Une tribune pour les luttes

CIP-IDF

Je suis une montagne de feu - Incendie de Pantin, ses morts, ses survivants.

Article mis en ligne le samedi 1er octobre 2011

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5869

Publié le vendredi 30 septembre 2011

Hier matin à 9 heures, les quelques éclopés de l’incendie du passage Roche,
cheminent vers la mairie de Pantin. Une dizaine de personnes ont été
hébergées hier soir dans les chambres d’un stade municipal. Les autres ont
pris la fuite de crainte d’être arrêtés par la police. Béquilles trop
petites et cassées, ligaments croisés qui exigeraient un repos total, ils
arrivent à pied cahin-caha, sonnés. On se demande combien de blessés,
combien de morts seront nécessaires pour provoquer l’onde de choc qui fasse
bouger un peu les pouvoirs publics. Ce tableau digne de Bruegel est en vrai
intolérable.

Hier soir nous sommes venus les écouter au stade, écouter l’horrible récit
de ce qui s’est passé dans le squat. La plupart ont vu leurs amis mourir
sous leurs yeux ou criant depuis l’intérieur alors que les pompiers
tardaient à agir, jugeant peut-être la situation trop dangereuse pour entrer
dans le bâtiment et sauver les vies. Aux tunisiens qui étaient prêts à
re-pénétrer dans les lieux car ils connaissaient les accès et pouvaient
indiquer par où passer, il a été dit à plusieurs reprises : “ce sont les
professionnels [1] qui prennent les décisions”
. L’immeuble n’a qu’un étage ;
à trois mètres d’eux, ils ont fini par ne plus voir leurs amis, ni entendre
leurs cris.

Ce sont les échappés qui ont évacué les premiers blessés alors que huit
camions de pompiers étaient arrivés sur place. Ceux qui pouvaient faire le
récit de ce qui s’est passé, ont été encadrés par la police, n’ont pas pu
parler à la presse présente en masse pour la venue de Guéant et ont été
emmenés puis interrogés des heures durant dans un commissariat.

Le rendez-vous à la mairie, le lendemain matin, consiste en un accueil
individuel par des assistantes sociales suivi d’une réunion commune avec la
directrice des assistantes sociales. Ils y vont seuls. Monsieur Bon, le mal
nommé, directeur du cabinet de monsieur le maire Kern, qui hier, assurait
sur place une vraie prise en charge de l’ensemble des personnes qui se
trouvaient dans le squat, donne ses consignes de loin, ou ne répond plus au
téléphone et n’estime même pas nécessaire de se déplacer. Ce qui est
proposé aux rescapés, re-triés et sélectionnés... est digne de la politique
du gouvernement actuel concernant les migrants : 30 euros quotidien par
personne pendant trois jours et éventuellement la possibilité de rester dans
le stade jusqu’à lundi ! A force de tragique la farce de la situation
explose.

Un nouveau rendez-vous est donné à 15h30, pour donner deux trois vêtements
et de nouveaux soins... Devant la mairie Jean-Jacques Briant, adjoint au
maire, responsable de l’action sociale, est interpellé, à la colère des
quelques personnes, citoyens, présents ici, est répondu un laconique «  vous
n’avez qu’à les prendre chez vous.
 » et d’autres inepties. Les éclopés n’ont
pas même un banc où s’asseoir. Un repas de midi, assis dans la cantine de la
mairie toute proche ? Aucun élu ou employé de la mairie n’y pense, on ne
mélange pas tout. Ainsi les compagnons d’infortune, pieds dans le sac,
reviennent peu à peu vers le squat.

Sur la place un ouvrier né en Tunisie, algérien, vivant en France depuis 30
ans, se met à crier devant l’indécence de la proposition de la mairie,
devant ces jeunes gens, ses fils à lui, fils de la révolution, mal traités,
abandonnés par tous, il dit :

JE SUIS UNE MONTAGNE DE FEU
Je suis en colère, je ne veux plus les voir ces partis de droite ou de
gauche !
Je suis un rebelle ! Ils nous marchent dessus !
J’ai travaillé trente ans pour la ville de Pantin !
J’ai balayé les rues pendant 30 ans !
J’y ai donné ma vie, ma santé !
30 euros pour nos fils !
30 euros pour se taire !!

Notes :

[1] En l’occurrence, les pompiers de Paris sont des militaires qui
travaillent constamment avec la police.

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5869

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