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Actu-chômage

Revalorisation des allocations chômage : +2%

Article mis en ligne le dimanche 1er juillet 2012

A lire avec tous les liens :
http://www.actuchomage.org/20120628...

Jeudi, 28 Juin 2012

Après le coup de pouce au smicards, le coup de pouce aux chômeurs. Comme d’habitude, cette aumône nous est présentée comme un généreux sacrifice.

Chaque année, au 1er juillet, les privés d’emploi encore indemnisés par le régime ont droit à une petite obole [1]. Cette année, annonce l’Unedic, la rallonge s’élevera à 2% : ainsi collera-t-elle tout juste au taux d’inflation moyen de 2011, systématiquement sous-évalué par l’Insee à 2,1%. Ainsi, comme toujours, sera-t-elle sans commune mesure avec la flambée des prix de l’alimentation et autres dépenses contraintes (énergie, assurances, transports, impôts locaux, loyers, etc).

De tous temps, les chômeurs sont jugés responsables de leur situation et les revalorisations accordées reflètent ce grotesque état d’esprit : +1,5% l’année dernière, +1,2% en 2010, +1% en 2009, +2,5% en 2008 — l’orgie ! —, +1,95% en 2007, +2% en 2006… et rien du tout en 2005. C’est pourquoi les Smicards sont un tout petit peu mieux traités (parce qu’ils travaillent, eux, Madame).

18 milliards de déficit fin 2013

Le coût de ce geste ô combien charitable sera de 164 millions d’euros, a précisé l’assurange chômage qui prévoit un déficit de 3 milliards cette année, portant son endettement total à 14 milliards. « Nous avons dû faire un arbitrage entre la rigueur de notre fonction de gestionnaire et la dimension sociale de notre mission », a déclaré son président Jean-François Pilliard, élu en février et pour deux ans à la tête de l’Unedic, par ailleurs délégué général de la très riche et très puissante UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie, célèbre pour ses retraits de fonds en liquide et chantre de la dégressivité des allocations).

A l’occasion de son conseil d’administration qui a eu lieu hier, l’Unedic a estimé que son déficit cumulé dépassera 18 milliards d’euros fin 2013 (soit 58% d’une année de collecte de cotisations), date à laquelle l’actuelle convention d’assurance-chômage arrivera à son terme et sera renégociée par les "partenaires sociaux". Il s’agira, plus que jamais en cette période de crise, de "sauver le régime"... Si, pour l’instant, le directeur général de l’Unedic a souligné l’absence de difficultés à emprunter sur les marchés, le contexte demeure fragile. « La bonne nouvelle, c’est que l’on a réalisé un premier semestre extrêmement positif sur nos émissions obligataires », a-t-il noté, annonçant avoir levé sans problème depuis le début de l’année 6,5 millards d’euros à un taux assez bas. Mais combien de temps durera cette plaisanterie ?

Vous le savez peut-être, tout comme de nombreuses collectivités locales financièrement étranglées, l’Unedic est désormais sous l’emprise des marchés financiers : avec le chômage de masse et la précarisation du travail, ses dépenses d’indemnisation ne cessent de grimper tandis que ses recettes de cotisations ne cessent de plonger. Cependant notée AAA par l’agence de notation Fitch Ratings, afin de conserver cette excellente note et pouvoir continuer à emprunter, l’Unedic — à l’image des Etats endettés — doit se plier à certaines directives budgétaires, notamment ne pas être trop généreuse avec les chômeurs...

Intermittents et intérimaires, boucs émissaires

De premières pistes d’économies ont été dégagées. L’Unedic a relevé que, à eux seuls, deux régimes particuliers ont réalisé la quasi-totalité du déficit du régime l’an dernier : celui des intermittents du spectacle, régi par les annexes 8 et 10 de la convention d’assurance-chômage, qui présentait un trou de 1 milliard ; celui des intérimaires, avec un trou de 1,5 milliard.

Il semble qu’entre les intermittents (sans cesse pointés du doigt) et les intérimaires, la balance a pesé en faveur des plus esclavagistes. Le délégué général du patronat de l’intérim a vigoureusement plaidé que ces deux régimes n’ont rien à voir car celui des intérimaires n’est pas « fermé » : touchant 3,5 fois plus de chômeurs que celui des intermittents, il verse des droits acquis parfois sur des contrats en CDD ou en CDI.

Il n’empêche qu’en 2009, selon les syndicats, l’emploi intérimaire représentait près de 3% des contributions et 7% des allocations versées. En ce qui concerne les CDD, c’est bien pire : pour 4% des contributions, ils représentaient 22% des allocations versées. Trois ans après ces évaluations, le déséquilibre s’est inévitablement accentué. La taxation de l’emploi précaire, qui rapporterait quelques milliards fort bienvenus, devient urgente. Mais (à l’instar d’une indispensable régulation de la finance ou d’une grande réforme fiscale) nous parions qu’elle sera une fois de plus rejetée par le patronat. Ce sont aux victimes de la crise, du chômage et de la précarité d’en payer le prix ; jamais aux vrais responsables de ces fléaux. Prends tes 2% et tais-toi, voilà ce qu’on nous dit.

SH

[1] Les minima sociaux des chômeurs ayant épuisé leurs droits (ASS, RSA…) sont, eux, revalorisés le 1er janvier.
Rappel : ces revalorisations prennent effet le mois suivant, les allocations de juillet (pour les chômeurs indemnisés par le régime) ou de janvier (pour les chômeurs aux minima sociaux) étant versées à terme échu, soit respectivement à partir de début août ou début février.


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