Une tribune pour les luttes

Ca y est les pillards sarkozystes baissent encore plus en douce pendant l’été le niveau des retraites réelles qui vont être perçues par les salariés.

Décret scélérat et mensonger pour 41,5 annuités de cotisations retraite alors que les salariés en font 36 en réel en moyenne

Gérard Filoche

Article mis en ligne le jeudi 4 août 2011

http://www.filoche.net/2011/08/02/d...

Ca y est les pillards sarkozystes baissent encore plus le niveau des retraites réelles qui vont être perçues par les salariés.

Ils ont publié mardi 2 août 2011 le décret qui impose l’objectif de » 41,5 » annuités pour acquérir une retraite à taux plein pour la génération née après 1955.

L’explication donnée est que l’espérance de vie augmente. Et le nombre d’annuités à cotiser devrait augmenter en conséquence (sic)

Mais l’espérance de vie est inégale et les salariés du milieu et du bas de l’échelle vivent moins longtemps. L’espérance de vie en bonne santé reste en moyenne à 63 ans pour les hommes et à 64 ans pour les femmes. La biologie du corps humain est inchangée entre 55 et 65 ans. Entre 60 ans et 62 ans, en France, 100 000 hommes et 50 000 femmes meurent chaque année, qui n’auront plus un seul jour de retraite !

Ce décret scélérat Sarkozy-Fillon-Bertrand va surtout contre la réalité du travail : car en pratique, dans la vie réelle, licenciements et chômage des « seniors » font que la durée de cotisation baisse au lieu d’augmenter ! La moyenne des annuités cotisées a baissé vers 36 annuités. Cela fait un «  gap » de 5,5 ans de décote négative. Cela se traduit par un véritable pillage des retraites pour des millions de salariés qui voudraient partir à…62 ans ! C’est purement de l’escroquerie de demander aux salariés de travailler 41,5 annuités alors qu’on sait qu’ils ne peuvent pas : qu’ils sont en moyenne de facto limités à 36 annuités !

Il y a une autre solution, juste : indexez donc le nombre d’annuités cotisées exigées sur la moyenne des annuités réellement effectuées par les salariés dans la vie réelle ! Si vous parvenez à baisser le chômage dans la vie réelle, à éviter le licenciement des seniors vers 55 ans, si vous augmentez la moyenne réelle des cotisations, de 36 vers 37, vers 38 ou 39 ou 40 annuités, faites des décrets en conséquence ! Mais ne fixez pas des objectifs inatteignables pour l’immense majorité des salariés, sachant cyniquement que le seul résultat ne sera pas de les faire travailler plus mais de les faire gagner moins.

Cet article a été écrit par Gérard Filoche, publié le 2 août 2011


Pour celles et ceux qui auraient oublié comment on nous ment et nous vole :

Mille Bâbords 13895

ATTAC, Fondation Copernic

Dix contrevérités sur les retraites

http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article314

Mercredi 7 avril 2010

1) L’âge moyen de départ à la retraite est de 61,5 ans, reculer l’âge légal de départ à la retraite ne changerait donc rien.

L’âge moyen de « départ à la retraite » est celui auquel on fait valoir son droit à pension. Ce qui est important, c’est l’âge de cessation d’activité. L’âge moyen de cessation d’activité est de 58,8 ans, et six salariés sur dix sont hors emploi (chômage, invalidité, inactivité ou dispense de recherche d’emploi) au moment de liquider leur retraite. Très souvent, les salariés ayant eu une carrière courte et/ou heurtée, en particulier les femmes, liquident leur retraite à 65 ans pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein sans décote, alors même qu’ils sont déjà hors du marché du travail. Reporter l’âge légal de la retraite au-delà de 60 ans aurait une double conséquence : les systèmes de chômage ou de préretraites vont devoir financer en plus ce que les systèmes de retraite financeront en moins, et en parallèle, la période hors emploi avant l’âge de départ en retraite s’allongera pour beaucoup, avec des ressources dérisoires ou nulles. L’âge du taux plein (65 ans) sera repoussé d’autant, signifiant qu’une proportion croissante de salarié-es devra reculer son départ pour atteindre la nouvelle borne ou bien avoir une pension amputée par la décote.

2) L’espérance de vie augmente, c’est normal de travailler plus longtemps.

L’augmentation de l’espérance de vie n’est pas nouvelle, elle n’a pas empêché que le temps passé au travail dans une vie baisse en parallèle. De plus, l’espérance de vie « en bonne santé », c’est-à-dire sans incapacité, est beaucoup plus faible que l’espérance de vie. Tout départ en retraite tardif obère de façon non négligeable le temps dont les salariés disposent pour jouir réellement de leur retraite. Enfin, les jeunes entrent de plus en plus tard dans la vie active et de nombreux salariés, dont une majorité de femmes, ont des carrières discontinues et n’arrivent déjà pas à réunir le nombre d’annuités demandé, alors même que les entreprises se débarrassent des salariés âgés. L’augmentation de la durée de cotisation ou le report de l’âge légal de départ à la retraite aurait donc des conséquences importantes lors de la liquidation de la retraite et se traduirait en pratique par une pension réduite pour le plus grand nombre.

3) Les jeunes ne pourront pas financer les pensions des futurs retraités, il faut donc que ces derniers travaillent plus longtemps.

Pour que les jeunes puissent payer les pensions des retraités, il faut qu’ils ne soient pas au chômage et donc que les salariés âgés laissent leur place sur le marché du travail aux nouvelles générations. Décaler l’âge de départ à la retraite revient à préférer entretenir le chômage des jeunes plutôt que de payer des retraites. La retraite par répartition repose sur un contrat implicite : la génération qui travaille prend en charge part à la retraite bénéficie à la génération suivante et cette dernière prend à sa charge la génération en formation, et celle partie à la retraite. Ainsi chaque génération monte sur les épaules de la précédente et la création de richesse est partagée entre actifs et retraités. C’est ce contrat intergénérationnel que le gouvernement et le patronat tentent de détruire en voulant faire travailler plus longtemps les générations les plus jeunes.

4) Le système par répartition ne sera plus capable de garantir des pensions décentes aux jeunes générations, celles-ci doivent donc d’ores et déjà se prémunir en se constituant un supplément de retraite par une épargne privée.

Si on estime possible de compléter les cotisations pour le système public par répartition par des versements dans une épargne privée, qu’est-ce qui empêche alors d’augmenter les cotisations et de garantir une meilleure retraite grâce au système par répartition ?

5) Les fonctionnaires sont des privilégiés

Le niveau des retraites est équivalent dans le secteur privé et dans la fonction publique : en moyenne 1625 euros par mois dans le privé, 1593 euros dans la fonction publique. Le mode de calcul de la retraite est différent dans le privé et dans le public, mais cela aboutit à un résultat similaire. Dans le secteur privé, elle est calculée sur les 25 meilleures années et les primes sont prises en compte. Dans le public, c’est le salaire des 6 derniers mois, mais les primes ne sont pas prises en compte et la retraite complémentaire n’est pas de même niveau que dans le secteur privé.

6) Il y aura trop de retraités et pas assez d’actifs

Les projections démographiques ne sont pas des vérités scientifiques et sont basées sur des hypothèses concernant plusieurs paramètres (fécondité, chômage, taux d’activité des hommes et des femmes, etc.). Déjà, depuis quelques années, les projections ont beaucoup varié. Ainsi, à la fin des années 1990, tous les rapports officiels prévoyaient un effondrement de la natalité. Il n’en a rien été. Jusqu’à récemment, les mêmes rapports prévoyaient un effondrement de la population active dans le futur. Les dernières prévisions de l’Insee font maintenant apparaître une augmentation de la population active jusqu’en 2015 puis une stabilisation par la suite. En outre, les hypothèses retenues sur la population active sont très pessimistes, pour ne pas dire régressives : rien ne justifie en effet de projeter, dans la tranche de 25 à 45 ans, un taux d’emploi des femmes inférieur de 15 points à celui des hommes si ce n’est renoncer définitivement à toute politique visant l’égalité entre les femmes et les hommes. De fortes marges de manœuvre existent pourtant dans ce domaine, et un niveau d’emploi égal entre hommes et femmes signifie qu’on retrouverait le même ratio retraités/actifs qu’en 1970, donc sans aucune dégradation.

7) On ne pourra pas financer les retraites

À moins de décréter la paupérisation des retraité-es, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité.

8 ) La solution pour financer les retraites qui consiste à augmenter les cotisations patronales serait néfaste à la compétitivité des entreprises.

Différents scénarios ont été étudiés, avec l’hypothèse sur laquelle travaille le COR d’un gain de productivité de 1,5% par an. Un de ces scénarios établit qu’il est tout à fait possible de garantir à la fois le maintien du taux de remplacement (retraite moyenne/salaire moyen) et une progression identique du pouvoir d’achat des retraités et des salariés (de 1, 2%/an, soit une progression un peu moindre que celle de la productivité) par une augmentation de 6 points des cotisations patronales entre 2009 et 2050 : cette augmentation n’aurait aucun effet sur la sacro-sainte compétitivité des entreprises, puisque ce scénario est fait en prenant l’hypothèse du maintien à son niveau actuel de la part de la masse salariale (salaires et cotisations) dans la valeur ajoutée, donc sans impact sur les coûts. Ce scénario, même s’il n’est pas le plus favorable aux salarié-es et retraité-es puisqu’il suppose que la part de la masse salariale reste à son niveau actuel qui est historiquement bas, rend totalement inopérant le seul argument du Medef contre l’augmentation des cotisations. Un scénario plus favorable aux salariés et retraités est celui qui permet que la part de la masse salariale augmente en rognant sur les dividendes, ce qui laisse inchangé le coût du travail.

9) Pour financer les retraites, il faut une croissance productiviste

Fonder le financement des retraites sur le partage des gains de productivité ne signifie pas que l’on mise sur une croissance économique forte. Quels que soient les gains de productivité futurs, ils devront être partagés entre le niveau de vie de tous, actifs comme retraités, la satisfaction de nouveaux besoins sociaux et la diminution du temps de travail.

10) Les dispositifs familiaux dont bénéficient les femmes sont contraires à l’égalité entre les hommes et les femmes.

Ce sont très majoritairement les femmes qui prennent en charge les enfants et la gestion du foyer. De ce fait, elles sont pénalisées dans leur carrière, elles s’interrompent ou travaillent à temps partiel. Même en intégrant ces dispositifs familiaux, leur retraite est en moyenne inférieure de 40 % à celles des hommes. Ils sont donc encore aujourd’hui essentiels pour réduire les inégalités de pension entre femmes et hommes. Pourtant, le droit communautaire européen remet ponctuellement en cause l’existence de tels dispositifs. C’est une incohérence, puisqu’il reconnaît par ailleurs la notion de discrimination indirecte, c’est-à-dire la légitimité à donner un avantage particulier dès lors que celui-ci permet de réduire des inégalités sociales ou de sexe. Il est impossible de se réclamer du principe d’égalité pour augmenter les inégalités.


ATTAC- Fondation Copernic


Mille Bâbords 15396

Ne pas battre en retraite - un nouvel argumentaire

1/ Démocratie bafouée

« Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer »
Nicolas Sarkozy, le 6 avril 2007, lors de la rencontre Femmes et Egalité des chances

Cette déclaration est parfaitement conforme au projet et aux professions de foi du candidat Sarkozy où il n’est à aucun moment question de revenir sur la retraite à 60 ans (seule la réforme des régimes spéciaux est évoquée dans ces documents - disponibles au local syndical). A l’heure où la contestation s’exprime de plus en plus fort dans le pays, le Président, le Gouvernement et le Parlement ne peuvent s’appuyer sur aucune légitimité démocratique qui leur aurait été accordée par le peuple. Le seuil de 60 ans a été fixé en 1981 suite à l’élection d’un candidat qui en avait fait une promesse de campagne. Celui ou celle qui voudrait remettre en cause ce seuil devrait s’appuyer sur une légitimité comparable. En l’espèce, tel n’est pas le cas. Pour tout démocrate considérant que le seul juge de paix est le suffrage universel, l’intransigeance gouvernementale, son entêtement à dire qu’il n’y pas d’alternative, son refus de négocier avec les syndicats, sont inacceptables et relèvent d’une dérive dictatoriale.

Quand il n’y a plus de légitimité, il ne reste que la force. Les violences policières des ces derniers jours le prouvent (par exemple, le jeudi 14 octobre, un lycéen de Montreuil, déplaçant une poubelle devant son établissement, a été grièvement blessé par un tir de flash-ball, sous les yeux de ses camarades et des professeurs).

2/ Allongement de l’espérance de vie : un argument fallacieux

«  Si l’on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps, ce n’est pas un choix idéologique, ce n’est pas un choix dogmatique, c’est une question de responsabilité »
Nicolas Sarkozy (extrait d’un discours clôturant une réunion de la CGPME - Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises, prononcé à Paris le 15 juin 2010).

Pourtant, c’est au regard de l’espérance de vie en bonne santé (et non de l’espérance de vie de la naissance jusqu’à la mort), qu’il faut apprécier les seuils de 62 et 67 ans (chiffres INED – Institut Nat. Des Etudes Démographiques)
Hommes : 63,1 ans
Femmes : 64,2 ans
Ouvriers : 59 ans
Cadres 69 ans
un salarié sur dix meurt avant 60 ans (INSEE, septembre 2009 – www.insee.fr)

Qui ne connaît pas des parents, amis, collègues qui n’ont pas pu bénéficier de leur retraite ?


3/ La pire « réforme » d’Europe

La « réforme » Sarkozy-Woerth est l’une des rares en Europe qui, tout à la fois, recule les âges de la retraite (âge de départ et âge pour le taux plein) et allonge la durée de cotisation. Et c’est en France que le rythme de relèvement des seuils d’âge est le plus rapide (4 mois par an de recul de l’âge contre 1,3 en Allemagne, 2 en Grande-Bretagne).


4/ Le « choc » démographique : une fausse évidence

Extraits de L’Enjeu des retraites, ouvrage de Bernard FRIOT, professeur à l’Université Paris 10 Nanterre
(La Dispute, 2010 – citations tirées des pages 113 à 118 – copies disponibles au local syndical)

La proportion d’actifs occupés reste stable dans un PIB en constante augmentation.

L’indicateur (le nombre de personnes ayant 60 ans et plus rapporté au nombre de personnes ayant entre 20 et 59 ans) a vocation a être alarmant : alors qu’en 2000 il y avait 4 personnes de 60 ans ou plus pour 10 personnes ayant entre 20 et 59 ans, en 2050, il y en aura 7. (…) Le rapport des plus de 60 ans sur les 20-59 ans n’est en aucun cas un indicatif du rapport entre actifs occupés (ceux qui ont un emploi) et inactifs, le seul qui ait un sens économique. Car les inactifs incluent aussi les moins de 20 ans (dont le nombre rapporté aux 20-59 ans diminue) tandis que tous les 20-59 ans ne sont pas des actifs occupés : le taux d’emploi de cette tranche d’âge n’est que de 76%. (…) Le ratio inoccupés / occupés était de 1,62 en 1995, il devrait se situer en 2040 entre 1,66 à 1,79 selon les projections en matière de chômage, la baisse du poids des enfants et des jeunes (qui coûtent aussi cher en dépenses publiques et privées que les retraités) compensant la hausse de celui des retraités.

D’autre part, le choc démographique repose sur le postulat d’absence de gains de productivité. Or, on peut produire autant avec 1 actif pour 1 retraité qu’avec 2 actifs pour 1 retraité. Le raisonnement selon lequel le recul de la part des actifs occupés rendra impossible le financement des retraites en répartition est aussi absurde que si l’on avait prédit au début du XXème siècle la famine pour la France du XXIème siècle parce que la part des paysans allait se réduire à moins de 3% de la population. Personne en réalité ne postule l’absence de gains de productivité dans l’avenir : ce qui est postulé dans l’argument démographique, c’est que les gains de productivité continueront à n’aller qu’aux actionnaires (voir 6/)

La croissance du poids des pensions dans le PIB ne pose aucun problème.

Au cours des 50 dernières années, les pensions sont passées de 5 à 13% du PIB, alors qu’au cours des 50 prochaines années, elles devraient passer de 13 à 18% : le poids des pensions a été multiplié par 2,6 de 1950 à 2000, il devrait l’être par 1,4 seulement d’ici 2050. Cette décélération (alors que le discours du choc démographique suppose une accélération fantasmée) signifie évidemment une plus grande facilité demain à absorber la hausse du poids des pensions alors même qu’elle l’a été sans difficulté jusqu’ici. Cette facilité s’explique simplement : le PIB doublant de volume tous les 40 à 50 ans, la progression plus rapide d’un de ses éléments s’accompagne de la progression, et non pas de la régression, de la richesse disponible pour les autres composantes. (…) Notre PIB est de 2 000 milliards, dont 260 (13%) pour les pensions, reste donc 1 740 milliards pour les actifs, les investissements (et le profit parti en fumée dans les opérations financières) ; il y a 50 ans, sur un PIB de 1 000 milliards, les petits 5% de pensions ne laissaient que 950 milliards aux actifs, à l’investissement et au profit parasitaire ; dans 50 ans, le PIB sera de 4 000 milliards, et les gros 20% de pensions laisseront 3 200 milliards aux actifs et à l’investissement. Certes, on sera passé en un siècle de 50 à 800 milliards de dépenses de pensions (et toute la ficelle des réformateurs est de ne présenter que cette progression), mais dans un PIB passé, lui (en euros constants), de 1 000 à 4 000 milliards alors que la population aura nettement moins que doublé. Il n’y a aucun problème démographique. (…) Le financement des retraites sans augmentation de la durée de cotisation ni baisse du taux de remplacement ne pose aucun problème : si l’on reprend les données du Conseil d’orientation des retraites dans son rapport de 2001, il suffit d’augmenter le taux de cotisation patronale de 0,37 points par an, soit en moyenne le quart du taux de croissance.

5/ L’emploi : une question-clé, étrangement absente du débat

Face à un problème démographique, la réponse serait démographique… Non contents de recourir à une analyse fallacieuse des évolutions démographiques (voir 4/), le Président de la République et le Gouvernement oublient (volontairement ?) le chômage de masse et le sous-emploi.

Quelle est la situation ? (source : rapport DARES de septembre 2010http://www.travail.gouv.fr )

Le chiffre officiel c’est 2,7 millions de chômeurs. Mais ce chiffre est partiel car seule la catégorie A (ne pas avoir travaillé du mois) est comptée. Si on compte les catégories B et C (ayant exercé une activité réduite de moins de 78h par mois), on arrive à 3,97 millions de chômeurs. Si l’on rajoute les catégories D et E (non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi pour diverses raisons : stage, formation, maladie, emploi aidé, etc.), on arrive à 4,5 millions de chômeurs. Il faut alors compter les 1,3 millions de RSA (ex-RMI) qui pour la plupart ne sont pas inscrits à l’ANPE, les seniors de + de 55 ans, les quatre départements d’outre-mer, et on arrive à 6 millions de chômeurs ou sous-employés.

6 millions de chômeurs soit 25% de la population active.
6/10 des seniors (salariés âgés de + de 55 ans) sont hors emploi à l’heure de la retraite.
(et ça s’aggrave : + 21% de chômage des plus de 50 ans entre mars 2009 et mars 2010)
1/4 des 16-24 ans sont au chômage.

Les projections établies à partir des mesures de recul de l’âge de départ en retraite révèlent que, d’ici 2016, un million d’emplois ne seront plus disponibles pour les jeunes arrivant sur le marché du travail (élément auquel il faut ajouter l’effet de la suppression de 300 000 emplois dans la fonction publique).

Dans ce contexte, on peut légitimement s’interroger sur les objectifs du gouvernement ? Pourquoi occulter la question de l’emploi alors qu’elle est une des clés du financement des retraites ? (voir 7/)

En effet, le relèvement de l’âge de la retraite devrait générer 1,2 milliards d’économies à l’horizon 2015. Or, 100 000 emplois créés, c’est 1,5 milliards de recettes pour la sécurité sociale. Dès lors, se focaliser sur la question du chômage et du sous-emploi semble plus décisif que de faire une fixation sur les évolutions démographiques et sur les relèvements des âges de départ en retraite.

Sommes-nous impuissants face au chômage ? Il y a de fortes raisons d’en douter lorsque l’on sait que les 35h, malgré leurs limites, ont permis 400 000 créations nettes d’emplois. Et lorsque l’on sait que les 35h sont la bête noire de la majorité actuelle, on ne peut que s’interroger davantage sur ses motivations réelles.

6/ La France, pays riche dont la richesse est injustement partagée

1 800 milliards environ c’est la somme des richesses produites (valeur ajoutée brute) par le travail en 2009. Les salaires (nets ou socialisés via les cotisations sociales) représentent 68% de ce gâteau. En 1982, ce pourcentage s’établissait à 76%. Si cette situation s’était maintenue, 130 milliards supplémentaires seraient immédiatement disponibles pour les salaires et la protection sociale (il ne faut pas chercher plus loin la cause de l’augmentation des besoins de financement de nos retraites). Cet accroissement des profits dans la valeur ajoutée s’explique essentiellement par le maintien du chômage de masse et la compression des salaires. La part de richesses revenant aux actionnaires a littéralement explosé (5% des profits en 1985 / 25% en 2010, selon le rapport Cotis de l’INSEE).

Loin de remettre en cause cette évolution défavorable au monde du travail, le projet de loi sur les retraites la conforte puisque 85% de l’effort de financement des retraites est demandé aux salariés.

7/ La voie royale pour les fonds de pension

Les deux piliers du projet de loi, allongement de la durée de cotisation requise pour obtenir une retraite à taux plein (41,5 annuités) et relèvement des seuils d’âge (62 ans – droit à la retraite – et 67 ans – droit à la retraite sans décote), accroîtront la difficulté d’accéder à une retraite à taux plein (autrement dit à une pension comprise entre 75 et 80% du salaire de référence).

Cela est d’autant plus vrai dans un contexte caractérisé par le sous-emploi des actifs de plus de 55 ans (vu que 6 sur 10 sont hors de l’emploi, comment croire qu’ils pourront prolonger leur activité jusqu’à 67 ans ?), le chômage et la précarité des jeunes, leur entrée tardive sur le marché du travail (la DREES – Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques – révèle qu’entre la génération née en 1954 et celle née en 1974, la durée d’assurance validée à 30 ans est passée de 39,8 trimestres à 30,8 trimestres). Tout porte à croire que le nombre de salariés validant une carrière complète (86% des hommes, mais seulement 44% des femmes, en 2004) diminuera drastiquement. Et toutes les carrières incomplètes seront sanctionnées par une décote diminuant le montant de la pension. A cela s’ajoute la dépréciation des pensions au fil du temps, du fait de leur revalorisation en fonction de l’évolution des prix et non de celle des salaires (mauvais coup des « réformes » de 1993 et 2003, puisque tendanciellement les salaires évoluent plus vite que les prix).

Conséquence : presque personne n’est certain de pouvoir cotiser 41,5 ans et/ou de travailler jusqu’à 62 ou 67 ans. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que cotiser 40 ans ne suffira plus à avoir une bonne pension :

● en 1998, salarié du privé et fonctionnaire ayant cotisé 40 annuités (carrière complète) pouvaient prétendre à une retraite équivalente à 80% du salaire de référence.

● en 2015, du fait des réformes déjà réalisées, les salariés dans la même situation bénéficieront de pensions bien moindres (66,5% du salaire de référence pour un travailleur du privé et 61% pour un fonctionnaire).

Tous ces éléments se rejoignent pour saper la confiance des Français en leurs systèmes par répartition.

Dès lors, pourquoi ne seraient-ils pas tentés par la souscription d’une assurance retraite privée (s’ils en ont les moyens, évidemment) ? C’est ce qu’entend encourager le MEDEF qui, par la voix de Laurence Parisot, plaidait en mai 2010, pour la mise en place d’un «  nouveau dispositif très incitatif, voire obligatoire, de système de retraite par capitalisation ». L’enjeu est énorme : la protection sociale (assurance maladie, caisses de retraites…) principalement assise sur les cotisation sociales (c’est-à-dire le salaire indirect ou socialisé) représente actuellement un magot de plus de 400 milliards d’euros (dont 230 milliards de retraites) qui, reversés sous formes de prestations (remboursement de soins, pensions, allocations familiales…), échappent aux assureurs et à la loi du profit.

Depuis le début des années 90, nombre d’observateurs considèrent que les réformes successives des régimes de retraites sont inspirées par le souci d’ouvrir la voie aux fonds de pension et aux compagnies d’assurance.

Récemment, un scandale d’Etat, relayé par Mediapart et Le Nouvel Observateur, a révélé le bien fondé d’une telle analyse. Le groupe Malakoff-Médéric, entreprise se fixant pour objectif de s’accaparer 17% du marché des retraites complémentaires privées d’ici 10 ans (marché qui pourrait alors représenter 40 à 100 milliards d’euros), a engagé, pour le 1er janvier 2011, son groupe dans une alliance avec la CDC (Caisse des dépots et consignations), le bras armé financier de l’Etat, et sa filiale la CNP (Caisse nationale de prévoyance). Voir la CDC, institution gérant le Fonds de réserve des retraites (sensé pérenniser les régimes de retraite par répartition), s’acoquiner avec un acteur plaidant pour le développement des retraites par capitalisation, n’est pourtant pas surprenant. En effet, le groupe Malakoff-Médéric est dirigé par Guillaume Sarkozy, frère du Président de la République et ex-numéro 2 du MEDEF. Pendant que l’un assèche les régimes de retraite par réparation (systèmes étrangers à la loi du profit), l’autre joue la carte de la capitalisation (avec l’espoir de toucher le gros lot). Une bien belle stratégie concertée en famille ! Un conseil : devenez actionnaire du groupe Malakoff-Médéric avant que le cours en bourse ne s’envole !

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