Une tribune pour les luttes

Grève générale le 5 février : pourquoi et comment faire grève ?

Article mis en ligne le lundi 4 février 2019

Alors que le gouvernement Macron et ses relais médiatiques ont tout tenté pour résorber le mécontentement populaire contre la vie chère, la crise de représentation politique, et les conditions de travail détériorée par le rouleau-compresseur néo-libéral, la mobilisation des Gilets Jaunes a repris de plus belle en cette rentrée 2019, à l’image des Actes du mois de janvier qui continuent de rassembler un nombre important de manifestants ces deniers week-ends. Cependant, après les occupations de ronds-points et la succession de manifestations le samedi, la question se pose désormais : comment faire définitivement céder Macron ? Ceux qui refusent un pseudo « Grand Débat National », cadenassé et orienté vers des thématiques loin des problèmes quotidiens de la majorité de la population, sont de plus en plus nombreux à émettre la perspective d’une grève générale pour décupler le rapport de force en faveur des exploités et opprimés de cette société.

Alors qu’à Nantes ou encore à Albi, fait inédit, les syndicats (CGT, FSU, Solidaires), fait inédit, trois syndicats appellent à rejoindre la manifestation des Gilets Jaunes ce samedi 26 janvier, c’est le 17 janvier dernier que la CGT a lancé un appel national à la grève dans tous les secteurs pour le 5 février. François Boulo, porte-parole des Gilets Jaunes de Rouen, comme de nombreux Gilets Jaunes, et même Eric Drouet figure du mouvement, appellent à répondre présents à l’appel de la CGT pour cette première journée de grève nationale depuis le début du mouvement, afin d’en faire le début d’une grève générale illimitée. Cet appel a par la suite notamment été relayé par Olivier Besancenot, le porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste, ou encore Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise. La stratégie récurrente des directions syndicales d’appeler à des journées de grève espacées n’a certes que vocation qu’à permettre de mieux négocier avec le gouvernement, et a largement fait preuve de son incapacité à gagner, que ce soit avec l’échec de la mobilisation contre la réforme ferroviaire à la SNCF en 2018, contre la loi Travail en 2016, ou plus loin encore contre la réforme des retraites en 2010. Mais il est aujourd’hui clair que le mouvement ouvrier, salariés du public et du privé confondus, exprime de plus en plus la volonté de rentrer dans la danse et de se joindre aux Gilets Jaunes avec ses propres méthodes. Augmentation du SMIC, justice fiscale, financement des services publics à hauteur des besoins par la taxation des grandes entreprises, ou encore le respect des libertés démocratiques dont le droit de manifester, ce sont autant de revendications auxquelles la majorité des travailleurs ne sont pas indifférents. Cet appel à la grève nationale, beaucoup plus offensif que le simple appel à la mobilisation du 14 décembre dernier, est donc le résultat de la pression de la base qui s’indigne du refus de soutenir le mouvement des Gilets Jaunes. Et avec ces nouveaux éléments dans le paysage, il devient possible d’envisager l’émergence d’un véritable mouvement de grève générale incluant l’ensemble des travailleurs du pays.

Pourquoi se mettre en grève ?

Avec le Grand Débat National, la présentation d’une liste auto-proclamée « Gilets Jaunes » pour les élections européennes, l’encadrement des manifestations par la préfecture, voire par des milices d’extrêmes-droite complices de l’Etat, ou encore l’ouverture des concertations pour mieux faire passer les réformes de l’assurance chômage et la fin de la gratuité de l’université publique, les débats entre Gilets Jaunes tournent autour de la stratégie à adopter pour gagner contre Macron, et ne pas tomber dans le piège de l’institutionnalisation ou de la récupération par le pouvoir. A l’image des discussions qui se tiendront ce week-end à la coordination nationale de Commercy. Les longues semaines passées à occuper les ronds-points, le coût matériel pour faire des allers-retours le samedi sur Paris et les autres grandes villes, et surtout la répression sans précédent au moins depuis mai 68, rendent nécessaire de passer à la vitesse supérieure pour ne pas s’essouffler, élargir le mouvement, et créer un rapport de force à la mesure de l’obstination du gouvernement pour se maintenir à tout prix, coups de matraques, tirs de flashball, et gaz lacrymo inclus.

La grève apparaît donc comme le moyen qui permettra à la fois de réduire considérablement les possibilités de l’ennemi, en paralysant l’économie, tout en augmentant de manière exponentielle celle du mouvement. En effet, en plus de taper là où ça fait mal, c’est-à-dire dans le porte-monnaie des grands patrons, la grève permet de libérer du temps et de l’énergie habituellement dédiés au boulot, et de les mettre à profit pour l’organisation et l’action. Surtout, alors que le mot d’ordre « Macron démission » est largement hégémonique chez les Gilets Jaunes, la question de savoir par quoi on le remplace se pose aussi dans les débats. Or c’est aussi lorsque les travailleurs bloquent l’économie du pays qu’ils créent par là-même les conditions pour prendre conscience qu’ils peuvent aussi la faire tourner sans les parasites qui s’enrichissent sur leur dos.

Les syndicats, la grève, et les Gilets Jaunes

Bien sûr de nombreux syndicalistes se retrouvent dans la rue avec un gilet fluorescent sur le dos, que ce soit à Paris, Marseille, Toulouse, ou Bordeaux. A l’image des cheminots qui ont fait grève au printemps dernier contre la casse des transports publics, des postiers et des profs en lutte contre la détérioration de leurs conditions de travail, mais aussi des lycéens et étudiants mobilisés contre la sélection à l’université et la hausse des frais d’inscription, ou tout simplement des ouvriers qui partagent les revendications contre la vie chère, la précarité et le chômage. Cependant il est aussi vrai que les Gilets Jaunes rassemblent de nombreux secteurs des couches populaires qui ont perdu les traditions de la grève du mouvement ouvrier au fil du temps. Pour les uns par désamour – justifié - pour le politique de collaboration des directions syndicales avec les gouvernements successifs (à ne pas confondre avec les militants syndicaux de base, pour la plupart honnêtes et convaincus), pour les autres par contraintes matérielles lorsqu’ils travaillent dans la sous-traitance, en intérim, ou dans des petites entreprises, où le droit de grève est une conquête à arracher durement face aux patrons et aux petits chefs de service.
Mais la mobilisation sans précédent depuis la fin du mois de novembre a ouvert de nouvelles perspectives. A ces salariés précaires, souvent peu habitués à se mobiliser et à revendiquer, elle a permis de prendre confiance en leur force collective, et leur a donner l’envie de lutter. Dans ces conditions, l’appel national de la CGT à la grève générale peut et doit être saisi partout où c’est possible. A titre informatif, il s’agit de préciser qu’en droit, tout salarié, dans le privé comme dans le public, peut suivre cet appel et se mettre en grève dans son entreprise le 5 février, le droit de grève étant un droit garanti constitutionnellement. Dans les faits cela dépend évidemment du rapport de force avec l’employeur, le patron. Mais il semble que les deux prochaines semaines peuvent être utilisées pour en discuter avec les collègues qu’on a parfois croisés sur les ronds-points ou dans les manifestations. De même que pour se rapprocher des Unions Locales de la CGT réparties sur tout le territoire afin de s’organiser en amont. Ou encore soulever ces questions dans les Assemblées locales de Gilets Jaunes qui souhaitent se mettre en grève.

La CGT appelle déjà à organiser des Assemblées Générales, même si dans les faits le mot d’ordre est rarement suivi d’effet. Il va de soi que ces assemblées devront s’élargir à tous les grévistes pour décider des suites à donner. Surtout, la nécessité s’impose que tous les précaires, les femmes travailleuses, les intérimaires reconquièrent les syndicats, dont ils ont été trop longtemps exclus, pour en refaire des cadres d’organisation de base pour les travailleurs, qui soient démocratiques et qui rompent avec la stratégie de négociation perdante avec le gouvernement.

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