Une tribune pour les luttes

Turkmenistan

Quand un des pires dictateurs de la planète se pavane à Paname

par Napakatbra (Les mots ont un sens)

Article mis en ligne le mercredi 3 février 2010

Il ne faut pas le dire trop fort, mais l’un des pires dictateurs du monde est actuellement en visite à Paris. Dans la plus grande discrétion. Au menu, un déjeuner avec Nicolas Sarkozy, une rencontre avec Bernard Kouchner puis Gérard Larcher... Et quelques petites entreprises françaises clôtureront la sauterie. Une visite qui sent le gaz...

Lundi midi, moins d’une semaine après son discours de Davos, emprunt d’une éthique et d’une humanité sans pareilles, Nicolas Sarkozy a déjeuné avec Gourbangouly Mialikgoulyïevitch Berdymoukhammedov. L’homme est le président (démocratiquement élu à 89%) du Turkménistan, un havre de paix couvert de statues gigantesques de son prédécesseur, Saparmourat Ataïevitch Niazov, dont le charmant visage orne des billets de banque jusqu’aux bouteilles de Vodka. Un écrivain hors-pair, aussi, autoproclamé "guide spirituel de la nation" et prophète des temps nouveaux. Wikipedia lui attribue cette citation : "Celui qui par trois fois lira le Ruhnama [son oeuvre, d’une valeur spirituelle identique au Coran ou à la Bible, selon lui] trouvera une richesse spirituelle, deviendra plus intelligent, reconnaîtra l’existence divine et ira directement au paradis". Et dire que ce charmant jeune homme est mort en décembre 2006, quelques mois seulement avant l’avènement de notre prophète national...

Bizness is bizness

Bref, le Turkménistan est aujourd’hui l’un des pays les plus répressifs et les plus fermés, au niveau de la Birmanie et de la Corée du Nord. Largement devant l’Irak de Saddam et le Cuba de Fidel. Et le nouveau président semble respecter la tradition, faisant placarder des photos géantes de son joli minois sur les murs du pays. Mais cet État de 4,8 millions d’âmes est riche en hydrocarbures. Et pas qu’un peu. Il possède la cinquième plus importante réserve gazière du monde. Depuis que Poutine joue à la roulette russe avec ses livraisons de gaz à l’Ukraine et à l’Europe, l’UE cherche de nouveaux fournisseurs. Ce sera chose faite d’ici peu. Un accord de partenariat et de coopération entre l’Europe et le Turkménistan est en cours de ratification. Il ne devrait plus tarder à grimper à l’ordre du jour du Parlement européen.

Bouygues à l’affut

Une fois le projet entériné, il faudra construire, et construire encore. L’extraction, le traitement et le transport de ce carburant si précieux génèrera des milliards d’euros de contrats. De quoi justifier cette réception en grande pompe : le président de la république, le ministre des affaires étrangères et le président du Sénat, excusez du peu ! Si peu d’éléments concrets filtrent des discussions, gageons que Nicolas Sarkozy ne multiplie pas ces rencontres pour le simple plaisir d’accrocher une nouvelle effigie de dictateur à son tableau de "meilleurs amis du monde".

Notre guide avait promis d’aller chercher la croissance avec les dents... Il a trouvé à qui parler, en la personne de Berdymoukhammedov, ancien dentiste de profession. Ce qui n’est pas pour déplaire à son témoin de mariage, Martin Bouygues. Le bétonneur en chef apprécie particulièrement cette dictature, qui lui a offert pour plus d’un milliard de dollars de contrats ces dernières années... Au risque de fâcher notre président qui déclarait en 2007 que "le silence est complice. Je ne veux être le complice d’aucune dictature a travers le monde".

Nul doute que le prochain voyage officiel de Nicolas Sarkozy au Turkmenistan (décidé mais non encore planifié) sera retransmis en direct par TF1 (filiale du groupe Bouygues et spécialiste des interviews fantasques de dictateurs turkmènes)...


http://www.fluctuat.net/3635-Cartes-postales-du-Turkmenistan

Le meilleur des mondes

Le Turkmenistan a un taux de mortalité infantile proche de celui de l’Afghanistan qui a connu 25 ans de guerre.
Un turkmène sur trois a connu la prison, 20 % des détenus meurent.
Le niveau de corruption y est d’un des plus élevés de la planète.
Il y avait 40 000 étudiants il y a dix ans, il en reste 3500 aujourd’hui.

Sur Flu :

- Lire la chronique du livre de David Garcia, Le pays où Bouygues est roi
- Lire l’entretien avec David Garcia
- Sur le blog : entretien avec Catherine Berthillier qui a réalisé un sujet pour Envoyé spécial


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