Une tribune pour les luttes

Article paru dans l’édition du 25 octobre 2005 du Journal l’Humanité

« Il est contraint de lâcher du lest »

Interview de Jean-Pierre Dubois, président de la LDH

Article mis en ligne le mercredi 26 octobre 2005

Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme réagit, aux nouvelles positions de Sarkozy.

Droit de vote des étrangers, arrêt des expulsions d’élèves sans-papiers, Nicolas Sarkozy rejoue l’épisode de la double peine dans un entretien accordé au Monde.

Pour le président de la Ligue des droits de l’homme, il s’agit avant tout d’un coup stratégique.

Le ministre de l’Intérieur se découvre partisan du droit de vote des résidents étrangers. Peut-on vraiment y croire ?

Jean-Pierre Dubois. Il n’est pas le premier, y compris dans son camp. MM. Pasqua et Juppé l’avaient déjà annoncé il y a quelques années, suscitant la même surprise. En réalité, le droit de vote des étrangers est majoritaire dans l’opinion depuis plusieurs années. Les Français ont compris que c’était une revendication juste et réaliste. C’est donc l’hommage du vice à la vertu. Même les politiciens les plus opposés aux droits des étrangers sont contraints de lâcher du lest. Nicolas Sarkozy est obligé de construire une fausse fenêtre pour que sa politique inhumaine ait une apparence humaine. C’est déjà ce qu’il avait tenté de faire sur la double peine qui, contrairement à ce qu’il continue de faire croire, n’est pas supprimée. Je serai très surpris que la majorité actuelle vote cette réforme. Mais nous ne cracherons pas sur cette reconnaissance de l’évolution de l’opinion.

Le même Sarkozy entend suspendre les procédures d’expulsion d’élèves sans papiers...

Jean-Pierre Dubois
Là, c’est très intéressant parce qu’il recule vraiment. Mais c’est avant tout un tacticien et il s’est rendu compte qu’il avait fait une grosse bêtise. Il n’avait pas prévu les réactions de solidarité massive et sans précédent depuis très longtemps avec le développement du Réseau éducation sans frontières. Ces affaires, fortement médiatisées, donnent une image de Sarkozy qui devient embarrassante pour lui. Il espérait que sa politique reste abstraite, qu’on en cacherait les conséquences humaines, mais les Français ne supportent pas ce qu’on est en train de faire aux enfants dans ce pays. Il est donc obligé de feindre de reculer. Les arrêtés de reconduite à la frontière ne sont suspendus que pour quelques mois par les préfets qui laissent planer les poursuites, possibles à tout moment. On laisse les jeunes finir leur année scolaire mais on les expulsera en juillet, quand les gens seront démobilisés. Ce n’est qu’un recul tactique mais il est important car il prouve que la mobilisation paie.

Il propose également d’adapter le droit du sol à l’outre-mer et précise son projet de loi sur l’immigration...

Jean-Pierre Dubois
Nicolas Sarkozy se fait l’héritier de la tradition coloniale de l’État français, quand les lois de la République ne s’appliquaient pas aux indigènes. De plus, il est en compétition avec le chiraquien François Baroin qui a lancé ce thème. Alors, comme d’habitude, il y a une surenchère à droite, avec toujours plus de restriction des droits et moins de libertés. Finalement, c’est la même conception qui unit ce gouvernement et il ne faut pas tomber dans le piège des divisions internes. Depuis vingt ans, nous entendons que les étrangers sont tous de présumés fraudeurs qui contournent les procédures. C’est un modèle xénophobe. Qui fait, au fond, de chacun de nous, un être suspect, filmé, traqué.

Entretien réalisé par Ludovic Tomas

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