Une tribune pour les luttes

Petit journal antinucléaire sur l’actualité de Fukushima et d’ailleurs

Article mis en ligne le lundi 30 juin 2014

Les médecins de l’IPPNW critiquent sévèrement le dernier rapport de l’UNSCEAR

“Pour nous, médecins, le rapport de l’UNSCEAR sous-estime systématiquement l’impact sanitaire de la catastrophe de Fukushima”

Une analyse critique du rapport de l’UNSCEAR du 2 Avril 2014 a été publiée le 6 Juin 2014 par 19 organisations affiliées à l’IPPNW (International Physicians for the Prevention of Nuclear War)
http://ippnw.org/about-us.html

L’IPPNW est une fédération d’associations de médecins de 62 pays. Elle représente des dizaines de milliers de médecins, étudiants en médecine, autres travailleurs de santé, citoyens qui partagent le but de créer un monde plus paisible et plus sûr, libre de la menace de l’annihilation nucléaire.
L’IPPNW a été lauréat en 1985 du Prix Nobel de la paix pour avoir rendu » un service considérable à l’humanité de par la diffusion d’informations fiables, et pour avoir créé une prise de conscience des conséquences catastrophiques d’une guerre atomique ».

IPPNW en France : « Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire » (AMFPGN)
L’UNSCEAR
United Nations Scientific Commitee on the Effects of Atomic Radiation.
http://www.unscear.org/
L’UNSCEAR a été créé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1955. Son mandat dans le système des Nations Unies est d’évaluer les niveaux et les effets de l’exposition aux rayonnements ionisants.
Les gouvernements et les organisations à travers le monde s’appuient sur les estimations de l’UNSCEAR pour évaluer le risque des rayonnements et établir des mesures de protection.

Le rapport de l’UNSCEAR publié le 2 Avril 2014

L’analyse critique complète du rapport de l’UNSCEAR du 2 Avril 2014 par les médecins de l’IPPNW est disponible en anglais à l’adresse suivante :
www.fukushima-disaster.de/information-in-english/maximum-credible-accident.html

Ci dessous : un résumé de l’analyse des médecins de l’ IPPNW

« « Tout en reconnaissant les efforts déployés par la Commission des Nations unies pour évaluer la masse des données très complexes relatives à la catastrophe de Fukushima, les médecins signataires indiquent qu’il ne s’agit pas d’un accident ponctuel, mais bien d’une catastrophe qui perdure, ajoutant qu’elle touche non seulement la préfecture de Fukushima mais la totalité de la population japonaise et au-delà, et qu’elle constitue la plus importante cause unique de contamination radioactive des océans jamais enregistrée.
Les doses biochroniques collectives auxquelles la population japonaise a été exposée d’après le rapport sont telles que l’incidence attendue de cancers supplémentaires par rapport à la normale est évaluée à environ 1 000 cas pour le cancer de la thyroïde et entre 4 300 et 16 800 cas pour d’autres cancers, sachant que la qualité de ces prévisions dépend bien entendu de l’exactitude des données de base.

Le rapport de l’UNSCEAR tend à minimiser les conséquences de cette catastrophe et ses conclusions doivent être considérées comme des sous-estimations pour les raisons suivantes :

1. On peut douter de l’exactitude du « terme source » tel qu’estimé par l’UNSCEAR (Dans un modèle mathématique, « terme source » représente la nature, la quantité et la cinétique de rejet des produits radioactifs d’une installation nucléaire soit en conditions normales de fonctionnement, soit au cours d’un accident réel ou supposé).
2. Le calcul des irradiations internes est sérieusement sujet à caution
3. Les évaluations des doses auxquelles les travailleurs ont été exposés ne sont pas fiables
4. Le rapport UNSCEAR ignore les effets des retombées radioactives sur les milieux vivants (biote) non-humains
5. La vulnérabilité particulière de l’embryon aux rayonnements n’est pas prise en compte
6. Les maladies non cancéreuses et les facteurs héréditaires sont ignorés
7. La comparaison entre retombées nucléaires et radiations de fond est trompeuse
8. L’interprétation des résultats donnée par l’UNSCEAR est contestable
9. Les mesures de protection décidées par les autorités ne sont pas fidèlement reproduites
10. Les estimations de dose collective ne sont suivies d’aucune proposition logique

A la date du 31 décembre 2013, 33 cas de cancer de la thyroïde avaient été diagnostiqués et 41 biopsies de tumeurs suspectes potentiellement malignes avaient été pratiquées sur des enfants.
Les cancers ne portant pas de » label d’origine », il est impossible de savoir si cela est la conséquence directe de l’exposition aux radiations, mais le nombre de cas enregistrés est étonnamment élevé (les statistiques japonaises indiquent en effet une incidence de moins d’un cas de cancer de la thyroïde par an pour cette population) et risque encore d’augmenter car on ne dispose de résultats que pour 70 % de la population pédiatrique concernée.
De plus, il faut réévaluer des centaines de résultats suspects et surveiller l’état général de la population sans oublier de prendre en compte d’autres types de maladies si on veut mesurer sérieusement les conséquences de la catastrophe nucléaire et assurer des soins appropriés aux victimes de retombées radioactives.

Les autorités japonaises n’ont pas su protéger les enfants des rayonnements : elles ont refusé la distribution de comprimés d’iode stable et ont augmenté le seuil annuel permissible d’exposition à 20 mSv, obligeant ainsi de nombreux enfants à vivre dans des zones contaminées.

Les responsables des établissements scolaires font semblant d’ignorer la présence de points chauds (les hotspots ou points chauds sont des endroits où les doses dans l’air sont considérablement plus hautes que dans les zones environnantes) à quelques mètres de leur école et remettent le riz de Fukushima au menu des cantines.

Les efforts déployés ne donnent pas les résultats escomptés du fait que le gouvernement pousse les habitants des zones évacuées à regagner leur domicile, allant jusqu’à leur offrir de l’argent pour qu’ils réintègrent les zones contaminées.
Or rien de tout cela n’apparaît dans le rapport de l’UNSCEAR.

Il est inacceptable pour ces médecins de constater que les conséquences terribles de la catastrophe nucléaire de Fukushima pour des dizaines de milliers de familles sont réduites à un problème purement statistique ; le rapport UNSCEAR se contente en effet d’affirmer, au mépris des souffrances subies par la population, qu’il est « peu probable que l’exposition aux retombées radioactives aura des conséquences sur la santé du grand public et d’une grande majorité des ouvriers ».

Ils signalent enfin que les choses auraient pu se passer de façon bien plus dramatique encore à Fukushima : si l’orientation du vent avait été différente, les retombées radioactives auraient pu menacer des millions de Japonais vivant à l’est du pays plutôt que de s’abattre dans l’océan pacifique. C’est un point qu’il faudra prendre en compte dans la rédaction des futures règles de sécurité nucléaire.

Enfin, ce qu’il faut sauvegarder n’est pas seulement l’indépendance de la recherche scientifique face aux intérêts politiques et industriels, mais aussi le droit de tout être humain à bénéficier d’un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé et son bien-être.

C’est sur cette base qu’il faudrait évaluer l’impact de la catastrophe de Fukushima sur la santé de la population. » »

L’étude complète en anglais, est à cette adresse :
www.fukushima-disaster.de/information-in-english/maximum-credible-accident.html

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr/


Le stupéfiant coup de force du gouvernement pour imposer l’enfouissement des déchets nucléaires

Le gouvernement a inséré dans la loi de transition énergétique un article permettant d’accélérer l’enfouissement des déchets nucléaires. Cette mesure foule aux pieds les conclusions du débat public et les engagements de Mme Royal. Écologistes et associations s’insurgent contre cette violation de la démocratie.

DERNIÈRE HEURE - En fin d’après-midi de ce vendredi 20 juin, sept heures après la parution de notre enquête, l’article 35 a été retiré par la ministre de l’Écologie du texte du projet de loi.

Dernière Heure : 18 h10 - Selon un communiqué de Denis Baupin, « Le Ministère de l’écologie a décidé LE RETRAIT DE L’ARTICLE 35 du projet de loi sur la Transition Energétique, QUI ENTÉRINAIT LE PROJET D’ENFOUISSEMENT DES DÉCHETS RADIOACTIFS EN GRANDE PROFONDEUR. »

Jeudi matin, Reporterre publiait le texte de projet de loi dont les grandes lignes - mais pas le texte lui-même - avaient été présentées à la presse mercredi par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal.

Mais dans la nuit de mercredi à jeudi... ce texte a été modifié. Le gouvernement y a introduit deux nouveaux articles visant à accélérer la mise en oeuvre du Centre industriel de stockage géologique pour les déchets nucléaires, CIGEO, à Bure (Meuse). Comment, par qui et dans quel objectif ? Reporterre a mené l’enquête.

La chronologie du coup de force

Mercredi 18 juin, 17 h 35. Journalistes, politiques et experts intéressés par les questions de l’énergie bruissent de la présentation, quelques heures plus tôt, du projet de loi par Ségolène Royal. On cherche à comprendre comment sera réduite la part du nucléaire à 50 %, on évoque le mutisme de la ministre concernant la baisse de consommation d’électricité, on s’interroge sur l’avenir de Fessenheim, non mentionné…

Au même moment, le CESE (Conseil, économique, social et environnemental) s’adresse aux membres des commissions Environnement et Economie, qui doivent auditionner la ministre, jeudi matin. Dans un courriel que Reporterre a consulté, l’assemblée consultative fait parvenir trois fichiers, dont un document intitulé « exposé des motifs » qui résume sur 30 pages chaque article de la loi.

Celui-ci présente un nouvel article, n° 34, qui « habilite le Gouvernement à transposer la directive n°2011/70 du Conseil du 19 juillet 2011 établissant un cadre communautaire pour la gestion responsable et sûre du combustible usé et des déchets radioactifs ».

21h50. Le directeur général de la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat, une direction du ministère de l’Ecologie) écrit un courriel – que Reporterre a également consulté - aux membres du CNTE (Conseil national de la transition écologique). Y sont joints « les documents servant de support à la consultation », à savoir l’exposé des motifs et le projet de texte de loi.

Un autre article y apparaît ! Le nouvel article 35 « fait évoluer l’encadrement législatif du projet CIGEO de stockage géologique en couche profonde » comme le présente ce nouvel exposé des motifs :

Premier constat  : les membres du CESE qui ont auditionné Ségolène Royal n’ont pas eu connaissance de la version finale du projet de loi, qui intègre désormais CIGEO. Singulière consultation, où l’on cache aux conseillers un point essentiel du texte !

Deuxième constat  : Entre la présentation à 13 h en conférence de presse, la communication du CESE et le dernier courriel en soirée du ministère, la loi a donc été retouchée et enrichie de dispositions concernant CIGEO.

Ségolène Royal, menteuse ou soumise

- La ministre lors de sa conférence de presse du 18 juin -
La ministre s’était pourtant engagée auprès des associations environnementales à ce que le sujet des déchets nucléaires ne figure pas dans la loi. C’était il y a une semaine exactement. Le vendredi 13 juin, Ségolène Royal invitait à dîner les membres du collège des ONG du CNTE. A cette occasion, le président des Amis de la Terre interroge la ministre sur la présence, ou non, du projet CIGEO dans la loi à venir. « Elle a été très catégorique sur le sujet, en certifiant que CIGEO n’y figurerait pas. Elle nous a dit, mot pour mot : ’S’ils veulent faire le projet, ils le feront, mais ils ne le feront pas dans MA loi’’ », raconte Florent Compain à Reporterre.

Comment expliquer un tel revirement ? Selon lui, la ministre ne mentait pas, « elle avait l’air sincère ». D’où la question posée par le responsable associatif : « Qui a ainsi le pouvoir de modifier le texte après une conférence de presse aussi attendue ? »

À la sortie de son audition au CESE, Reporterre est parvenu à intercepter Ségolène Royal avant qu’elle ne s’engouffre dans sa voiture aux vitres teintées. Sa gêne est palpable, elle évite les questions que nous lui posons :

Reporterre – Mme Royal, avez-vous introduit des articles concernant CIGEO dans le projet de loi ?

Ségolène Royal – Euh il doit y avoir quelque chose sur la réversibilité.

Reporterre – Est-il vrai que deux articles, 34 et 35, ont été introduits hier soir dans la loi ?

Ségolène Royal – Je ne sais pas, je ne sais pas. Attendez…


Elle est interceptée par une autre journaliste. On revient à la charge :

Reporterre – Mme la ministre, quelle est votre position sur CIGEO ?

Ségolène Royal – Je ne sais pas, vous verrez, il y a le débat à l’Assemblée. La loi n’est pas encore partie, elle va revenir en Conseil des ministres après le Conseil d’État.

Reporterre – Vous confirmez la présence de deux articles dans la dernière version ?

Ségolène Royal – Pour l’instant, c’est en discussion.


Deux conseillers de la ministre la suivent. Ils acceptent de répondre à nos questions. Et confirment la présence de ces deux articles sur les déchets nucléaires dans la dernière version du projet de loi. Pourquoi alors avoir assuré le contraire, quelques jours plus tôt, aux associations ? « D’autres arbitrages ont été faits ». A Matignon, à l’Élysée ? On évoque en creux le chef de l’État.

Imposer l’ouverture du projet CIGEO

Les nucléaristes peuvent se réjouir de cette ultime avancée. Malgré les conclusions du débat public qui appelaient en février à attendre et à revoir le calendrier concernant ce projet, les dispositions de ce nouvel article 35, si elles étaient adoptées, permettraient l’accélération des procédures visant à la construction de CIGEO.

Il n’est plus question d’un débat parlementaire l’année prochaine, en 2015, tel qu’il l’était prévu : « L’autorisation d’installation et d’exploitation du centre peut être délivrée par décret en Conseil d’État, pris après enquête publique réalisée » comme le mentionne l’article inscrit dans le Titre IV intitulé, cyniquement, « Renforcer la sûreté nucléaire et l’information des citoyens ». Autrement dit, il n’y a plus de passage obligé devant la représentation nationale, le gouvernement peut faire appliquer de manière expéditive sa décision par décret.

Jeudi en fin de journée, plusieurs associations ont dénoncé le coup de force des nucléaristes gouvernementaux. La coordination Bure Stop évoque un « honteux tour de passe-passe [réalisé] en catimini et en toute déloyauté » par Mme Royal, « ou comment se renier devant le tout puissant nucléaire ». Les Amis de la Terre parlent d’une « manipulation » et pose la question suivante : « Comment est-il possible de cacher de telles mesures engageant la France pour des millions d’années en les noyant dans un projet de loi généraliste et sans ambition où la société civile va diviser ses forces pour essayer d’obtenir quelques maigres avancées ? ».

Dans la soirée, Europe Écologie-Les Verts demandait explicitement le retrait de ces articles. « Les écologistes s’insurgent doublement contre cette manière de faire, indique le communiqué d’EELV. Sur le fond, le Parlement doit être respecté et on ne peut imaginer qu’un sujet aussi explosif soit traité par décret alors qu’il engage le pays sur des milliers d’années. Sur la forme il est scandaleux de glisser en douce des dispositions aussi peu consensuelles sans même les avoir présentées en amont à la commission spécialisée du Conseil national du débat sur la transition énergétique qui travaille depuis plusieurs mois à l’élaboration du texte. ».

Source : http://www.reporterre.net/spip.php?article6034

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