Une tribune pour les luttes

Editorial d’Anarchosyndicalisme n°174

Ça va mal, ça va même très mal

Article mis en ligne le mardi 21 décembre 2021

Ça va mal ça va même très mal. Les médias, les ONG, les gouvernements nous le répètent jusqu’à satiété. Il y a d’abord la crise épidémique, ce satané virus qui n’arrête pas de courir, qui disparaît un jour, réapparaît le lendemain, change de forme, se multiplie sans cesse. Il y a ensuite les crises géopolitiques, les famines (un milliard d’humains qui ne mangent pas à leur faim), les guerres, au Yémen, en Éthiopie, au Sahel... les risques de guerre entre la Chine, la Russie et les États-Unis ; il y a enfin la crise écologique, le climat qui se réchauffe, l’effondrement de la bio diversité, l’épuisement des ressources naturelles, l’empoisonnement de la terre, de l’eau de l’air par les pesticides, les plastiques, les résidus industriels, etc.

Alors bien sur, les gouvernements, les états font preuve d’autorité : fermeture des frontières, confinement généralisé, masque obligatoire, passe-sanitaire ... Jamais les citoyens n’avaient été autant surveillés, maltraités, contraints. Et puis il y a les grandes messes : COP 26, ONU, etc.

Au sommet, ça cogite ferme... mais curieusement personne ne se pose la seule question pertinente : comment en est-on arrivé là ? Et pourquoi ? Car enfin l’humanité existe depuis au moins deux cents millénaires, et pendant toute cette période, même si nos ancêtres ont exterminé quelques espèces (mammouths, tigres à dent de sabres et autres ours des cavernes) globalement, l’espèce humaine ne s’est pas trop mal comporté vis-à-vis de la nature et puis tout d’un coup, en quelques siècles tout change, pour en arriver là où nous en sommes.

Pour ce qui est de la crise sanitaire, les scientifiques nous expliquent qu’elle est directement liée à la destruction des forêts primaires : pour céder la place à des plantations industrielles, plus profitables, des entreprises multinationales ont détruit les habitats des espèces animales réservoirs du virus, qui sont rentrées de ce fait en contact avec les humains. Les crises géopolitiques ne sont que la conséquence des volontés de puissance, forcément antagonistes, qui habitent les états et leurs dirigeants. Tout état tient d’abord à préserver son indépendance, et pour y parvenir, son objectif vital est d’être plus riche, plus fort, plus puissant que les autres.

Cette règle est inhérente à la nature même des états et les guerres sont la conséquence de cette course à la puissance. Aujourd’hui les États-Unis voient leur prééminence mondiale menacée par la montée en puissance de la Chine, et chacun s’arme en conséquence. Les puissances secondaires font de même pour le plus grand bonheur des marchands d’armes. La planète est un véritable baril de poudre.

Crise écologique enfin : tous les économistes vous le diront, la quête du profit est le moteur de l’activité économique et de la même manière que les états sont obsédés par leur volonté de puissance, les entreprises sont obsédées par leur volonté de maximiser leurs profits. Pour ce faire tous les moyens sont bons. Contrairement à ce que la publicité voudrait nous faire croire, une entreprise produit des biens de consommation d’abord parce que ça lui permet d’engranger du chiffre d’affaires et finalement des profits, la satisfaction des besoins des consommateurs qui achètent ses produits est accessoire et vient après cet objectif principal, la recherche du profit.

Et donc parce que la soif de richesse des propriétaires des entreprises est insatiable, ces dernières vont sans cesse chercher à se développer, suscitant sans cesse de nouveaux besoins chez les consommateurs, innovant sans cesse et cherchant à dépasser les industriels concurrents en produisant avec les couts les plus bas possibles. Cette course à la richesse et à la puissance est sans fin, ne connaît pas de limites. Qu’importe la destruction des forêts tropicales puisque les plantations qui les remplacent sont sources de gros profits, qu’importe que les pesticides répandus par les agriculteurs détruisent la faune sauvage, multiplient les risques de cancer chez les humains puisque les fruits et légumes ainsi produits se vendront mieux, qu’importe que des gamins soient obligés de travailler dans des mines puisque les matières premières ainsi extraites seront meilleur marché, etc, etc.

Ce système est fondamentalement immoral, voire anti-humain puisque ses gagnants sont ceux qui montrent le moins de scrupules à opprimer et exploiter les populations. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il n’ait fallu que deux ou trois siècles à ce système pour ravager la planète de fond en comble. L’étonnant, c’est en fait l’extraordinaire passivité des populations qui assistent sans réagir à cette mise en pièces. En son temps déjà, La Boétie s’était étonné de la passivité manifestée par les sujets gouvernés et maltraités par des tyrans. Les citoyens modernes auraient bien plus de raisons encore de se révolter puisque la folie absolue de leurs dirigeants les mène droit à la catastrophe.

Mais si dans les siècles passés, les états savaient entretenir la passivité de leurs sujets par les biais de la religion et de la violence, les états modernes ont adaptés leurs manières pour faire en sorte que rien ne change, pour que l’ordre social existant ne soit pas renversé. L’état se présente aujourd’hui comme social, réparateur des injustices et des inégalités, protecteur des citoyens, garant de la paix civile et de la sécurité des personnes et des biens.
Habile manipulateur, il nous prend d’une main les richesses que nous produisons et il nous en rend de l’autre une partie seulement en nous demandant de le remercier. Et les naïfs, le louent pour la sécu, les lois sociales, le RSA etc, admirent ses oeuvres et les voleurs, qui se sont engraissés à leurs dépens.

De la même manière que pendant des siècles, les bonnes gens ont cru dans l’église, ses promesses, ses miracles et remerciaient les curés pour leurs bonnes oeuvres, les citoyens modernes croient dans l’état et n’ont de cesse de l’adorer et ils attendent de l’état qu’il leur dicte la conduite à suivre. Que l’état leur dise que le masque ne protège pas du COVID, ils le croient et quand le lendemain l’état rend le port du masque obligatoire tous le mettent. Allez vous faire vacciner dit l’état et tous y vont, et ils iraient se faire tuer à la guerre si l’état le leur disait. Et de la même manière qu’ils refusent de voir que toute guerre est la conséquence de la division du monde en états animés par la volonté de puissance et qu’elle à pour unique objectif la défense des intérêts des très riches et des très puissants, ils ne veulent pas voir que la crise écologique est la conséquence invincible de la logique capitaliste et que le seul remède réaliste est d’en finir avec ce système.

Tous attendent donc des miracles de la COP, des chefs d’État, des grands leaders alors qu’il suffirait qu’ils regardent la réalité en face, qu’ils se débarrassent de ces fantômes d’un autre âge, et qu’ils prennent leur destin en mains en construisant un monde au service des humains.

http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1158

Editorial d’Anarchosyndicalisme n°174, journal de la CNT-AIT

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