Une tribune pour les luttes

Soutien Migrant.e.s 13

Compte rendu du week-end de mobilisation internationale contre les frontières...

Article mis en ligne le jeudi 4 mai 2017

Retour sur le we de mobilisation contre les frontières les 15 et 16 avril à l’Usine de la Redonne dans le Var, ayant réuni plus de 200 personnes venues de tous horizons...

Quelques barnums coincés entre pâquerettes et vielle usine provençale, des dizaines de tentes entassées dans un champs derrière la maison, un bus cantine végan des Cévennes transformable en discomobile passé minuit, une pizzeria transportable venue de Vintimille, le décors de L’usine de la Redonne à Flayosc dans le Var est plutôt agréable pour accueillir ce we de rencontres et de mobilisation internationale contre les frontières.

Agréable certes, mais pas sans symbolique. Par les temps qui courent, faire un rassemblement contre les frontières dans un département réac’ comme le Var, c’est déjà une petite et modeste victoire. Surtout quand l’événement s’accompagne d’un grand renfort de tags qui invisibilise (l’air de rien) les publicités du réseau de mairies vigilantes et autres joyeusetés d’ultra droite sécuritaire, décorant l’entrée de chaque bled sur des km à la ronde, tout en annonçant la couleur.

Voir des slogans contre les frontières et leur monde de plus en plus nombreux à mesure qu’on se rapproche du terrain des rencontres, y’a pas à dire ça fait plaisir.

Au menu des rencontres : atelier de discussions sur les manières de s’impliquer dans la lutte de soutien aux personnes migrantes (animé par une camarade du collectif Soutien Migrant-e-s 13 – El Manba), atelier d’échange d’infos sur le Soudan (animé par un camarade Soudanais), atelier d’auto défense juridique face aux arrestations des demandeurs d’asile potentiellement « Dublinés » (animé par une camarade avocate au barreau de Nice), atelier d’échange d’infos sur la situation en Italie à Vintimille et ailleurs (animé par des camarades italiens). Puis retour en plénière pour présenter les collectifs, faire un rapide compte rendu des ateliers et préparer l’action du lendemain.

Si ces ateliers ne furent sûrement pas les plus prolixes du monde en matière de prise de décision, ils furent néanmoins l’occasion d’échanger (en ateliers, en plénière ou en informel) des pratiques et des expériences de luttes différentes, de partager des espaces communs d’expression et de construire des modalités qui rendent possible les prises de décisions collectives, d’élaborer des actions ensemble, de consolider les liens d’une coopération régionale sud-est de soutien aux personnes migrantes.
Quelques infos intéressantes à partager, mais surtout l’envie de continuer à se rencontrer, à renforcer des liens et organiser ensemble des événements. De la chorale révolutionnaire à l’électro punk à textes vnrs, en passant par la fanfare de cuivres façon Kusturica, il y en a eu pour tous les goûts samedi soir. Jusqu’à un « after » éclectique dans le bus disco/cantine vegan (excellente) des Cévennes. Sans oublier les copains du Mas de Granier (plaine de la Crau), assurant eux-aussi une partie des reps du week-end..

Avant de se réveiller le lendemain (beaucoup trop tôt et avec une bonne gueule de bois pour certains d’entre nous), pour préparer l’action collective sur laquelle on s’était arrêté la veille : une manif vers la frontière à Menton, côté français, avec l’objectif de visibliser le plus possible la situation à Vintimille, en créant quelques encombrements à la frontière, munis de nos banderoles no border. Rien de bien méchant en somme, mais assez pour qu’on s’attende à être « empêchés », assez pour avoir réfléchi à l’éventualité d’une nasse, et avoir collectivement décidé qu’en cas de nasse ou de contrôle collectif, on refuserait de donner nos identités, assez préparés à ce qu’on ne nous laisse pas faire cette manif’ comme on l’entend.

Après s’être donnés rendez-vous pour un pique-nique rassemblant plus de 150 personnes dans un square sur la croisette mentonaise, on se met en branle pour partir en manif en occupant la voie publique en direction de la frontière. Une rangée de gendarmes nous barre presque immédiatement la route. Après une petite minute d’hésitation le cortège fait demi-tour et se met en route, direction la plage. Les gardes mobiles suivent au pas de course. On descend sur la plage et c’est assez drôle de les voir galérer avec leur grosse armure et leurs grosses chaussures dans le sable, slalomant au milieu des familles de touristes en maillots de bain et de leurs enfants trop contents d’être en vacance à la mer. Dans ces conditions il leur est difficile de nous encercler. Ils essayent quand même mais on passe par la flotte. Vu leur attirail, ils ne peuvent pas nous suivre. Ils continuent donc à nous suivre sur la plage, au milieu des touristes, pendant qu’on longe la mer avec nos banderoles et slogans. Quelques faf’s isolés, des réactions plutôt complices la plupart du temps. Quelques personnes abandonnent même leur bronzette dominicale pour suivre la manif’. Les keufs ont vraiment l’air de plus en plus ridicules. On continue pour les faire suer un peu plus, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus avancer. On est bloqué par le lit d’une rivière qui se jette dans la mer et une brochette de gros flics à moustaches. On fait demi-tour, et on repart en-manif sur la plage. Après cet aller-retour, on remonte sur le trottoir. On est toujours au bord de la mer, mais on est sur le bitume, et entre nous et l’eau il y a de gros rochers. C’est là qu’on se fait nasser. Comme on a un peu prévu le coup, on prend notre mal en patience. Certains vont même se baigner en attendant que ça passe. On joue, on se fout de leurs gueules et on compte un peu sur le fait qu’on est assez nombreux pour tenir un refus de donner son identité et que cela marche, tant il est vrai qu’il est pour eux logistiquement difficile de placer 100 personnes d’un coup en GAV.

Quelques personnes zonent autour de la nasse, des camarades avec des pancartes, de simples passants qui se demandent ce qu’il se passe. On demande à ces gens extérieurs de nous apporter de l’eau. C’est vrai qu’il fait particulièrement chaud dans cette nasse en plein cagnard. En tentant de nous envoyer des bouteilles, ces deux personnes se font arrêter par la police. Ils sont conduits dans des voitures qui quittent les lieux, direction le commissariat de Menton. Plus tard, une autre personne sera arrêtée elle aussi. En attendant on joue à 1, 2, 3 soleil, on chante, on fait des blagues...

Après quelques heures à poireauter, ils nous libèrent, comme prévu, sans contrôle ni relevé d’identité. Les trois arrêtés sortiront avec un rappel à la loi après leur garde à vue de plusieurs heures. Avant de repartir chacun chez soi on fait un peu le bilan de l’action. On apprend qu’une association caritative musulmane de Menton, qui distribue des repas à Vintimille depuis 2015, est accusée d’être une filière de recrutement de djihadistes. Comme si, après un parcours du combattant pour arriver jusqu’ici, les migrants allaient tout bonnement repartir dans l’autre sens parce qu’un crétin leur suggère le djihad.... On rigole ! On se dit que l’islamophobie n’a pas de limite et que la croix rouge devrait bénéficier du même traitement diffamatoire de valeurs.

On se dit que malgré tout, cette action de coopération entre différents groupes qui ont su tenir leurs position aura permis de s’organiser entre collectifs de la région sud-est (Alpes, Provence, Italie, Marseille) et apprendre un peu à se connaître. Une action qui nous aura aussi montré que nous pouvons leur faire un (tout petit) peu peur : suite à une décision préfectorale, la frontière a été fortement ralentie jusqu’à la fin de l’après midi. Barrages filtrants, parfois scanners, les autorités semblaient avoir prévu un scénario catastrophe à la frontière, tandis qu’il a s’agit d’une balade digestive à la plage. Vivement la prochaine fois qu’on fasse les deux !

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