Une tribune pour les luttes

Intervention de Roland Gori, 14 février 2015, Arles

Du rire face au(x) pouvoir(s) ... au pouvoir du Rire - Colloque

"Penser c’est déplacer les frontières", contre le techno-fascisme !

Article mis en ligne le dimanche 22 février 2015

Merci de m’avoir soufflé un peu ce que j’allais dire car honnêtement j’ai amené un tas de papier mais je ne pense pas devoir m’en servir.

Quand j’ai accepté de venir à Arles, je ne savais pas très bien ce qui pouvait relier Arles à Charlie.. Et ce qui m’est revenu c’est qu’il y a cinq ans j’y ai connu Bernard Maris. C’est à dire que nous avons fait un séminaire pendant quelques jours qui, sous la tutelle affectueuse des Liens qui Libèrent, avec nos amis SophieMarinopoulos et Henri Trubert à Actes Sud dans la maison de Françoise Nyssen et de Jean Paul Napolitano.

On a travaillé plusieurs jours avec Bernard et on a eu je crois un coup de foudre réciproque comme on appelle ça et il en a d’ailleurs rendu compte dans Charlie Hebdo en faisant tout l’éloge du vin que nous avions gaillardement bu pendant ces jours-là, je dirais presque matin, midi et soir.

Sa générosité ontologique, cette manière de donner de l’être était quelque chose d’à la fois intelligent, brillant et joyeux.

Alors effectivement le rire. Je pense qu’avec la terreur on ne rigole pas dans tous les sens du terme ; et je pense que c’est un point important qui me revenait tout à l’heure quand j’écoutais les mots qui ont déjà été prononcés, il me revenait à l’esprit un de ces vieux textes que j’ai pu découvrir dans L’Évolution psychiatrique des années 60/70 sur l’humour et l’ironie chez le paranoïaque et dans ce texte, ce qui était mis en évidence c’est que le paranoïaque n’a pas le sens de l’humour, il n’y a pas cette possibilité de déplacer les frontières des mots et des pensées, les choses sont figées. Par contre il a le sens de l’ironie, avec l’agressivité qui la nourrit, et je crois que c’est un point très important dans cette distinction l’ironie et l’humour.

Penser c’est quand même effectivement comme tu l’as rappelé Agnès, déplacer les frontières, les transgresser sinon on est dans quelque chose qui est du côté de l’automatisme, c’est à dire que l’on est du côté de la pulsion de mort, je n’aime pas trop balbutier les mots savants prononcés en psychanalyse car je ne pense pas que la psychanalyse soit dans le vocabulaire, je pense qu’elle est plutôt dans la mise en œuvre d’une méthode dans une pratique clinique, mais effectivement je crois qu’il y a cette fascination pour l’automate, pour l’automatisme, pour l’inanimé qui vient s’opposer frontalement à ce qui est du côté d’Éros, du coté de la joie, du côté du plaisir, du côté de la transgression, je crois que penser c’est justement déplacer les frontières, c’est justement bouger les lignes. Alors on peut le faire avec des mots, on peut le faire avec des dessins on peut le faire avec du souffle, on peut le faire avec de la musique avec je dirais toutes sortes de choses et c’est comme ça que se créé un monde commun, je crois que c’est un apport majeur de la philosophe Hannah Arendt que l’existence de ce monde commun entre les hommes, le monde n’est pas donné, il est à créer quelque part, il est à fabriquer.

J’avais prévu deux choses aujourd’hui, la première c’est un texte de Bourdieu de 1995, le titre étant « Les abus de pouvoir qui s’arment ou s’autorisent de la raison » extrait retranscrit de la Foire aux écrivains dans le recueil Contre feux.

Je crois que l’on ne peut pas aujourd’hui faire l’impasse sur les conditions sociales et culturelles qui ont permis l’émergence de ces forces de la terreur, des ces forces de destruction, quelque chose qui me paraît du coté du théo-fascisme mais je ne crois pas que ce soit un problème religieux, je crois que c’est un problème de fascisme, c’est un problème de prescription d’une manière unique de penser qui exige des autres, qui affirme qu’il n’y a pas d’autres possibilités de concevoir le rapport aux autres, il n’y a pas d’autres possibilités de concevoir le monde, le rapport à soi-même, le rapport aux autres que cette manière là. A mon avis c’est une erreur fondamentale que de traiter la question sur un mode religieux.

Je crois que si ce théo-fascisme se prévaut de la religion sans être forcement du coté du religieux, s’il émerge, c’est parce qu’il émerge face à quelque chose que j’essaie de dénoncer à ma manière dans plusieurs de mes travaux1, qui est du coté du techno-fascisme c’est a dire de la prévalence d’une seule forme de raison qui est la rationalité instrumentale, la pensée purement technique, ce que j’appelle aussi la rationalité pratico - formelle, c’est à dire la pensée du droit et des affaires. On le voit d’ailleurs dans tout le système d’évaluation puisqu’ aujourd’hui la seule chose qui a de la valeur et qui compte c’est ce qui peut se compter ou bien ce qui peut se mesurer dans sa conformité à des dispositifs très procéduraux, c’est à dire formels, c’est à dire pour aller vite à la pensée du droit.

A partir de ce moment là, si vous prenez Max Weber et sa typologie des différentes formes de rationalités vous vous apercevrez que si l’on donne une espèce d’hégémonie culturelle, mondiale aujourd’hui avec la mondialisation, si on donne une suprématie à une certaine forme de raison comme la raison des affaires, comme la raison formelle du droit, il y a d’autres raisons qui sont écrasées et qui ne sont pas admises comme visibles dans notre civilisation, visibles dans notre culture et une de ces formes de raison écrasée par le néolibéralisme, c’est ce que Max Weber appelle la rationalité substantielle. On appelle rationalité substantielle tout ce qui relève des valeurs, valeurs morales, valeurs éthiques, valeurs religieuses et je pense que l’on ne peut pas sans pour autant tomber dans le manichéisme dans lequel nous sommes invités par ces forces terroristes à entrer, on ne peut pas méconnaître ce caractère inséparable des formes de rationalité instrumentales pratico-formelles et les revendications au nom des autres formes de raison, je pense qu’il y a quelque chose comme un jumelage, un couple entre ce techno-fascisme et ce théo-fascisme. Et que du coup il est urgent de restaurer un champ de valeurs qui soient morales, substantielles, spirituelles, républicaines..

Je voulais vous lire quelques lignes de Bourdieu d’il y a 20 ans...

« Il vient du fond des pays islamiques une question très profonde à l’égard du faux universalisme occidental, de ce que j’appelle l’impérialisme de l’universel. La France a été l’incarnation par excellence de cet impérialisme, qui a suscité ici, dans ce pays même, un national populisme, associé pour moi au nom de Herder. S’il est vrai que certain universalisme n’est qu’un nationalisme qui invoque l’universel (les droits de l’homme, etc.) pour s’imposer, il devient moins facile de taxer de réactionnaire toute action fondamentaliste contre lui. Le rationalisme scientiste, celui des modèles mathématiques qui inspirent la politique du FMI ou de la Banque mondiale, celui des Law firms, grandes multinationales juridiques qui imposent les traditions du droit américain à la planète entière, celui des théories de l’action rationnelle, etc., ce rationalisme est à la fois l’expression et la caution d’une arrogance occidentale, qui conduit à agir comme si certains hommes avaient le monopole de la raison, et pouvaient s’instituer, comme on le dit communément, en gendarmes du monde, c’est-à-dire en détenteurs auto-proclamés du monopole de la violence légitime, capables de mettre la force des armes au service de la justice universelle. La violence terroriste, à travers l’irrationalisme du désespoir dans lequel elle s’enracine presque toujours, renvoie à la violence inerte des pouvoirs qui invoquent la raison. »

Ce texte je crois nous évite de tomber dans une autre forme de manichéisme, en miroir de celles qui prescrivent de manière terroriste les actes auxquels on a fait allusion ; un manichéisme qui nous ferait croire en la barbarie, comme disait Lévi-Strauss. Or ces actes sont barbares, c’est évident et c’est monstrueux, mais comment en sommes-nous arriver là ? Que pouvons-nous espérer ?

Ce texte de Bourdieu, qui est une retranscription d’une conférence qu’il a donnée à Francfort en octobre 1995 souligne que l’impérialisme se couple toujours d’instances internationales se prévalant de la raison laissant libre champ à d’autres forces tout aussi violentes, et parfois beaucoup plus sanglantes, et beaucoup plus barbares qui elles vont se prévaloir des valeurs religieuses, morales et éthiques, etc. Je crois que c’est un point important et peut être une invitation de Bourdieu lorsqu’il dit « C’est encore défendre la raison que de combattre ceux qui masquent sous les dehors de la raison leur abus de pouvoir, qui se servent des armes de la raison pour asseoir ou justifier un empire arbitraire ». Je crois qu’il y a là vraiment quelque chose, d’extrêmement important, pour moi en tout cas, par rapport à mes propres préoccupations et pour avancer sur un autre point très rapidement, je crois que cela nous interroge du coté du délitement du lien social consécutif à un abandon par l’État de sa fonction symbolique comparable à ce que Bourdieu appelait dans ses travaux au collège de France comme quelque chose d’analogue à la religion. Lorsqu’il dit : « l’État, par les codes qu’il institue, par les rites et les pratiques auxquels il invite, l’État nous donne un sens, une cohérence à cette rare sottise d’événement que nous vivons et dont il nous faut bien en quelque sorte trouver des éléments pour pouvoir singulièrement les dire et les partager de manière plurielle. » C’est dans cette conjugaison du singulier et du pluriel que se joue à mon avis la question et de la psychanalyse et du politique mais c’est encore un autre problème. Je crois que cet abandon par l’État si je puis dire, de cette fonction symbolique là, est aussi en grande partie responsable de l’émergence de « forces de destruction issues des ténèbres » comme le disait Stefan Zweig à propos du nazisme.

Je crois que nous devons d’ailleurs être conscient aujourd’hui que nous avons affaire à un défi comparable au défi nazi, au défi fasciste, qui se sont installés dans des conditions sociales, culturelles et historiques particulières. Ils n’ont pas été fabriqués comme ça, l’émergence du totalitarisme c’est l’acte qui se produit, justement, parce qu’il n’est plus possible de trouver un espace de vie, un espace de vivre et de penser. Tout le travail de la philosophe Simone Weil le met également en évidence. « Si la force s’impose à un moment donné, c’est parce qu’on a laissé le champ de la pensée » ; et la pensée encore une fois ce n’est pas seulement la pensée sérieuse, ce n’est pas que la pensée savante et jargonnante, c’est avant tout le jeu. L’enfant qui joue est un enfant qui pense, ce n’est pas l’enfant qui calcule qui pense, c’est l’enfant qui joue. Si d’ailleurs l’enfant ne joue pas avec les mathématiques, s’il ne joue pas avec l’histoire ou la géographie, ce n’est plus un enfant.

Vous vous souvenez peut être de ce passage de ce philosophe Walter Benjamin que j’ai toujours trouvé génial, que je cite toujours, je suis désolé de radoter pour ceux qui me rencontrent plusieurs fois dans l’année, quand Benjamin parle de l’enfant qui essaie attraper la lune comme une balle, il dit « le geste n’est pas vain malgré les apparences parce qu’il nourrit un élan de la main, du cœur et de l’esprit ». Et il dit : « que serait un enfant qui serait purement adapté à la tâche, serait-il encore un enfant, n’aurait-il pas perdu la naïve joie d’exister ? »

Je crois qu’avec nos amis de Charlie Hebdo, il y avait cette incarnation de la naïve joie d’exister, et je crois que c’est ça qui a été atteint, c’est cette liberté là qui a été atteinte. Ce n’est pas simplement le droit de dire ce qu’on veut, de dire des conneries comme je peux le faire en ce moment, mais bien la liberté comme naïve de joie d’exister avec les autres. Or la rationalité néolibérale qui gouverne aujourd’hui la planète entière est encore une fois pour moi quelque chose que j’appelle le techno-fascisme. Eh bien cette naïve joie d’exister est aussi remise en question et elle produit d’autres formes de violence, plus tragiques, plus sanglantes, etc... que l’on a rencontré au XXème siècle sous la bannière des régimes totalitaires, fascistes, nazis, et le stalinisme.

L’autre point que je voudrais rapidement évoquer, est que l’État, la politique aujourd’hui est responsable de cette désertion d’avoir à assumer une fonction symbolique en bradant le capital matériel et symbolique justement de l’État. J’allais dire que la vente à la découpe des biens matériels de l’État n’est que la partie émergée d’une autre braderie qui est la fonction symbolique de l’État. On peut toujours balbutier sur la laïcité mais ce n’est franchement pas là le problème. Tel qu’on en parle aujourd’hui de la laïcité, ça me gonfle ! Le vrai problème de la laïcité il faut le chercher dans l’archéologie du terme. Le problème de la laïcité lorsqu’il est posé sous la troisième république, il est posé dans une certaine fonction symbolique assumée de l’État or aujourd’hui c’est cette fonction là qu’il nous manque. La fonction de la laïcité n’a de sens qu’en tant qu’éléments pris dans un ensemble que je rappelle être la fonction symbolique de l’État.

Aujourd’hui, face à cette misère de la fonction symbolique de l’état, ce qui est en train d’émerger c’est une politique de la peur. Il faut bien voir que là encore, les abominations obscènes auxquelles nous assistons, bien sur avec les massacres de Charlie Hebdo, avec le massacre de la policière et des clients de l’hyper Kasher, ces massacres-là, sont, en gros, l’apparition de vagues tragiques sur notre sol. Mais vous savez bien qu’en Afrique c’est le pain quotidien du lien social terroriste qu’il nous faut entendre comme étant une manière de gouverner. Il ne faut pas croire que la peur, la terreur ne constitue pas un mode de gouvernementalité. C’est un mode de la gouvernementalité qui se prévaut de son contraire, qui s’appelle la sécurité. Or la sécurité c’est, je dirais, la version euphémisée de l’état d’exception c’est à dire l’introduction du non droit dans le droit et c’est tout de même vous le voyez, tout le défi qui a été posé aux États-Unis après les attentats de 2001. C’est le défi qui est posé aujourd’hui aux européens, c’est le défi qui est posé aujourd’hui à la France. Peur et sécurité cela fait couple quand ça devient une politique organisée, ça s’auto-entretient ! Que faire après l’horreur ? Jusqu’à quel point peut-on tolérer la privation de liberté, privée ou publique, au nom de la sécurité. C’est très difficile...parce qu’en même temps on a besoin de protection pour vivre, penser, jouer, travailler ! Demain, devant les lycées, les collèges, les écoles etc.. or ça, si ça s’installe c’est parce que justement il y a un effondrement de la fonction symbolique de l’État en tant que cette fonction symbolique elle va pouvoir permettre par la suite la création d’un monde commun, localisé, singularisé, entre les citoyens. Je dis « citoyen » plus qu’« individu » puisque « individu » est plutôt un mot du libéralisme. Je crois que cette politique de la peur, cette administration de la peur comme le dit Paul Virilio est un mode de gouvernementalité et qui conduit à une administration technique des hommes, une administration gestionnaire des hommes. C’est ce qui vous attend demain. Cette administration technique des hommes c’est ce qui s’installe quand on n’a pas cultivé la citoyenneté….c’est une prothèse, nécessaire mais provisoire. Elle ne fait pas lien !

Je prendrai l’exemple d’une expérience pilote qui eu lieu à Londres en 2012, visant à sanctionner sévèrement tous les abus d’alcool, des états d’ébriété, débouchant sur des altercations, des bagarres, des violences, etc. C’est un peu la tolérance zéro par rapport aux états d’ébriété et du coup on oblige les gens arrêtés dans cet état à pointer à la police. Alors du coup on a trouvé une suppléance technique à cela, c’est le port d’un boîtier électronique autour de la cheville avec un appareil mesurant la transpiration et donc le taux d’alcool présent dans le sens euh...dans le sang (point sensible !) qui à la moindre ingestion d’alcool, envoie une alerte qui risque d’envoyer le fautif devant le tribunal (récidive – prison). Un article du Monde en 2014 précise que le projet ne s’adresse pas aux alcooliques les plus sérieux, ceux qui sont connus de la police, et à ce moment là le journal cite le Maire, Robert Johnson qui avait déclaré qu’il était Charlie, « On vise les gens qui exagèrent un peu trop le vendredi ou le samedi et qui se retrouvent dans des délits liés à l’alcool, dans des bagarres, plutôt que de les emprisonner, on peut les aider avec cet appareil. Je crois que c’est moins cher et plus efficace. » L’orthopédie sociale que permet la technique vient en lieu et place de la conscience morale, ce qui représente l’acte de décès du libéralisme, parce que le libéralisme, philosophiquement parlant s’est installé sur l’illusion que la morale et la responsabilité individuelle pouvaient permettre l’émancipation de la tutelle des souverainetés religieuses, féodales etc. A la place de la conscience morale vous avez un appareil portatif, vous avez un surmoi portatif (plus besoin, donc, de la psychanalyse !) autour de la cheville. On l’a fait pour les alcooliques mais on pourrait tout aussi bien le faire pour les conjoints repentis de l’adultère, les adolescents difficiles ou en voie de radicalisation, pour les déviants religieux ou politiques, pour les étudiants réfractaires, ou encore pour les politiques soucieux de montrer qu’ils n’ont rien à cacher et que pour se faire élire ils sont prêts à tout montrer. Ils pourraient par exemple porter un boîtier électronique à la cheville pour montrer que leur conduite est exemplaire… et je suis très sérieux, c’est notre à avenir si nous ne sommes pas à même de créer notre politique.

Pour terminer, Boris Johnson nous dit « c’est moins cher et plus efficace », vous avez ici les deux mamelles de la religion néo-libérale : c’est moins cher : réduction des coûts, c’est plus efficace cela veut dire que vous fonctionnez comme une machine, c’est un langage de machine. Que ça ce soit la forme du soin aujourd’hui, dans notre société, c’est cela le problème. Je n’ai rien contre la technique, j’adore les Iphone, les ordinateurs, ce n’est pas le problème, mais que ça soit la forme du soin, la forme du souci de soi, c’est un problème majeur que nous avons évoqué déjà tout à l’heure avec Foucault. L’autre point, c’est le constat que fait Le Monde de cette expérience, lorsqu’on se demande si elle est efficace, des enquêtes ont été faites aux USA où tout cela existe depuis une quinzaine d’années, donc c’est normal - en Angleterre ça existe depuis 5 ans - et ne vous inquiétez pas ça existera demain en France - il y a toujours un décalage de quelques années, le temps de recycler le surplus américain.

On a fait des études et à partir de ce moment là on a constaté que si l’efficacité de ces bracelets électroniques est prouvée, lorsque les alcooliques, enfin les gens qui picolent un peu quoi, portent le bracelet, dès qu’on leur enlève le bracelet, il y a autant de récidive que pour les autres. C’est en somme une conscience morale portative mais qui ne vous embarrasse pas beaucoup puisqu’une fois qu’elle est retirée, que vous la laissez sur la table, vous en êtes débarrassé. Il faut tout de même avoir conscience que là se pose le problème essentiel à mon avis que viennent convoquer ces meurtres terroristes produits par les fanatiques, les fascistes, ou encore une fois par les hommes de main d’un système de terreur - on les a connus avec les SS du nazisme, avec les nervis du fascisme et autre - il y a toujours eu recrutement d’hommes de main pour les basses besognes terroristes des systèmes comme ça et c’est bien parce qu’on a laissé de côté quelque chose, c’est bien parce qu’il y a un déficit dans la visibilité sociale et culturelle d’autres formes de pensée que la rationalité instrumentale et technique que la violence et la peur émergent.

Je pense que si, avec Bernard, on nous avait mis un bracelet électronique autour de la cheville, eh bien à Arles, lors de ce séminaire des Liens qui Libèrent et d’Actes Sud, nous aurions eu quelques petits problèmes… ces jours-là !

P.-S.

1 Roland Gori, 2011, La dignité de penser, LLL, Paris ; 2013, La fabrique des imposteurs, LLL ; Paris, 2014, Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ? LLL.

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