crédible. Bruno Mégret déclarera après avoir reconnu que les meurtriers sont des militants du FN, quelques heures plus tard, que « Lagier a été violement agressé....c’est la faute de l’immigration massive et incontrôlée...si nos colleurs n’avaient pas été armés, ils seraient probablement morts. » (le Méridional le 23/02/1995). Lagier et ses collègues maintiennent la thèse de l’agression par des jet de pierre, mais ni la police, qui est arrivée sur les lieux assez rapidement, ni les services de nettoyages de la mairie ne retrouveront la moindre trace de pierre sur la chaussée. L’analyse de la voiture des meurtriers ne relèvera aucun impact de quelconque projectile.

Très vite, le drame se repend dans toute la France et les médias locaux comme nationaux relaient l’information en boucle sur toutes les chaînes et les ondes d’information. La cité phocéenne est sous le choc, la Savine est meurtrie et pleure son fils. La communauté comorienne se réveille, en ce jour du mois de Ramadan, complètement hagard. C’est le premier véritable acte de violence, tous genres confondus, que subit la communauté comorienne, jusqu’ici si discrète. Elle est bouleversée et consternée. La peur et l’inquiétude gagnent certains membres de la communauté, essentiellement de la première génération, qui voient ressurgir le spectre du massacre de Majunga alors que certains marseillais craignent de revivre une nouvelle Ratonnade après celle très meurtrière du début des années 1973 où Marseille fut le théâtre de six mois de folie raciste contre les Algériens. Mais fort heureusement la solidarité nationale qui s’est formée autour de ce drame n’a pas isolé la communauté comorienne dans ce qui aurait pu être une psychose communautaire.

40.000 Comoriens sur la canebière.

Quelques jours plus tard, des manifestations ont lieu dans toute la France pour dénoncer la montée du racisme en France, ce racisme qui tue. A Marseille, la Canebière est noire de monde sur les 80.000 manifestants qui défilent dans le calme et la dignité, 40.000 sont d’origine comorienne. C’est la première fois que l’on met un nombre sur cette communauté, dernière arrivée en masse dans la cité phocéenne au début des années 70. Les marseillais venaient de découvrir que les Comoriens existaient ! Depuis cette date, nul n’ignore la présence de cette diaspora estimée aujourd’hui à 80.000 à Marseille.


Du 21 février 1995 au 21 avril 2002

Mais ce drame et la forte mobilisation nationale qui s’en sont suivis n’ont pas empêché le FN de faire un score « trop élevé » de 15% aux élections présidentielles quelques jours plus tard et d’offrir à Bruno Maigret le fauteuil de la mairie de Vitrolles où il emploiera, quelques années après, Ambrosio l’un des protagonistes de la mort d’Ibrahim Ali, sans doute pour services rendus. Pire encore, sept ans et deux mois jour pour jour plus tard, le 21 avril 2002, Lionel Jospin, le candidat gauchiste, est absent du second tour des élections présidentielles au dépend d’un Jean Marie le Pen qui exulte avec un score de 17%.


Et aujourd’hui les idées du front National ont gangrené la société et surtout s’expriment au plus haut niveau ...

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Procès assassinat Ibrahim ALI archives INA journaux télévisés.

http://www.ina.fr/economie-et-socie...

http://www.ina.fr/economie-et-socie...

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