Une tribune pour les luttes

Tlaxcala

Le visage du sous-commandant Marcos

+ Mexique : marcher contre la peur - Marche nationale pour la justice du 5 au 8 mai
+ Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène
commandement général de l’armée zapatiste de libérationnationale.

Article mis en ligne le dimanche 8 mai 2011

20.000 zapatistas marchan en Chiapas en apoyo al poeta Javier Sicilia
http://mexico.cnn.com/nacional/2011...


Le sous-commandant Marcos dévoile son visage au monde. Emiliano Zapata, Général en chef de l’Armée de Libération du Sud (de la ville de Mexico) énumère une partie du Manifeste. Musique : Manu Chao.

http://www.youtube.com/watch?v=Q-A55KtlTMU&feature=player_embedded


http://bellaciao.org/fr/spip.php?article116882

MEXIQUE : marcher contre la peur

de : Jean-Pierre Petit-Gras

dimanche 8 mai 2011

A l’hallucinant décompte des cadavres (essentiellement de migrants) découverts dans une fosse dans le Tamaulipas (300 corps) ou dans le Durango (168), viennent s’ajouter des nouvelles alarmantes. Elles font état d’une véritable terreur au pays du peyotl, à Jicamórachi, commune de Uruachi, dans la montagne Tarahumara de l’Etat de Chihuahua.

Ce village d’un millier d’habitants - des indigènes rarámuri- est occupé depuis plusieurs semaines par un groupe de tueurs, probablement au service de l’un des cartels de la régions. Plusieurs hommes ont déjà été assassinés. D’autres ont été enlevés, et 7 cadavres viennent d’être retrouvés. Le restant a dû fuir dans la montagne. C’est maintenant au tour des femmes, des vieillards et des enfants, dont les maisons ont été incendiées, de tenter d’échapper à ces sicaires lourdement armés. L’armée, présente bien sûr dans la région, n’est pas intervenue.

Dans un article précédent, nous parlions d’une agression identique, en janvier dernier, contre un village tepehuano de l’Etat du Durango, Tierras Coloradas. Le président officiel de la municipalité avait été clair « le mieux est que ces gens-là émigrent vers d’autres régions ». Nous évoquions également un scénario désormais classique : des militaires font une "descente" dans un village qui s’est organisé contre la délinquance, la spoliation de ses terres, un projet minier, la construction d’un barrage, etc... Ils perquisitionnent et emportent les armes de chasse des habitants. Trois jours après, un commando de narco-tueurs débarque, et fait sa besogne... Cela s’est passé, par exemple, au printemps 2010, dans le village de Coire, sur la côte nahua du Michoacán. Ou encore, dans le même état, dans le village de Zirahuén, situé sur les rives d’un lac superbe...mais convoité par un gros entrepreneur et promoteur touristique de Morelia. Ou dans le Guerrero, avec les multiples tentatives pour désarmer les membres de la police communautaire, bénévoles nommés et contrôlés par les assemblées de villages mixtèques et tlapanèques.

Cette police autonome protège depuis des années la population civile de la région de San Luis Acatlán, et y a fait baisser la délinquance de 95%.

Le Congrès National Indigène (CNI) et de nombreuses organisations de défense des droits humains dénoncent de nombreux cas identiques dans tout le pays.

La plupart des médias, au Mexique et ailleurs, se contentent de fournir les images sanguinolentes et les statistiques affolantes de la «  violence » (plus de 40000 meurtres depuis 2006), sans permettre l’identification des véritables responsables, de ceux à qui profitent tous ces crimes. Ils préfèrent laisser planer le mystère, ou tenter de stigmatiser une partie de la population (« ces jeunes qui ne veulent pas travailler et cherchent l’argent facile »). Ils participent ainsi à une entreprise de dénigrement et de criminalisation des résistances populaires. Le résultat est la généralisation de la méfiance et de la peur, dans une société où subsistent pourtant des liens de convivialité et de solidarité bien plus puissants, par exemple, que dans notre pays.

Si l’on observe la carte de la violence, il est relativement facile de voir qu’elle suit celle des luttes sociales, des oppositions à la politique de conquête et de spoliation que le capitalisme a entrepris de manière systématique contre le pays : cultures industrielles (destinées à l’exportation, ou à la production d’agro-carburants), barrages hydroélectriques, champs d’éoliennes, autoroutes, méga-projets touristiques, déforestation, mines à ciel ouvert, dépôts de déchets industriels, usines de montage, tels sont les principaux aspects de l’ économie qui se met en place dans les zones désertées par les paysans, les militants sociaux, hommes et femmes décimés, terrorisés par l’action conjointe des cartels et des forces de l’ordre. Car la route du «  crime organisé » suit, curieusement, celle des ressources naturelles et humaines, sur lesquelles le système économique du capitalisme industriel a besoin, à tout prix, de mettre la main.

Reprenant en boucle la thèse officielle de "guerre contre le narco", la plupart des commentateurs oublient de poser les questions qui dérangent.

Qui fabrique et vend les armes ? Comment entrent-elles dans le pays ? On peut citer par exemple, l’énorme scandale de l’ opération "Fast and Furious,” menée par les bureaux gouvernementaux étatsuniens de "Alcool, Armes à feux et Explosifs" (ATF) de l’Arizona. Les fonctionnaires US ont ainsi permis de faire passer en contrebande la frontière à une énorme quantité d’armes (2500 AK47 et fusils Barrett). Les destinataires ? Les cartels mexicains. Notamment celui de Sinaloa, dont on dit qu’il travaille main dans la main avec le gouvernement de Felipe Calderón (consulter sur le site Desinformémonos l’entretien avec la journaliste Anabel Hernández sur son livre "Los señores del narco") . Où vont les bénéfices du trafic de drogue ? Comment sont-ils réintroduits dans les circuits économiques ?

Comment se fait-il que les massacres, qui se succèdent à une cadence obscène, se déroulent dans le cadre d’une militarisation sans cesse croissante, avec des contrôles, des patrouilles et des déploiements impressionnants de membres des forces de l’ordre ?

Le Mexique est l’une des régions de la planète où la résistance à cette guerre capitaliste est la plus vive. Ou des alternatives s’imaginent, se construisent et se vivent, essentiellement dans les zones à forte population indigène. Et cela, la plupart des observateurs, à droite comme à gauche, se refusent à le voir, ou à le dire. Ceux de droite, on comprend pourquoi. A gauche, on est souvent, au Mexique comme ailleurs, dans le giron de la droite. Ou alors, les préjugés raciaux, le mythe du progrès, et une énorme paresse intellectuelle l’emportent. Essayer de comprendre ce qui se passe réellement pourrait pourtant nous permettre de sortir de la compassion, de transformer notre indignation en décisions et en action.

A l’appel du poète et journaliste Javier Sicilia, une marche pour la paix se déroule en ce dimanche 8 mai, et progresse vers la place centrale de la ville, la place de la Constitution, également appelée le Zócalo. Les marcheurs ont quitté jeudi la ville de Cuernavaca, dans l’état de Morelos, située à près de 100 kilomètres. Partout, sur leur passage, ils ont reçu un accueil chaleureux et massif, de la part d’une population qui n’en peut plus de tant de violence, d’injustice, d’impunité et de mensonges.

Samedi, 20000 indigènes zapatistes ont défilé en silence dans la ville de San Cristóbal de Las Casas. Au nom de l’EZLN, le commandant David a expliqué : « nous sommes ici pour répondre à l’appel de ceux qui luttent pour la vie, et à qui le mauvais gouvernement répond par la mort  » [1]...On a pu voir, au passage, la « force tranquille » de ce mouvement zapatiste, qui construit au quotidien, dans un contexte extrêmement difficile, les bases de la vie autonome et solidaire que leur histoire et leur culture les a amenés à rêver.

Dans plusieurs villes du pays, mais aussi à l’étranger, partout où vivent des Mexicains, les manifestations se sont multipliées ces derniers jours. Des collectifs s’organisent. La marche contre la peur ne fait que commencer. Comme aiment à dire les zapatistes, « ils peuvent arracher toutes les fleurs, ils ne tueront pas le printemps ».

Jean-Pierre Petit-Gras


http://bellaciao.org/fr/spip.php?article116601

Mexique : Marche nationale pour la justice

de : Jean-Pierre Petit-Gras

vendredi 29 avril 2011

Du 5 au 8 mai, des Mexicains vont marcher, de Cuernavaca (Etat de Morelos) à la capitale du pays, distante de 85 kilomètres. Elles et ils seront probablement très nombreux. Dans un communiqué, par exemple, l’EZLN annonce une importante manifestation silencieuse à San Cristóbal de Las Casas (Jobel), le 7 mai.

Organisée à l’initiative du poète Javier Sicilia, suite à l’assassinat fin mars de son fils et de six autres jeunes habitants de cette ville, la manifestation, intitulée « marche nationale pour la justice et contre l’impunité » a pour objectif d’initier un vaste mouvement de refus de la violence qui a causé plus de 40.000 morts depuis l’arrivée au pouvoir, voici 5 ans, du président Felipe Calderón Hinojosa.

Une violence qui, comme la journaliste Gloria Muñoz l’a rappelé le 1er avril dernier, devant 200 personnes réunies à La Chapelle de Toulouse, vise principalement les femmes, les jeunes, les migrants et les peuples indigènes. Il s’agit d’une véritable guerre, a-t-elle précisé, dont les objectifs, derrière le prétexte de la lutte « contre le narco-trafic », sont l’établissement de la terreur et la militarisation de l’ensemble des régions du pays où la population persiste à s’opposer aux méga-projets de l’agro-industrie, des grands barrages, de l’exploitation minière systématique, de la déforestation et du tourisme.

Victimes de cette guerre qui ne dit pas son nom, les centaines de femmes enlevées, violées, dépecées par leurs assassins à Ciudad Juárez, les jeunes mitraillés au cours de fêtes ou de rencontres sportives, les migrants d’Amérique Centrale, harcelés, séquestrés, rançonnés aussi bien par les bandes de délinquants que par des membres des forces de l’ordre (au cours du dernier mois on a découvert 183 cadavres à San Fernando, dans l’Etat du Tamaulipas, et 96 autres dans celui de Durango, cf La Jornada du 28 avril 2011), les peuples indiens que l’on tente d’expulser des territoires sur lesquels ils tentent de vivre de manière digne et autonome, au Chiapas et ailleurs... L’offensive contre les communautés zapatistes en résistance connaît une recrudescence impressionnante. Elle cherche à briser l’unité d’un monde refusant la marchandisation de la terre et de ses habitants.

Elle prétend imposer la construction d’autoroutes, comme celle de San Cristóbal-Palenque, à créer des zones d’exclusivité touristique, au détriment des cultures vivrières et des modes de vie traditionnels, à développer les cultures industrielles pour les agro-carburants, à déplacer des villages entiers, au nom de la « sécurité » ou du « développement »... Voici tout juste un an, des tueurs appartenant au groupe paramilitaire UBISORT abattaient froidement deux militants des droits humains venus soutenir la commune autonome de San Juan Copala, dans l’Oaxaca. La Mexicaine Betty Cariño et le Finlandais Jyri Jaakola sont ces jours-ci dans toutes les mémoires.

Pourtant, on le voit, de larges secteurs du Mexique « d’en bas » ne se résignent pas encore à être la proie d’un système économique, de politiques corrompus et pressés de mettre la main sur les ressources dont le capitalisme industriel commence à manquer.

C’est la lecture que l’on peut faire de cette « marche pour la justice et contre l’impunité ». Dans notre pays, alors que l’ « Année du Mexique en France » a sombré dans une grotesque querelle de coqs présidentiels, nous ne devons pas oublier la responsabilité et la complicité des politiques et entreprises qui participent d’une façon ou d’une autre à la guerre menée contre les peuples du Mexique. Notamment les multinationales de l’armement, de l’informatique et de l’aéronautique militaire et civile (groupe Safran, Eurocopter, Airbus), dont les affaires contribuent directement au pillage et à la destruction de l’environnement et de la société mexicaine. Ensuite, les trusts du ciment et du bâtiment (Lafarge, groupe Schneider), qui participent au bétonnage massif du pays, à travers de grands travaux permettant une reconversion facile de l’argent du narco-trafic, lavé dans les infrastructures aéroportuaires, autoroutières, touristiques...Les entreprises de ces secteurs, comme les précédentes, étaient les principaux « sponsors » de l’Année du Mexique en France.

Enfin, n’oublions pas la coopération étroite et multiforme dans le domaine de ce que l’on appelle les « technologies convergentes », biotechnologies et nanotechnologies. Des activités industrielles aux nombreuses applications militaires et aux débouchés économiques alléchants, mais dont les dangers sur l’environnement et la santé, sur ce qui nous reste de liberté et d’autonomie individuelle et collective, ont de quoi nous inquiéter sérieusement, ici comme là-bas.

C’est pourquoi il semble difficile de condamner le gouvernement de Felipe Calderón, et d’exiger qu’il mette fin à la guerre actuelle contre les populations civiles, sans en appeler à la réflexion et à une prise de conscience de la part de tous ceux qui travaillent, dans notre pays, pour les industries destructrices et mortifères de l’armement, du contrôle, de la « construction », du tourisme...

Jean-Pierre Petit-Gras


COMMUNIQUÉ DU COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE
COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

Mexique.

Avril 2011.

« Un habitant de Los Pinos [1] contemple un crime atroce, S’en désintéresse pendant un an, Change de place les meubles qui Jouent les ministres ou les hauts fonctionnaires Et se réfugie dans un coupable silence, L’insensible, dans son désir de garder Le fauteuil qui le rehausse.
Qu’allons-nous lui donner, docteur ?
Et notre enfant médecin des âmes prescrit : Un corset de dignité qui lui redresse le dos, Des gouttes de vérité pour les yeux, Des comprimés d’honnêteté (mais pas pour les mettre dans sa poche), Des piqûres de cette dignité qui ne s’achète pas avec de l’argent Et le repos absolu de ses habitudes corrompues.
Mettez-le à l’isolement, sa maladie est contagieuse. »

Juan Carlos Mijangos Noh.
(extrait de « 49 ballons », à la mémoire des 49 enfants morts à la garderie ABC de Hermosillo, Sonora)

Au peuple du Mexique
Aux peuples du monde
Aux adhérents à la Sexta Declaración de la selva Lacandona et à La Otra Campaña au Mexique
Aux adhérents à la Zezta internationale

Sœurs et frères,
Compañeras et compañeros,

La campagne militaire psychotique de Felipe Calderón Hinojosa, qui a transformé la lutte contre le crime en argument totalitaire pour généraliser, avec préméditation, la peur dans tout le pays, affronte à présent les voix dignes et organisées des familles de victimes de cette guerre.

Ces voix qui surgissent de différents coins de notre pays nous appellent à nous mobiliser et à manifester pour arrêter la folie organisée et désorganisée qui est en train de faucher des vies innocentes, assassinées une deuxième fois quand elles sont appelées par la sottise gouvernementale « tueurs à gages » ou « victimes collatérales ».

Répondant à cet appel qui naît, entre autres, de la douleur du compañero poète Javier Sicilia, l’EZLN communique ce qui suit :

Premièrement. Les bases de soutien de l’EZLN marcheront en silence dans la ville de San Cristóbal de Las Casas (Chiapas), le 7 mai 2011, pour saluer et soutenir la digne voix qui réclame la justice. Le cortège zapatiste partira, dans l’après-midi, de la rue face au CIDECI, à San Cristóbal de Las Casas, et marchera jusqu’à la place de la Paix, devant la cathédrale. En arrivant à la place sera lu un message de l’EZLN et ensuite les zapatistes retourneront à leurs communautés.

Deuxièmement. Suivant l’appel de la Marche nationale pour la justice et contre l’impunité, nous appelons nos compañer@s de La Otra Campaña au Mexique et dans le monde, les individu-e-s, groupes, collectifs, organisations, mouvements et peuples originaires adhérents à la Sexta Declaración de la selva Lacandona à se joindre, dans la mesure de leurs possibilités et des conditions qui sont les leurs, à la juste demande de cette marche nationale, soit en accompagnant la marche centrale qui part de la ville de Cuernavaca (Morelos) le 5 mai 2011, soit dans la ville de Mexico le 8 mai 2011, soit entre le 5 et le 8 mai dans leurs localités respectives, par des marches silencieuses avec banderoles et pancartes, par des meetings, par des manifestations culturelles, etc., avec les mots d’ordre suivants :

Halte à la guerre de Calderón !
Assez de sang !

On en a jusque-là de... !
(où chacun complètera la phrase avec ses revendications particulières).


Troisièmement.
Nous lançons un appel particulier à nos compañer@s de La Otra au Chiapas à manifester, en silence, à nos côtés le 7 mai 2011, et à se réunir au CIDECI, à San Cristóbal de Las Casas (Chiapas) à midi, pour marcher de là à la place de la Paix.

Quatrièmement. Nous appelons nos compañer@s de la Zezta internationale à soutenir, depuis leurs géographies et calendriers respectifs, cette demande d’arrêt du bain de sang qui a lieu sur les terres mexicaines et de justice pour les victimes.

Cinquièmement. Nous appelons également les peuples originaires du Mexique, regroupés dans le Congrès national indigène, à soutenir cette lutte pour mettre fin au cauchemar de sang qui baigne nos terres.


Sixièmement.
Répondant à l’exhortation à nommer les victimes de cette guerre, nous nommons les personnes assassinées par un groupe criminel à Villas de Salvárcar (Ciudad Juárez, Chihuahua) à la fin janvier 2010 et qui attendent justice :

Marcos Piña Dávila,
José Luis Piña Dávila,
Rodrigo Cadena Dávila,
Juan Carlos Medrano,
Horacio Alberto Soto Camargo,
José Luis Aguilar Camargo,
Yomira Aurora Delgado,
Brenda Ivonne Escamilla,
José Adrian Encino Hernández,
Edgar Martínez Díaz,
Jesús Enríquez,
Jesús Armando Segovia Ortiz,
Carlos Lucio Moreno,
Eduardo Becerra,
Jaime Rosales

Ils ne sont pas seuls !

_ Démocratie !
Liberté !
Justice !

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, sous-commandant insurgé Marcos

Mexique, avril 2011.

Traduit par el Viejo.

Notes

[1] Le palais présidentiel à Mexico.

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