Une tribune pour les luttes

Attac Marseille s’exprime sur la Ville

Vivre à Marseille : Marseille n’est pas à vendre

Article mis en ligne le lundi 14 novembre 2005

Avec J-C. Gaudin et R. Muselier, c’est le libéralisme brutal qui est en œuvre à Marseille

En 2003, lors de la candidature de la ville de Marseille pour la Coupe de l’América, Attac Marseille avait été une des rares associations marseillaises à émettre des réserves sur cette initiative qui, dans les conditions où elle était engagée, lui semblait contraire aux intérêts des Marseillais.
En effet, sous couvert d’obtenir l’organisation de cette manifestation de prestige, il s’agissait pour la municipalité Gaudin d’accélérer la transformation sociale du centre ville au détriment des populations modestes qui y vivent.
Marseille, heureusement n’a pas obtenu la coupe de l’América mais toute la politique menée depuis par la municipalité « Gaudin-Muselier » confirme notre analyse de l’époque : J-C Gaudin brade Marseille au plus offrant. Cette politique est le reflet fidèle, voir caricatural, de la politique ultra-libérale du gouvernement Villepin-Sarkozy.

Deux aspects de la vie à Marseille sont révélateurs de cette politique ; le logement et les transports.
Se loger à Marseille.

La question du logement à Marseille présente plusieurs caractéristiques principales :

- Des logements sociaux insuffisants.
- Une réhabilitation de logements anciens et vétustes lente, contestable et contestée.
- Une politique de logements neufs faisant la part belle aux promoteurs et orientée principalement vers la construction de standing, chère.
- Une ségrégation sociale exacerbée des espaces.

Dans sa conférence de presse du début de l’année, le Préfet de Région, pourtant représentant du gouvernement que soutient Jean Claude Gaudin, Président délégué de l’UMP, a lui-même dénoncé les municipalités, dont celle de Marseille, qui s’opposent à la construction de nouveaux logements sociaux.

Marseille, présente un taux de logements sociaux (de 18%) inférieur au minimum fixé par la loi. Celle ci prévoit en effet que dans chaque ville, les logements sociaux doivent représenter 20% du parc immobilier ; or dans notre ville, composée d’une population majoritairement populaire, aux revenus moyens ou modestes, un pourcentage de 18% est très insuffisant : Cela se traduit chaque année par plus de 10 000 demandes de logement HLM non satisfaites. Insuffisants en quantité, les logements sociaux souffrent aussi d’une dégradation constante due à un entretien défaillant.

De plus les logements sociaux existants à Marseille sont pour l’essentiel concentrés dans les mêmes quartiers qui sont de fait des ghettos . L’explosion des banlieues en ce moment devrait faire réfléchir le Maire de Marseille.

Mais dans le même temps, il se construit beaucoup à Marseille ; la municipalité a assoupli les règles relatives au foncier et a donné libre cours aux promoteurs. Marseille est livrée aux Kaufmann et Broad, Bouygues, Nexity, Eiffage et autres. Un peu partout, des immeubles de standing sont érigés, sur des friches ou à la place de petits immeubles anciens. Le prix des appartements ainsi construits atteint des valeurs très élevées, près de 4000 € le m2 soit pour un F4 de 90 m2, 360000 € c’est à dire 2,4 millions de francs. La municipalité n’impose pratiquement aucune contrainte aux promoteurs, tout au plus émet-elle depuis peu le souhait que certains appartements puissent être proposés à 2500 € le m2, ce qui amènerait quand même les 90 m2 à 225000 € soit 1,5 millions de francs, et ce n’est qu’un vœu adressé aux promoteurs qui ne semblent pas pressés de la satisfaire !

Enfin, troisième aspect du logement à Marseille, la rénovation d’immeubles ou de quartiers anciens qui, chacun peut le constater, est très lente. Mais, là encore, c’est la loi de la promotion immobilière privée, qui conduit au changement de population dans les quartiers concernés, sans relogement satisfaisant des occupants des logements anciens. Certes, personne ne nie la nécessité de rénovation de certains quartiers et cités de notre ville qui a certainement le record des copropriétés les plus délabrées du pays. Mais les rénovations engagées ne le sont, en général, que dans un but de profitabilité maximale et rapide, les exemples actuels, qu’il s’agisse de la Rue de la République ou de la zone d’aménagement concertée (ZAC) du Rouet, montrent qu’il y aura dans ces zones, si la politique actuelle est poursuivie, une population différente de la précédente, aux revenus plus élevés.

La contestation des conditions de rénovation, menée par les habitants des secteurs concernés et des associations comme « Centre Ville Pour Tous » ou « le Rouet à Cœur Ouvert », est donc entièrement justifiée, elle doit trouver un plus large écho et être plus largement soutenue.

La politique municipale du logement, en cohérence avec l’orientation libérale du Maire, a pour principe de base de laisser faire le secteur privé et ne pas entraver la loi du marché, ce qui, naturellement conduit à des coûts élevés et à une modification de la composition sociale du centre-ville, objectif fondamental de Jean Claude Gaudin.

La généralisation subite du stationnement payant et les choix en matière de tracé du Tramway (actuellement contrariés par les fortes mobilisation contre les horodateurs et la privatisation rampante de la RTM ) agissent dans le même sens : réserver le centre-ville aux riches, écarter les populations modestes.
Se déplacer à Marseille.

La situation des déplacements dans Marseille, chacun en convient, est mauvaise, voire catastrophique, la ville est en permanence embouteillée.

Marseille n’a pas le réseau de transports en commun nécessaire à une ville de huit cents mille habitants. Elle a deux petites lignes de métro qui ne fonctionnent en semaine que jusqu’à 21 heures et qui ne desservent pas de nombreux quartiers. Les liaisons entre le centre, les quartiers périphériques et les agglomérations voisines, qu’il s’agisse des bus ou du train, sont insuffisantes voire inexistantes.

L’utilisation de la voiture personnelle est souvent la seule solution qu’ont les Marseillais et les habitants des communes périphériques pour se rendre à leur travail, ce qui accroît les difficultés de circulation et ralentit encore les bus qui disposent de peu de couloirs réservés. Une des conséquences en est la grande pollution de l’air, et ce d’autant plus que les rares transports en commun électriques de surface, trolleys et tramway 68, ont été supprimés.

Mais après 20 ans d’immobilisme en matière de transports en commun et de politique libérale qui a laissé le « tout automobile » s’installer, la municipalité a engagé le projet de deux lignes de tramway et d’un petit prolongement du métro.

Certes, le tramway est actuellement le moyen de transport en commun qui se développe dans les principales villes, sa rapidité est satisfaisante grâce à une circulation en site propre et il n’est pas polluant. Ce projet va donc dans le bon sens, mais on peut néanmoins être surpris par certaines de ses caractéristiques et douter de sa capacité à résoudre les difficultés de circulation de la ville.

Tout d’abord, il double en grande partie la desserte du métro au lieu de compléter le réseau existant vers les quartiers périphériques (Nord en particulier). Les choix effectués pour son tracé montrent que l’on a privilégié la desserte du centre ville afin de valoriser la rénovation pour les promoteurs. L’amélioration des relations avec la périphérie n’est pas encore pour demain et ce d’autant plus que le développement des parkings s‘effectue près du centre ce qui incitera les automobilistes à pénétrer en ville.

De plus, la mise en œuvre du projet du tramway est l’occasion pour Gaudin et Muselier, adjoint chargé des transports à la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, de remettre en cause le service public des transports en commun de Marseille en décidant que la gestion du tramway ferait l’objet d’une délégation de service public(DSP) au lieu d’être confiée directement à la RTM, régie municipale. Celle-ci devant s’allier avec la Connex, filiale de Véolia-Environnement (ex-Vivendi et Compagnie Générale des Eaux), déjà retenue pour privatiser la SNCM. Cette décision instituant une DSP pour le tramway a provoqué la grève du personnel de la RTM mobilisé pour la défense du Service Public. L’introduction, même partielle de capitaux privés dans un service public est contraire à l’intérêt des usagers car la recherche des profits, pour satisfaire les actionnaires, prime sur la satisfaction des besoins de la population.

Enfin, il ne sera mis en service partiellement qu’en 2007-2008, sans doute juste pour les élections municipales, et ce n’est qu’en 2015 au plus tôt que les objectifs du Plan de Déplacement Urbain 2000( PDU) seront satisfaits. Or ce PDU est encore limité à la seule ville de Marseille et n’intègre pas la Communauté Urbaine de Marseille puisque le plan de déplacement urbain pour celle-ci n’est pas encore adopté, il vient seulement d’être mis à l’enquête.

Le projet de tramway apparaît plus comme un élément supplémentaire de la politique de recomposition sociale du centre de Marseille, que comme un moyen d’améliorer les déplacements. Elément de transformation du centre ville, il se veut surtout un outil de la « reconquête » du centre-ville que s’est fixée la municipalité Gaudin qui brade Marseille au privé.

Pour limiter la pénétration des automobiles en ville, la Municipalité n’a trouvé qu’un seul moyen : le développement de 5000 à 20000 places du stationnement payant, dont la gestion et le recouvrement sont confiés au groupe Eiffage décidément très présent dans notre ville. Avec Vinci, concessionnaire de plusieurs parkings souterrains, ce sont les grands groupes privés du BTP qui gèrent le stationnement dans Marseille.

Cette décision du tandem « Gaudin -Muselier » au moment où le gouvernement Villepin-Sarkozy privatise à tour de bras EDF, GDF, les autoroutes, la SNCM et bientôt l’Aéroport de Paris, prouve leur fidélité à la politique gouvernementale.

Oui, décidément, pour bien vivre à Marseille, il faut une autre politique.

Avec J-C Gaudin et R Muselier, Marseille a perdu 10 ans


Sur ces questions, Attac Marseille apportera sa contribution avec les associations et le mouvement social à la définition d’un nouveau projet pour notre ville.

Vous pouvez contribuer à la réflexion de la commission « Vivre à Marseille » d’Attac Marseille en vous adressant à

- accueil.marseille chez attac.org
- ou à masson.hj chez wanadoo.fr

La prochaine réunion de Vivre à Marseille : 22 Nov à 18h local d’Attac

La Réunion de Mille Babords 61 rue Consolât du Me 14 Déc à 19h aura pour thème : Vivre à Marseille ( dans tous les quartiers bien sur )

Jacques Masson, écrire à l’auteur

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