Une tribune pour les luttes

La lettre d’information du site "la voie du jaguar"

Cette lettre recense les nouveautés publiées depuis 14 jours

Article mis en ligne le dimanche 2 mai 2021

Nouveaux articles


** Du bloc-notes du Chat-Chien
Hier : la théorie et la pratique **

2 mai, par SCI Galeano

Une assemblée dans un village d’une des montagnes du Sud-Est du Mexique.
Ça doit être en juillet-août d’une année récente, avec la pandémie de
coronavirus qui est en train de s’emparer de la planète. Ce n’est pas
n’importe quelle réunion. Non seulement à cause de la folie qui convoque
les participants, mais aussi à cause de la distance évidente entre les
chaises et parce que les couleurs des masques s’occultent derrière la
buée des visières transparentes.

La direction politique et organisationnelle de l’EZLN est là. Certains
chefs militaires sont également présents, mais restent silencieux, sauf
si on leur demande de parler sur un point précis.

Ils sont beaucoup plus nombreux que ce qu’on pourrait croire. Il y a là
au moins six langues originaires, toutes apparentées au maya, et ils
utilisent l’espagnol, "la castilla", comme pont pour se faire comprendre
les uns des autres.

Plusieurs des présents sont des "vétérans", ils ont participé au
soulèvement qui a commencé le 1er janvier 1994 et, les armes à la main,
ils sont descendus dans les villes, avec des milliers de compañeras et
compañeros : un, une, parmi tant d’autres. Il y a aussi "les nouveaux",
des hommes et des femmes qui ont été incorporés à la direction zapatiste
après de longs apprentissages. La majorité des "nouveaux" sont des
"nouvelles", des femmes de tous les âges, parlant différentes langues.
(...)
- https://lavoiedujaguar.net/Du-bloc-notes-du-Chat-Chien-Hier-la-theorie-et-la-pratique


** Notes anthropologiques (LX) **
1er mai, par Georges Lapierre

La civilisation de l’argent

Au lieu d’attendre la fin de la civilisation de l’argent et la
Rédemption de notre malheur promise par la religion, nous pouvons
toujours appréhender la réalité sous ses deux figures inconciliables,
la pensée comme aliénation de la pensée ou la pensée non aliénée, et
choisir l’une ou l’autre option. C’est ce qu’ont pu faire à un moment
critique de la civilisation chrétienne, les millénaristes et plus
précisément les sœurs et les frères du Libre-Esprit. L’erreur, à mon
sens, fut de voir dans cet acharnement à défendre un mode de vie
l’accomplissement de la religion chrétienne, ce qu’annonce par exemple
Joachim de Flore avec sa théorie des trois âges : la civilisation de la
séparation trouvant son aboutissement avec l’avènement du troisième âge,
l’âge du Saint-Esprit. Il serait possible de voir dans ce que l’on nomme
les mouvements millénaristes la résistance d’une manière de vivre encore
attachée à une éthique face à l’offensive du monde de l’argent
bouleversant en profondeur les comportements. Nous devons envisager le
fait que ces deux modes d’expression de la pensée, l’argent et le don,
ne sont pas conciliables et que l’un est la critique de l’autre. Le
conflit se trouve au commencement, quand un peuple a pris un ascendant
sur un autre et que la société fut amenée à prendre en compte cette
opposition entre dominants et dominés.

Contre l’idéologie dominante, je dirai que cette opposition entre riches
(en pensée) et pauvres (en pensée) n’est pas résolue dans le monde de
l’argent ou, plutôt, elle n’est résolue qu’en apparence, par
l’attachement (obligé) des pauvres à l’argent. (...)
- https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LX


** "L’invasion zapatiste" commence !**
27 avril, par Jérôme Baschet

Cela avait été annoncé il y a six mois ; maintenant, nous y sommes.
Le voyage zapatiste vers l’Europe a commencé.
La "conquête inversée" a bel et bien débuté.

Lorsque, le 5 octobre 2020, les zapatistes ont publié leur communiqué
"Une montagne en haute mer", la surprise fut considérable, à l’annonce
d’une tournée de l’EZLN (Ejército Zapatista de Liberación Nacional) sur
les cinq continents, en commençant par l’Europe. Il faut dire que, si
les zapatistes n’ont pas été avares d’initiatives tant au Chiapas qu’à
l’échelle du Mexique (avec par exemple la Marche de la couleur de la
terre, il y a tout juste vingt ans), c’est presque la première fois
(à une petite exception près en 1997) qu’ils sortent des frontières
de leur pays.

Puis, le 1er janvier dernier, ils ont écrit et cosigné avec des
centaines de personnes, collectifs et organisations une "Déclaration
pour la vie" exposant les raisons de ce voyage : contribuer à l’effort
pour que les luttes contre le capitalisme — qui sont indissociablement
des luttes pour la vie — se rencontrent dans la pleine conscience de
leurs différences et loin de toute volonté d’homogénéisation ou
d’hégémonie.

Au cours de ces six derniers mois, un ample processus d’organisation
s’est mis en place à l’échelle européenne, mais aussi dans chaque pays
ou "géographie", selon la terminologie zapatiste. Une coordination
francophone a ainsi vu le jour, puis, en son sein, huit coordinations
régionales fédérant collectifs et initiatives locales. Dans le même
temps, l’EZLN a confirmé que se préparait une ample délégation composée
de plus d’une centaine de ses membres, aux trois quarts des femmes, et
qu’elle serait en outre accompagnée par des membres du Congrès national
indien (...)
- https://lavoiedujaguar.net/L-invasion-zapatiste-commence


** La route d’Ixchel **
26 avril, par SCI Galeano - Avril 2021.
La Montagne va partir.

D’une des maisons d’Ixchel, la mère de l’amour et de la fertilité, la
grand-mère des plantes et des animaux, la mère jeune et la mère vieille,
la rage en laquelle se transforme la douleur de la terre lorsqu’elle est
blessée et souillée, partira la Montagne.

Une des légendes mayas raconte qu’Ixchel s’est étendue sur le monde sous
la forme d’un arc-en-ciel. Elle l’a fait pour donner à la planète une
leçon de pluralité et d’inclusion, et pour lui rappeler que la couleur
de la terre n’est pas une, mais multiple, et que toutes, sans cesser
d’être ce qu’elles sont, illuminent ensemble la merveille de la vie.
Et elle, Ixchel, la femme arc-en-ciel, embrasse toutes les couleurs et
en fait une part d’elle-même.

Dans les montagnes du Sud-Est mexicain, dans la langue racine maya
des plus anciens des anciens, on raconte une des histoires d’Ixchel,
mère-lune, mère-amour, mère-rage, mère-vie. Le Vieil Antonio parle
ainsi :

"De l’est sont venus la mort et l’esclavage. C’est ainsi que c’est
arrivé, et tant pis. On ne peut rien changer à ce qui est passé. Mais
Ixchel a dit :

“Que demain à l’est voguent la vie et la liberté dans la parole de
mes os et mes sangs, de mes enfants. Qu’une couleur ne commande pas.
Qu’aucune ne commande pour que personne n’obéisse et que chacun soit
ce qu’il est avec joie. Parce que la tristesse et la douleur viennent
de ceux qui veulent des miroirs et non des vitres pour où regarder tous
les mondes que je suis. Avec rage, il faudra briser sept mille miroirs
jusqu’à ce que la douleur s’apaise. (...)
- https://lavoiedujaguar.net/La-route-d-Ixchel


** "Et pendant ce temps, dans la selva Lacandone..."
(Terci@s Compas) **

25 avril, par L@s Terci@s Compas

Aperçus des adieux aux délégations zapatistes dans quelques communautés
indiennes zapatistes sur les rives des rivières Jataté, Tzaconejá et
Colorado, dans les montagnes du Sud-Est mexicain, au Chiapas, Mexique,
Amérique latine, planète Terre.
- https://lavoiedujaguar.net/Et-pendant-ce-temps-dans-la-selva-Lacandone-Terci-s-Compas


** Le rôle des femmes pendant la Commune
Entretien avec Michèle Audin **

20 avril, par Michèle Audin, Vanina

Michèle Audin, mathématicienne et écrivaine, a écrit plusieurs ouvrages
sur la Commune de Paris et anime le blog macommunedeparis. Elle répond
ici à quelques questions de la revue "Courant alternatif".

Il ne faut pas limiter le rôle des femmes aux barricades et à la guerre.
Beaucoup d’entre elles se sont exprimées publiquement, notamment à
l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés et
dans plusieurs clubs, certainement elles ont parlé de leurs conditions
de vie, de leurs désirs, et exprimé des revendications. J’en reparlerai…
Il y a un biais dans ce que nous savons. Ce qui a été dit dans les clubs
a peu (ou pas) été conservé, en particulier ce que les femmes ont dit.
En effet, nous avons quelques écrits ou témoignages de femmes qui ont
participé à la guerre et, surtout, nous avons les dossiers de conseils
de guerre qui, forcément, concernent, pour beaucoup d’entre eux, des
femmes arrêtées pendant la "semaine sanglante", donc des actrices de
la guerre.

Je vais dire quelques mots, d’elles et de la façon dont leur histoire
est arrivée jusqu’à nous. Si ça ne vous ennuie pas, je vais omettre les
moins inconnues, comme André Léo, Paule Minck et même Nathalie Le Mel,
pour parler de quatre femmes peu connues (de trois d’entre elles, nous
avons des textes).

Victorine Brocher est maintenant moins inconnue, mais c’est assez
récent, son livre était un peu oublié jusqu’à ce qu’un éditeur désireux
de le faire connaître l’ait repris il y a quelques années. Elle l’avait
d’ailleurs signé Victorine B... (et Brocher n’est que le nom de son
deuxième mari). C’était une piqueuse de bottines, issue d’une famille de
révolutionnaires de 1848. Assez motivée politiquement, elle a été membre
de l’Association internationale des travailleurs (...)
- https://lavoiedujaguar.net/Le-role-des-femmes-pendant-la-Commune-Entretien-avec-Michele-Audin


** Escadron 421
(La délégation maritime zapatiste) **
18 avril, par SCI Galeano - Avril 2021

Calendrier ? Un petit matin du quatrième mois. Géographie ? Les
montagnes du Sud-Est mexicain. Un silence soudain s’impose aux grillons,
aux aboiements épars des chiens au loin, à l’écho d’une musique de
marimba. Ici, dans les entrailles des montagnes, un murmure plutôt qu’un
ronflement. Si nous n’étions pas là où nous sommes, on pourrait penser
que c’est la rumeur du grand large. Pas les vagues se brisant contre le
rivage, la plage ou la falaise découpée par le caprice d’une entaille.
Non, quelque chose d’autre. Et puis… un long gémissement et un
tremblement intempestif, bref.

La montagne se dresse. Elle retrousse un peu ses jupons, pudiquement.
Non sans difficulté, elle arrache ses pieds de la terre. Elle fait le
premier pas avec une grimace de douleur. Maintenant, elle a la plante
des pieds qui saigne, cette petite montagne, loin des cartes, des
destinations touristiques et des catastrophes. Mais ici tout est
complicité, alors une pluie hors saison lui lave les pieds et, avec
la boue, soigne ses blessures.

"Prends soin de toi, ma fille", dit la Ceiba mère. "Courage", dit comme
pour lui-même le huapác. L’oiseau tapacamino la guide. "Vers l’est,
amie, vers l’est", dit-il tout en sautant d’un côté à l’autre.

Habillée d’arbres, d’oiseaux et de pierres, la montagne chemine. Et sur
son passage, des hommes, des femmes, des personnes qui ne sont ni l’un
ni l’autre, des petites filles et des petits garçons endormis
s’accrochent aux bords de son jupon. (...)
- https://lavoiedujaguar.net/Escadron-421-La-delegation-maritime-zapatiste


LA VOIE DU JAGUAR • informations et correspondance pour l’autonomie individuelle et collective • lavoiedujaguar chez riseup.net • http://lavoiedujaguar.net

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