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" Journalistes otages en Afghanistan : les bons comptes font les bons ennemis "

+ Communiqué du SNJ : Journalistes otages en Afghanistan, 55 jours c’est déjà trop !

Article mis en ligne le mardi 23 février 2010

Syndicat national des journalistes

Journalistes otages en Afghanistan, 55 jours c’est déjà trop !

Voila près de deux mois qu’Hervé et Stéphane sont retenus en otage en Afghanistan avec leurs trois accompagnateurs afghans. Ces deux journalistes étaient en mission pour le magazine "Pièces à conviction" de France 3.

Près de deux mois d’inquiétudes et de stress pour leurs familles et toutes leurs consœurs et confrères.

Avec sa section de France Télévisions, le Syndicat National des Journalistes, première organisation de la profession, regrette que les informations les concernant soient trop rares, fragmentaires, lointaines et parcimonieuses.

Les attaques ignobles dont ces journalistes-otages ont fait l’objet par certains politiques jusqu’au plus haut niveau de l’État n’ont pas permis à la profession d’avoir l’assurance que tout avait bien été mis en œuvre depuis le 1er jour pour les faire libérer.

Le SNJ, partageant l’angoisse de leurs familles et des rédactions du service public concernées et éprouvées par cette prise d’otages, entend développer toute une série d’actions pour qu’on ne les oublie pas.

A cet effet, il va organiser des rencontres avec toutes les parties intéressées. La section SNJ de France Télévisions a demandé un rendez-vous à Hervé Morin, le ministre de la Défense.

Paris,

le 23 février 2010


" Journalistes otages en Afghanistan : les bons comptes font les bons ennemis

23 février 2010

par Napakatbra

Avec les liens
http://www.lesmotsontunsens.com/jou...


10 millions d’euros, ce serait le coût des recherches engagées pour retrouver les journalistes de France 3 enlevés en Afghanistan, selon le chef d’état-major désarmé, Jean-Louis Georgelin. Un calcul d’apothicaire absurde, ridicule, irréel... Sarkozyen.

"Il faut que les Français sachent le coût de cette histoire", avait prévenu Nicolas Sarkozy, furax, début janvier. C’est fait. Dimanche, le chef d’état-major des armées, Jean-Louis Georgelin, a fait une déclaration explosive sur Europe 1 : "Croyez-moi, dans ce genre d’opérations, moins on en parle, mieux c’est" a-t-il affirmé, avant d’ajouter subtilement "qu’à l’heure actuelle, nous avons déjà dépensé plus de 10 millions d’euros pour s’occuper de cette affaire". "Je donne le chiffre parce que j’appelle au sens de la responsabilité des uns et des autres [...] Vous savez, dans mes discours à mes généraux, je mets en avant en permanence deux principes, le sens des responsabilités et le discernement. Ce genre de principes n’est pas valable seulement pour les généraux" a conclut Georgelin.

Les journalistes sont effarés, outrés. Reporters sans frontières s’est dit "consterné" par "une polémique nauséabonde". Pour l’association des journalistes de Défense, le général s’est montré "indécent" et "irrespectueux" envers les journalistes, "qu’on fait passer pour des inconscients". Tout simplement "ignoble", pour le syndicat national des journalistes (SNJ-CGT), qui exige "des excuses". La direction de France Télévisions, d’habitude complaisamment silencieuse sur les tonitruances de son "principal actionnaire", a critiqué l’intervention, rappelant qu’"il n’était pas, jusque-là, dans les habitudes de la France d’évaluer le coût du rapatriement de citoyens français retenus contre leur gré à l’étranger". A contrario, les preneurs d’otages doivent être ravis d’avoir une première estimation de leur butin.

Transparence

Même Frédéric Lefebvre s’est élevé contre cette déclaration, c’est dire ! Enfin presque, il a simplement critiqué le moment choisi pour l’annonce : "Franchement, je pense que ce n’était pas le moment de dire cela. En même temps je pense qu’on est dans une démocratie où il doit y avoir la transparence"... On nage dans l’absurde, le ridicule, le sordide, le cynisme. "La transparence", alors que l’Elysée refuse mordicus qu’on étudie ses dépenses en matière de sondages. Mais les études d’opinion sont certainement plus importantes que le travail et la vie de deux journalistes, n’est-ce pas ? "Le sens de la responsabilité et le discernement" : les reporters en questions étaient chevronnés, ils avaient pris leurs précautions, mais ce sont des reporters de guerre. Ils prennent des risques. Tout comme ces soldats français (non combattants, dixit Sarkozy) qui tombent régulièrement au nom de "la liberté" et de "la démocratie" en Afghanistan, ces journalistes ont été capturés en défendant "la liberté d’informer", premier fondement de "la démocratie", faut-il le rappeler.

Facture contre factures

10 millions d’euros... Bienvenue dans le monde de l’absurde. Les limites de l’indécence ont volé en éclat. Dès lors, on aimerait que Georgelin détaille son calcul. On aimerait qu’il compare ce chiffre au coût des libérations de Florence Aubenas, de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot, pour lesquelles il a oeuvré sous Jacques Chirac. Pourquoi pas ? On pourrait aussi parler des infirmières bulgares et d’Ingrid Betancourt. Ou de ces Français inconscients pris dans des combats en Afrique ou en Amérique du Sud. Et de ces touristes ou matelots irresponsables victimes de pirates somaliens. Pourquoi pas, au point où on en est ?

10 millions d’euros. Est-ce beaucoup, est-ce peu ? Comparé aux 40 milliards de subventions offerts à Dassault pour assembler son Rafale ? Et aux dizaines de millions que l’Etat consacre chaque année en action commerciale pour refourguer ce coucou invendable ? Est-ce beaucoup comparé aux dépenses notre diplomatie nucléaro-pétrolière hyperactive, totalement dévouée aux intérêts privés d’Areva, Total et Bolloré (entre autres), au Gabon, au Niger. Ou au pactole amassé par Bernard Tapie, au frais de la princesse. Au salaire de Proglio. On pourrait aussi comparer ce chiffre aux 200 millions d’euros qu’a couté le nouvel avion personnel de Sarkozy. Ou au coût de la sécurité mise en place pour chacun de ses déplacements dans des zones hautement dangereuses de nos provinces coupe-gorges, mobilisant à chaque fois pas moins de 1000 agents de sécurité...

Informer n’est pas jouer

Morale de l’histoire : Ce qui vaut pour les militaires vaut pour les journalistes. Ça ne s’invente pas. La presse est morte, vive la presse embedded. Pour peu qu’elle ne coûte pas trop cher... Un petit détail, pour conclure : selon la SDJ de France 3, les "deux journalistes aguerris" tentaient de "croiser les différents points de vue sur la présence de l’armée française dans la région de Kapisa"... La prochaine fois, ils se contenteront certainement de filmer les actes héroïques de nos valeureux généraux, en pleine séance de... media-training ?

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